Première mondiale - Quand les nuages descendent sur terre
Mots clés : Nebbia, cirque Éloize, Culture, Art, Suisse (pays), Québec (province)
Le cirque Éloize crée Nebbia à Genève avant d'ouvrir la saison du TNM

Le metteur en scène tessinois, né à Lugano en Suisse, n'en est pas à sa première collaboration avec le cirque québécois Éloize. Nebbia est le dernier volet d'une trilogie qui compte déjà les volets Nomade et Rain, tous deux produits par le cirque Éloize à partir de 2002.
Avec Nebbia, le metteur en scène nous transporte dans le village de sa grand-mère. Quand il était petit, Daniele Finzi Pasca contemplait de chez elle la plaine du Pô envahie par le brouillard. Il y voyait des chameaux et des paquebots, alors que la mer était à plus de 300 kilomètres. Dans le brouillard tout devient possible. Un ange fait de la musique en frappant sur des bouteilles. Sous des quartiers de porcs, un boucher jongle avec ses couteaux et se tient en équilibre sur sa table à dépecer. Des couples jouent à se poursuivre à travers une forêt de bambous au bout desquels tournent des assiettes. Un fou en tutu tend les bras pour saisir le soleil.
Les tableaux se succèdent rythmés par de petits sketchs dans la tradition du théâtre populaire italien. Les artistes évoluent sur la musique omniprésente et indispensable de Maria Bonzanigo enregistrée par l'orchestre symphonique de Lugano. Le tout est porté par une troupe de 12 joyeux comédiens-acrobates, dont un Brésilien médaillé d'or en gymnastique, menés de main de maître par le truculent Gonzalo Munoz Ferrer. Le spectacle, peut-être un peu trop léché, est plein de petites trouvailles qui ne prennent jamais le dessus sur l'humanité des personnages. Pasca crée un beau grand spectacle populaire, comme un baume pour une humanité fatiguée.
Nebbia ouvrira la saison 2008-09 du TNM, a annoncé hier à Genève sa directrice, Lorraine Pintal. Le spectacle, en partie aussi produit par le TNM, tiendra l'affiche du 9 septembre au 14 octobre, avec la possibilité de deux semaines de prolongation. C'est la première fois que le théâtre de la rue Sainte-Catherine ouvre ses portes à une représentation de ce que Pasca appelle du théâtre acrobatique. «Notre public sera peut-être surpris», confiait Lorraine Pintal. Nebbia arrivera à Montréal après avoir parcouru la Suisse, la Slovénie, l'Italie, la Colombie et la Corée. Il devrait ensuite être vu dans une douzaine de villes québécoises.
Il faut dire que Daniele Finzi Pasca n'en est pas à ses premières armes. Il est aussi à l'aise avec la gigantesque cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Turin, dont il a fait la mise en scène, que dans le spectacle Icaro qu'il présente seul depuis plus de 15 ans. En 2005, il a travaillé avec le Cirque du soleil et mis en scène le spectacle Corteo.
Contrairement à ses amis québécois, Daniele Finzi Pasca ne se réclame pas des arts du cirque, «une tradition trop moderne, dit-il, puisqu'elle ne remonte qu'à 150 ans». Il préfère parler du théâtre acrobatique qui remonte à l'Antiquité et même aux premiers rites initiatiques. Pasca définit son travail comme l'invention d'un théâtre tactile. Le théâtre Sunil qu'il a fondé en 1983 porte le nom d'un enfant qu'il a vu mourir lors d'un séjour en Inde.
En 2004, Nomade avait attiré 25 000 spectateurs à Lausanne. À voir l'ovation réservée hier aux artistes, on peut s'attendre à ce que Nebbia bénéficie des mêmes faveurs. Né dans la gare Dalhousie, dans le Vieux Montréal, Nebbia a été créé à Genève à cause du producteur suisse Vincent Sager. Ce spectacle «drôlement nostalgique», comme dit son auteur, devrait donc être encore plus rodé lorsqu'il atterrira à Montréal, dans neuf mois exactement.
Christian Rioux était invité à Genève par le Cirque Éloize.
Vos réactions
Finzi Pasca a Turin - par Vincent Messager
Le jeudi 06 décembre 2007 09:00

