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Le cynisme de la multitude
Oui, bien sûr, comme beaucoup d'autres, j'ai vu mes espoirs fondre comme neige au soleil. Pire encore, la société, il me semble, tend vers une droite policée, bien-pensante, versant dans la moraline, comme dirait Nietzsche, taillant ses rêves dans le marbre dur et froid de l'économie : les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent. Puis, l'opinion dominante, reprise en choeur par l'ensemble des médias, se fraye un chemin dans l'esprit du commun des mortels, au point qu'il croit savoir quand, dans le fond, il ne sait rien. Le prêt-à-penser est la norme et toute contestation de la prétendue «réalité» est immédiatement reléguée au rang de bêtise. «Écoeurement», dites-vous?
En fait, oui. Mais celui-ci est comme la nausée précédant les vomissements. À force de nous gaver de scandales politiques, de nous faire croire que consommation égale bonheur, que l'argent manque pour les programmes sociaux pendant que les grosses entreprises engrangent des profits faramineux dans des paradis fiscaux, en somme, l'abcès finira bien par crever un jour ou l'autre. J'attends donc patiemment et je soulage mon écoeurement en lisant Riccardo Petrella, Noam Chomski, Naomi Klein ou Susan George et je continue à... espérer.
