Un joyau inépuisable

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Martin Bilodeau
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 décembre 2007

Mots clés : Joe Wright, Atonement, Cinéma, Culture, Grande-Bretagne (pays)

En 2004, Pride and Prejudice, tiré du roman de Jane Austen, avait révélé au monde un réalisateur extrêmement talentueux: Joe Wright. Trois ans plus tard, Atonement (Expiation), remarquable adaptation du roman d'Ian McEwan, prouve que nous avons affaire à un virtuose de la mise en scène, doté en outre d'un sens du spectacle rare, parfaitement maîtrisé, génialement mis au service du récit.

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Atonement (Expiation)
De Joe Wright. Avec James McAvoy, Keira Knightley, Romola Garai, Saoirse Ronan, Brenda Blethyn, Juno Temple, Harriet Walter, Benedict Cumberbatch, Patrick Kennedy. Scénario: Christopher Hampton, d'après le roman d'Ian McEwan. Image: Seamus McGarvey. Montage: Paul Tothill. Musique: Dario Marianelli. Grande-Bretagne, 2007, 123 min.
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J'en veux pour preuve un plan-séquence qui survient au mitan d'Atonement. Après plusieurs pénibles journées d'errance, Robbie Turner (James McAvoy, stupéfiant), ex-détenu ayant accepté de purger le reste de sa peine comme soldat, débarque sur la plage de Dunkerque, où l'armée anglaise en déroute prépare son retrait vers la mère patrie. Nous sommes en juin 1940. Du sommet des dunes, les premières images du rassemblement, époustouflantes, mettent la caméra en transe. Laquelle, sans reprendre son souffle, amorce un travelling de plusieurs minutes, suivant Robbie, se séparant de lui pour suivre ses deux complices, revenant à lui. Sans un mot, ou presque, mais avec une musique sobre qui se faufile dans le mouvement, toute la guerre est racontée, sans retenue, sans gras non plus.

Pas étonnant qu'en Angleterre on compare Joe Wright à David Lean. La parenté est d'autant plus évidente qu'Atonement évoque, par son sujet, La Route des Indes.

Reprenons du début. Nous sommes cette fois en 1935. En cette journée de canicule, l'imagination de Briony Tallis (Saoirse Ronan), écrivaine en herbe de 13 ans, est en ébullition. Si bien que, lorsqu'elle voit Robbie, le fils de la gouvernante, se comporter d'étrange façon auprès de sa grande soeur Cecilia (Keira Knightley), puis intercepte un message audacieux que le premier destinait à la seconde, son esprit romanesque s'emballe, sans rien comprendre de l'histoire d'amour qui s'amorce. Lorsque, à la nuit tombée, dans la pénombre du jardin, l'adolescente surprend sa cousine aux mains d'un violeur, elle en déduit, puis se convainc, que ce dernier n'est autre que Robbie. Son témoignage accablant envoie le jeune homme en prison et brise plusieurs destins au passage.

Le scénariste Christopher Hampton (Liaisons dangereuses, Carrington) est resté très fidèle au roman et à sa géométrie particulière, avec ses deux temps (1935 et 1940) et ses trois espaces (la campagne anglaise, la France en guerre, l'hôpital militaire de Londres, où Briony suit une formation d'infirmière). Tout cela sert de miroir, et c'est voulu, à l'espace psychologique que traverse Briony adulte (défendue par l'excellente Romola Garai), sur le chemin de la révélation de son mensonge, qui va l'exorciser dans le sacrifice et, surtout, le sublimer dans l'art.

Film sur le remords et la naissance de l'imagination, Atonement est une oeuvre plutôt simple dans sa structure mais extrêmement subtile et complexe dans sa mise en scène. La façon parfois insolite par laquelle certains événements sont rapportés semble nous mettre en garde contre un imaginaire immature. D'autres attestent d'une stupéfiante maîtrise du récit et de l'Histoire. Toutes font partie du même film. Mais qui raconte?

Sous des dehors de romance épique (puisque tout le récit converge vers un même espoir de voir les amoureux réunis), Atonement est un joyau inépuisable d'ellipses savantes, de mises en abyme, de chevauchements d'actions, etc. Et parce que le scénario ne peut tout révéler, tout communiquer, Joe Wright déploie des trésors d'imagination pour compenser l'absence, prolonger le sens, souvent sans le recours aux paroles. On ne peut qu'être sidérés devant sa maîtrise et, par la même occasion, soufflés par la puissance de cette histoire d'amour et de trahison, au coeur d'un des plus grands films de l'année.

Collaborateur du Devoirÿ


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Bonne analyse - par François Sauvé (fsauve@mac.com)
Le dimanche 09 décembre 2007 16:00

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