Glace mince
Mots clés : Laurie Lynd, Breakfast with Scot, Cinéma, Culture, Canada (Pays)

Breakfast with Scot
Réalisation: Laurie Lynd. Scénario: Sean Reycraft. Avec Tom Cavanagh, Ben Shenkman, Noah Bernett. Image: David Makin. Montage: Susan Shipton. Musique: Robert Carli. Canada, 2007, 95 min.
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Voilà un des mythes que tente de démolir le cinéaste canadien Laurie Lynd, qui ne manque pas de culot en égratignant la carapace virile de notre sport national, le hockey, ou névrose collective, selon les performances du Canadien de Montréal. Dans Breakfast with Scot, Eric (Tom Cavanagh) patine fort, et depuis longtemps, pour afficher, sur la glace ou à la télévision, l'air d'un tyran casqué ou d'un commentateur redoutable. Ancienne vedette des Maple Leafs de Toronto, il est reconnu tant pour ses coups de poings que pour ces coups de patins. Sa conversion télévisuelle semble l'obliger à continuer sa mascarade hétérosexuelle, même aux côtés de son avocat, Ben (Ben Shenkman), qui est surtout son conjoint.
L'illusion sera plus difficile à maintenir lorsque Scot (Noah Bernett, une bouille inimitable et un sans-gêne amusant) va débarquer dans leur existence. Ce garçon de 11 ans a récemment perdu sa mère dans des circonstances tragiques et le père, le frère de Ben, n'a guère le temps de porter le deuil sous le soleil de Rio. Le plus réfractaire à cette paternité imposée est bien sûr Eric, d'autant plus que Scot représente tout ce à quoi il refuse d'être associé depuis l'enfance: efféminé, souffre-douleur à l'école, aucune aptitude sportive, amateur de comédies musicales et, insulte suprême, il ignore totalement qui est Wayne Gretzky. Sensible et clairvoyant derrière ses extravagances vestimentaires et ses performances vocales -- il est un «musical» à lui tout seul! --, Scot va avoir le culot d'enfiler une paire de patins et de prendre un bâton de hockey pour se faire accepter. Mais la glace est mince pour celui qui cultive sa différence au point d'avoir laissé tomber le deuxième «t» de son prénom.
Le délicieux souvenir de Ma vie en rose refait souvent surface devant Breakfast with Scot. Les deux films traitent du même sujet, mais le cinéaste belge Alain Berliner était parfaitement en phase avec l'excentricité du personnage, le garçon ne faisant pas que s'habiller en fille: son univers devenait celui d'une maison de poupée construite par un émule de Magritte. L'approche de Laurie Lynd, nettement plus consensuelle, expose le «problème» avec de rares touches fantaisistes, visiblement contaminé par le personnage d'Eric et sa manière carrée de voir la réalité. Cela se reflète dans le caractère tristement pudique de la relation du couple -- même les téléromans de Guy Fournier étaient plus osés... --, trop souvent de simples colocataires, tandis que les scènes d'aréna semblent plus excitantes que les séances de maquillage.
On comprend mieux pourquoi la haute direction des Maple Leafs de Toronto ne fut pas hostile à l'idée de donner son accord pour reproduire son sigle dans Breakfast with Scot, une première pour un film au thème gai. Non seulement cette comédie effectue bien des pirouettes pour se donner des allures plus familiales que subversives, mais le hockey devient le palais de glace des homosexuels incompris. D'un point de vue canadien, c'est plutôt révolutionnaire, admettons-le.
Collaborateur du Devoir
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