L'appel de Youssou N'Dour
Mots clés : Olympia, Super Étoile de Dakar, Youssou N'Dour, Musique, Spectacle, Montréal, Afrique (Région)

Le retour du balancier
On sentait toutefois le retour du balancier. Youssou N'Dour avait intégré des instruments traditionnels dans son mbalax sur Nothing's In Vain, disque pourtant très pop paru en 2002, avant de lancer deux ans plus tard Egypt, une première création complètement acoustique empreinte de soufisme et d'hommages à tous les saints et sages qui ennoblissent une religion ternie par tant de malentendus.
Le voici donc en pays peuhl, un pays qui dépasse les frontières officielles et qui chevauche le Sénégal, le Mali et la Mauritanie. Un pays très proche du blues, du folk et de ces autres musiques chaloupées ou syncopées. Un pays de désert et de musique terreuse. Un pays de grands espaces et de sonorités aérées. «Cette culture a beaucoup voyagé, en a intégré plusieurs autres et possède une forte connexion avec la religion depuis les soufis qui viennent d'Égypte, d'Algérie et du Maroc. Elle est très liée à la communauté, aux rassemblements de familles et aux forces de la solidarité», explique You, comme le nomment les siens.
Mais cette culture, qui, sauf dans quelques pièces, transparaît tout au long du disque, le chanteur au registre qui s'étend sur quatre octaves la reprend à son compte, chante en wolof, sa propre langue, intègre malgré tout la lutherie électrique et électronique. Même si l'ensemble paraît plus acoustique que jamais. «Au départ, il ne se passait pas grand-chose entre cette musique et moi. Mais j'ai fini par découvrir toute l'émotion qui passe à travers elle et sa simplicité, qui la rend très accessible auprès d'un public qui ne connaît pas nécessairement notre continent.»
Rokku mi rokka, qui est le pendant international d'Alsaama Day, un album moins acoustique, démarre sur une note joyeuse avec une forte présence du tama, alors que Youssou célèbre l'anniversaire de l'indépendance du pays. Puis le ton change. Il devient plus intime et la musique, plus dépouillée. L'interprète se donnera beaucoup d'espace, survolant la mélopée aérienne, dialoguant avec Ousmane Kangue, formidable découverte du Nord. Après le seul mbalax du disque, on se rapproche du blues malien, mais avec un swing plus prononcé. On entendra aussi des clappements de mains et des voix de femmes au loin. Des percussions traditionnelles de tout genre apparaîtront, rappelant les origines du roi de la médina dakaroise, et le ngoni avec ses cordes anciennes se mariera parfois aux guitares. «Nous avons souvent donné une expression très africaine à la guitare, mais si les instruments sont importants, ils ne sont pas indispensables pour créer une "vibe". L'expression et l'interprétation du musicien changent les données», note le griot.
Lutter
Griot, il affirme l'être, par sa mère qui est d'une famille Gawlo, même si certains croient que le griotisme ne se transmet que par le père. «Le processus de transmission est plus visible lorsqu'il provient du côté paternel, mais il n'est pas exclusivement réservé aux hommes», répond-il. «Tout ce que j'ai reçu sur le plan musical vient de ma mère.» Et de son appartenance au griotisme, que reste-t-il? «Le rôle du griot est de faire passer des messages. Au début, je livrais des hommages et mes textes étaient dénués de portée sociale, mais avec le temps, je me suis rendu compte de la force d'une chanson, de l'importance de parler de la réalité.»
Il n'est question que de cela sur Rokku mi rokka. Un berger partage sa sagesse. Un rival devient un frère. Les disciples d'un guide spirituel rapprochent les créatures de Dieu. Youssou célèbre aussi le voyage, physique ou intérieur, dénonce le hooliganisme. À la fin du disque, il fait appel à Neneh Cherry, avec qui il s'est associé en 1994 pour la création de 7 Seconds, son plus gros succès à vie, et lance dans Wake Up (It's Africa Calling) un vibrant plaidoyer contre les préjugés à l'égard de l'Afrique. «Cette pièce est celle qui véhicule le plus directement le thème de l'album, affirme-t-il. L'Afrique lance un appel. Elle n'est pas que pauvreté, guerre et sida. Elle prône aussi le positif et la joie de vivre. Elle se lève pour améliorer son destin.»
Depuis toujours, Youssou N'Dour est de toutes les causes: les droits humains dans leur ensemble, la lutte contre l'apartheid, l'émigration, les déchets toxiques, la propreté, les clubs Internet, les enfants de la rue et le paludisme, véritable fléau qui tue un enfant africain toutes les 30 secondes. «Je crois que le Roll Back Malaria Concert, que nous avons réalisé il y a deux ans, a permis d'attirer l'attention des décideurs sur l'importance de la lutte pour enrayer la malaria. Mais nous continuerons en 2008», plaide-t-il.
Et qu'en est-il de l'éternelle question de la politique? Se sentira-t-il un jour prêt à faire le saut? «Pour l'instant, la musique demeure ma passion, mais je suis très vigilant par rapport à ce qui se passe dans mon pays et mon continent. Cela m'amène parfois à entrer dans des domaines politiques. Mais pour l'instant, je ne suis pas en train de réfléchir. Je continue de faire ma musique.»
Collaborateur du Devoir
Youssou N'Dour se produit avec le Super Étoile de Dakar, le mardi 11 décembre à l'Olympia. Renseignements: 514 908-9090
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