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Édition du vendredi 07 décembre 2007

Mots clés : Thomas Dutronc, Merina et Antadroy, Belzébuth, Musique, Québec (province)

Folk-rock - Lighthouse For Straggler's Eyes, Orillia Opry, Ships At Night - Profitons de ce moment de l'année où les sorties de disques sont moins nombreuses pour vous présenter un album paru plus tôt en 2007, celui du duo anglophone Orillia Opry. Pour Lighthouse For Straggler's Eyes, leur deuxième disque en deux ans, les Montréalais Emma Baxter et Daniel Noble ont fait appel au réalisateur Warren C. Spicer, du groupe Plants And Animals. Les deux formations partagent d'ailleurs la même étiquette, Ships At Night. Orillia Opry offre ici une très belle musique folk-rock, de structure classique mais splendidement rehaussée par les deux voix fragiles de Baxter et Noble. Elles se mêlent et s'accordent de façon amoureuse et nous font pénétrer dans une tristounette bulle automnale, située quelque part sur le bord d'un lac mystérieux où nous attendent Neil Young, Julie Doiron et Iron And Wine, guitares à la main. Côté six-cordes, les brises acoustiques ont le dessus sur les bourrasques électriques malgré quelques envolées sur Shadow Shadow et Riverside 2. Orillia Opry sera en concert à Montréal dimanche au Rap Machines et le 10 janvier à la Casa del Popolo, avec Little Birdie. - Philippe Papineau

Monde - MADAGASCAR

Merina et Antadroy, Artistes variés, Université de Montréal

Pays fascinant au carrefour des cultures africaines, asiatiques et européennes, Madagascar n'a pas fini d'envoûter par la richesse de sa musique, et ce CD+, réalisé sous la direction de Monique Desroches, directrice du Laboratoire de recherche sur les musiques du monde, apporte une véritable contribution à sa compréhension. Très pédagogique avec une section multimédia qui renvoie à l'histoire du pays, à la culture, aux styles et aux instruments, ce disque peut également s'écouter pour le simple plaisir de la découverte. Deux groupes culturels y sont célébrés: les Merina de la capitale, Antananarivo, et les Antadroy du sud du pays. Style soava et cithare valiha aux climats aériens chez les uns, beko et luth kabôsy avec accompagnements rythmiques parfois très rapides chez les autres. Entre les deux, des chants hallucinants qui évoquent des gospels hachurés, des jeux de gorges inuits, des tremblements de voix de basse, des alternances entre voix de tête et de poitrine. Et de tout cela, deux formidables artistes à retenir: le trio vocal Salala et le joueur de kabôsy Ratovo. Renseignements: 514 343-6921. - Yves Bernard

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Trad - EN FAISANT SEMBLANT DE RIEN

Belzébuth, Indépendant - www.bzb.qc.ca

Voici un disque qui était resté collé dans le bas de la pile. Mais comme on s'en voudrait de passer sous silence ce groupe de musique trad rempli de promesses, on ne boudera pas notre plaisir plus longtemps. Lanaudois des pieds à la bouche, ce quartette n'en ouvre pas moins ses horizons aux archives de l'Université Laval, au monde celtique, à la vieille Gaule et même au klezmer. Si on remarque d'abord la lutherie classique pour le genre, avec ce que cela comporte d'accordéon, de violons, de guitare et de pieds, on entend également un assortiment de percussions allant de la caisse claire au bodhran et à la derbouka. Si une touche lanaudoise transparaît avec ces cordes folk, ces chansons enracinées à répondre ou pas qui viennent parfois de la famille ainsi que cette sorte d'intimité des arrangements qui pénètrent le swing le plus grouillant, Belzébuth peut paradoxalement carburer à l'énergie en faisant rocker sa guitare à la Bothy Band et exciter ses anches jusqu'à la démesure. La qualité d'interprétation est excellente, et ce disque confirme une fois de plus que, sur le plan de la production discographique, 2007 s'avère le plus grand cru des temps modernes du trad. - Yves Bernard

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Chanson - COMME UN MANOUCHE SANS GUITARE

Thomas Dutronc, Universal

Depuis 15 ans qu'il fait le Django à gauche et à droite, le fils Dutronc s'est façonné une réputation d'as guitariste en béton. Futé, c'est seulement maintenant, la trentaine avançant, que le Thomas ose l'album de chansons. Chansons fichtrement bien fichues qu'il saupoudre en dilettante, entre les pièces instrumentales où, allégeance jazz manouche oblige, pas du tout sans guitare, il gratte en souplesse sa Selmer Maccaferri adorée. À peine a-t-il ouvert la bouche qu'on reconnaît le fameux timbre du paternel, le ton détaché itou, mais la dent est moins acérée, le cynisme moins implacable: il y a aussi la douceur de maman Françoise (Hardy) dans le bagage génétique. Il y a surtout que le gaillard sait faire autant qu'il sait plaire: le ton est aussi charmant que le verbe aisément troussé, les mélodies aussi craquantes qu'efficaces. Thomas aime les filles et les veut «toutes», air connu, mais se commet peu: c'est de famille. Le clin d'oeil lui est plus facile: «Même plaqué or / Paris est mort / Il est 5 or / Paris s'endort... » De la graine de Jacquot, quoi, la dextérité en plus. - Sylvain Cormier

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Classique - SAINT-SAËNS

Concertos pour piano nos 2 et 5. Franck: Variations symphoniques. Jean-Yves Thibaudet (piano), Orchestre de la Suisse romande, Charles Dutoit. Decca 475 8764.

Voici le premier disque de Charles Dutoit depuis un moment. Il se retrouve à l'affiche, car un des quelques pianistes auxquels la maison Decca est restée fidèle, Jean-Yves Thibaudet, a choisi d'enregistrer un disque de musique française. Charles Dutoit dirigeant l'ancien orchestre d'Ernest Ansermet, c'est la touch of class permettant à l'éditeur anglais d'entériner la filiation (abusive, à mon sens) que son service marketing a créée il y a 30 ans. Cela étant, le poids du disque repose sur les épaules de Thibaudet, pianiste que j'ai souvent vilipendé pour ses maniérismes à l'eau de rose mais qui, ici, fait état d'une virtuosité impressionnante mise au service d'un toucher d'une liquidité et d'une finesse qui forcent l'admiration. Écoutez les deux derniers mouvements du Deuxième Concerto: peu de pianistes ont le talent de les jouer ainsi. Il est évident que les accords du début du finale du Concerto n° 5 manquent de poigne et que les Variations symphoniques de Franck auraient gagné à plus de droiture simple. Mais c'est dans la dentelle que ce disque étonne et éblouit. - Christophe Huss

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Classique - BRUCKNER

Symphonie n° 7. Versions Bernard Haitink (Chicago, CSOR 901 706), Herbert Blomstedt (Leipzig,Querstand VKJK 0708) et Klaus Tennstedt (Londres, LPO 0030).

Le monde de la musique classique est parfois complètement fou. En quelques semaines sont parues cinq versions de la Septième Symphonie d'Anton Bruckner, déjà enregistrée près de 200 fois. Nous vous avons parlé de la tentative intellectuellement intéressante et très mature mais orchestralement et techniquement inaboutie de Jean-Philippe Tremblay. Les passionnés pourront surtout chercher un CD Audite d'un concert de Karl Böhm à la Radio bavaroise, document majeur pour le moment indisponible au Canada. En voici trois autres disques, tirés de concerts. Celui de Klaus Tennstedt (1984) pâtit d'un Philharmonique de Londres en petite forme. Celui, très honorable, d'Herbert Blomstedt à Leipzig (novembre 2006), sobre et concentré, n'apporte rien à la discographie. Par contre, le concert de mai 2007 de Bernard Haitink à Chicago (un SACD distribué par SRI) est un monument. Plus statique que Böhm, la profondeur burinée de Haitink est magnifiée par une prestation d'anthologie des meilleurs cuivres du monde. Un vrai choc! - Christophe Huss


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