Opinion

L'héritage de Polytechnique - Dix-huit ans d'irresponsabilité

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Benoît Laganière, Ingénieur et survivant de Polytechnique

Édition du jeudi 06 décembre 2007

Mots clés : Dawson, Polytechnique, École, Arme à feu et arme offensive, Montréal, Québec (province)

La tuerie du collège Dawson le 13 septembre 2006 m'a brutalement sorti de mon quotidien 17 ans après la tragédie de l'École polytechnique de Montréal, le 6 décembre 1989, lors de laquelle 14 femmes ont été assassinées. Avec étonnement, j'ai alors appris que la loi canadienne sur les armes à feu donne encore le privilège d'achat d'armes semi-automatiques et a permis au tireur fou de Dawson d'exécuter son carnage. Dégoûté, je me suis demandé ce qui a vraiment été fait depuis lors pour éviter de telles tueries au Canada.

Il y a le registre canadien des armes à feu, qui consiste à connaître le type et le nombre d'armes à feu que possèdent les utilisateurs. Je n'ai jamais craint un propriétaire d'arme à feu, mais je crains le pire pour leur vie et pour celle de leurs proches si une profonde détresse psychologique devait les frapper. Le registre des armes à feu est consulté près de 6000 fois par jour afin d'aider les autorités à mieux gérer chaque intervention, ce qui protège la vie des personnes et celle des intervenants sur les lieux d'un conflit. Ce registre est un outil de travail essentiel qui permet d'accroître la sécurité du pays.

J'ai été très étonné et très déçu de la vive réaction des propriétaires d'armes à feu et de leur réticence à remplir leur devoir de citoyen en enregistrant gratuitement leurs armes. Il n'a jamais été question de leur retirer leur privilège de chasseur ni de les considérer comme des meurtriers. Certains utilisateurs ont évoqué ce principe: «Ce n'est pas l'arme qui tue, c'est celui qui l'utilise.» Une telle affirmation banalise l'utilisation d'armes à feu et ouvre la porte à l'utilisation d'armes encore plus dangereuses.

J'en ai énormément voulu au tireur fou de Polytechnique. Mais en même temps, comment blâmer un névrosé qui a acquis légalement une arme de guerre pour procéder à une tuerie? Ce sont plutôt les gens qui détiennent le pouvoir qui devraient être fustigés pour leur laxisme, car celui-ci permet à des désaxés de se procurer des armes semi-automatiques en toute légalité.

Le gouvernement fédéral croit-il vraiment qu'il va sensibiliser un détraqué en le menaçant de peines judiciaires plus sévères ou en augmentant le nombre de policiers? Je suis sincèrement convaincu que les tueries pourraient être évitées en éliminant les armes inutiles comme les armes semi-automatiques, les armes de poing et les armes prohibées.

Un accès trop facile aux armes

De même, il faut revenir au principe tout simple de l'absolue nécessité d'une arme. Un chasseur a-t-il vraiment besoin d'une arme semi-automatique pour chasser? Si oui, que penser d'un tel comportement?

Le temps m'a permis de redécouvrir l'humanité des gens, mais je suis maintenant conscient que l'accès facile et légal aux armes à feu semi-automatiques compromet encore ma sécurité et celle de mes concitoyens. Quel héritage auraient dû nous léguer Polytechnique, Concordia et Dawson? Il est malheureux de constater que le lobby des utilisateurs d'armes à feu a réussi à influencer le gouvernement fédéral pour éliminer du registre des armes à feu près de sept millions d'armes à feu du Canada, dont toutes les armes semi-automatiques d'épaule.

Dans de telles conditions, une autre tragédie est à craindre. Il faut à tout prix enlever l'accès aux auteurs de ces tragédies aux armes qui leur permettent d'accéder à la sombre popularité dont ils rêvent.


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