Le Canada accusé de vouloir saboter Bali
Mots clés : protocole de Kyoto, Bali, Climat, Canada (Pays), Indonésie (pays)
Plusieurs pays reprochent à Ottawa, Washington et Tokyo de mettre l'économie au centre des négociations

Photo: Agence France-Presse
Les trois pays ont en effet adopté des positions de négociations très semblables qui placent le développement économique sur le même pied d'égalité que l'environnement. Le Canada et le Japon ont signé la première phase de Kyoto, qui se termine en 2012, mais pas les États-Unis, seul pays industrialisé à ne pas l'avoir fait. À Bali, les pays négocient la phase 2 de Kyoto, qui s'échelonnera de 2013 à 2020.
Le Japon a été le premier à annoncer qu'il était «essentiel» de ne pas affecter la croissance économique des pays. Dans un geste qui avait toutes les allures d'un ballet diplomatique soigneusement orchestré, le Canada a immédiatement enchaîné avec une position similaire.
Les fonctionnaires canadiens sur place ont soutenu qu'il devait y avoir un «équilibre» entre l'environnement et la «prospérité économique». La déclaration canadienne affirme que la deuxième phase de Kyoto doit être «économiquement réaliste» et ne pas faire porter le fardeau des réductions à un pays en particulier. Les États-Unis ont ensuite pris le relais, affirmant que le prochain traité devait être «économiquement viable».
Le ministère de l'Environnement et le bureau du ministre John Baird ont refusé de fournir au Devoir le texte complet qui décrit la position canadienne défendue à Bali.
Des cibles d'ici 2020?
Le Canada, les États-Unis et le Japon ont aussi affirmé qu'il était important de réduire substantiellement les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui causent le réchauffement de la planète d'ici 2050, mais ils n'ont pas parlé de cibles de réduction à plus court terme, soit d'ici 2020. C'est pourtant cette fourchette (2013-2020) qui est actuellement négociée à Bali. L'Union européenne (UE) s'est notamment engagée à réduire d'au moins 20 % ses émissions de GES entre 2013 et 2020 par rapport au niveau de 1990. L'UE pourrait même en faire davantage si d'autres pays sont prêts à la suivre.
Le Canada a peut-être été silencieux à ce chapitre parce qu'il a fait une entorse importante au protocole de Kyoto dans son récent plan vert. En avril dernier, le gouvernement Harper a dit vouloir réduire ses GES de 20 % d'ici 2020, mais par rapport au niveau de 2006 et non pas de 1990, comme le stipule le traité. Or les cibles de la phase 2 de Kyoto seront probablement élaborées à partir de l'année de référence 1990, ce qui place le Canada dans une situation difficile.
Agir d'ici 2020 est d'ailleurs «urgent», selon 200 scientifiques du climat réunis par l'ONU hier à Bali. Les GES doivent se stabiliser, puis entamer une décroissance importante d'ici 10 ou 15 ans, ont-ils affirmé. Dans le cas contraire, la planète pourrait bien dépasser le point de non-retour et devoir vivre avec des catastrophes climatiques importantes, notamment des inondations, des sécheresses et des tempêtes. «Il n'y a pas de temps à perdre», ont soutenu les scientifiques dans une déclaration commune.
Le Canada inquiète les autres pays
Plusieurs pays et groupes environnementaux n'ont pas apprécié les premiers gestes du Canada, du Japon et des États-Unis à la conférence de Bali. La Chine, dans un langage peu diplomatique, a accusé son rival japonais de vouloir «saboter» le processus de négociations. Pékin a d'ailleurs surpris bien des observateurs en se disant prêt à faire des efforts importants dans le nouveau traité.
Présent à Bali, Steven Guilbeault, d'Équiterre, a soutenu que le trio Canada-Japon-États-Unis semblait vouloir faire avaler une «pilule empoisonnée» aux autres pays, question de faire échouer les négociations en mettant l'économie au centre des pourparlers. Une situation qui rend plusieurs pays «nerveux». «Je n'ai jamais vu autant de pays se méfier du Canada depuis 12 ans», a-t-il dit au Globe and Mail.
Lors de la séance d'information matinale qui met en contact tous les analystes de Greenpeace, y compris ceux présents à Bali, l'ambiance n'était pas très bonne hier. «Les gens sont inquiets, c'est clair, dit Arthur Sandborn. Certains pays, comme le Canada, font tout pour ne pas prendre leurs responsabilités», dit-il.
Rappelons que Stephen Harper ne veut pas signer un nouveau traité sur les changements climatiques si la Chine, l'Inde et les États-Unis ne reçoivent pas de cibles contraignantes de réduction des GES. «L'attitude du riche qui ne veut rien faire si les autres ne font rien, ça ne mène nulle part», ajoute Arthur Sandborn.
Selon Greenpeace, le Canada ne cherche pas un «équilibre» entre l'environnement et l'économie, comme il le prétend. «Harper veut seulement qu'il n'y ait pas de désavantage économique, alors il tente de saboter les négociations», dit-il.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, abondait dans ce sens hier. «Il n'y a pas cet équilibre [dans la position canadienne]. Est-ce que des pays comme la Chine et l'Inde doivent avoir des cibles dans une phase 2 de Kyoto? Bien sûr que oui. Mais on doit tenir compte des émissions "per capita"», dit-il. Le Canada étant le pays qui émet le plus de GES par habitant sur la planète, il doit faire plus d'effort, estime le Bloc québécois.
Coincé sous le feu nourri des partis d'opposition, le premier ministre Harper a défendu sa position hier aux Communes. «Nous insistons pour que tous les pays, tous les grands émetteurs, adoptent des cibles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce ne sont pas les émissions "per capita" qui causent le réchauffement climatique, ce sont les émissions» en général, a-t-il dit en réponse à Gilles Duceppe.
Le gouvernement a répété que la Chine, l'Inde et les États-Unis doivent s'engager à réduire leurs GES dans la phase 2 de Kyoto. «Ils n'ont pas pris cette position encore», a dit Stephen Harper. Selon lui, ne pas exiger des efforts importants de réduction de la part des pays émergents en croissance rapide est «irresponsable».
Arthur Sandborn, de Greenpeace, estime qu'il faut attendre la fin de la conférence de Bali, le 14 décembre, avant de sauter aux conclusions, positives ou négatives. Le ministre John Baird, le chef de l'opposition officielle, Stéphane Dion, et les porte-parole du Bloc et du NPD sont d'ailleurs en route pour Bali, où les négociations vont entrer dans une phase plus intense au cours des prochains jours. Si Bali est une étape importante des négociations entourant la phase 2 de Kyoto, elle n'est toutefois pas la dernière.
Greenpeace ainsi que plusieurs autres groupes environnementaux (Coalition Québec-Kyoto, Équiterre, AQLPA, etc.) invitent d'ailleurs les Québécois à manifester leur appui à la lutte contre les changements climatiques, en marge de la conférence de Bali, lors d'une grande marche qui aura lieu samedi prochain, à 14h30. Le rassemblement se fera à l'angle de la rue Peel et du boulevard René-Lévesque, à Montréal. Ce type de manifestation aura également lieu dans plusieurs villes du monde.
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Avec l'AFP et l'AP
Vos réactions
@M Trudel - par Richard Larouche
Le vendredi 07 décembre 2007 13:00
@M. Trudel - par Mélanie Rhéaume
Le vendredi 07 décembre 2007 11:00
@ M. Bousquet - par Mélanie Rhéaume
Le vendredi 07 décembre 2007 11:00
Avec les conservateurs de monsieur Harper, le progrès se limite à baisser nos impôts. - par Jacques Morissette
Le vendredi 07 décembre 2007 10:00
Gros problème avec Steven Guilbeault - par jacques noel
Le vendredi 07 décembre 2007 10:00
Est-ce que les GES mettent en péril la croissance économique ? - par Jean-Pierre Aubry
Le vendredi 07 décembre 2007 09:00
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Le vendredi 07 décembre 2007 09:00
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Le vendredi 07 décembre 2007 08:00
Que dit la science? - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le vendredi 07 décembre 2007 08:00
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Le vendredi 07 décembre 2007 07:00
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Le vendredi 07 décembre 2007 07:00
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Le vendredi 07 décembre 2007 06:00

