Objectif : médiocrité

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du mercredi 05 décembre 2007

Mots clés : Robert Deschamps, réforme scolaire, Français (langue), Député, Québec (province)

Lorsque François Desrochers, député de Mirabel et critique adéquiste en matière d'éducation, a prononcé à la radio de Radio-Canada, début novembre, cet authentique bout de phrase: «la grammaire, la syntaxe, ces choses qui ont été abolites [sic] avec la réforme», plusieurs ont gentiment souri devant la bourde, faite lors d'un entretien portant précisément sur... la qualité du français.

Voilà que son collègue Robert Deschamps, député adéquiste de Saint-Maurice, malmène lui aussi la langue: le politicien a lancé lundi dans le collimateur médiatique un communiqué de presse invraisemblablement coloré d'une quantité d'erreurs qui renvoient toutes à un français mal maîtrisé. Un «fond» socioéconomique amputé du poids de son «s». Un montant de «40 million» au caractère singulier. Un «plan d'urgence proposée» curieusement affublé de la grâce féminine. Truffé de ces maladresses et d'autres encore, le document laisse pantois.

Les deux hommes n'ont pas que l'ADQ en partage. Tous deux ont oeuvré dans le milieu de l'éducation, le premier comme enseignant de géographie, le second comme professeur d'éducation physique. Bien sûr, l'erreur est humaine. Évidemment, la parade politique est à ce point exigeante que la feuille de route parfaite relève de l'utopie. Assurément, l'ADQ ne porte pas à elle seule le poids des bévues linguistiques. Sans clouer ces deux hommes au pilori, on ne peut quand même éviter de souligner le fait qu'à eux seuls ils incarnent parfaitement le laxisme dérangeant qui frappe des figures pourtant érigées en parfaits modèles.

Pendant qu'on s'inquiète des piètres performances des élèves québécois en français, s'attarde-t-on un seul instant à la qualité du spectacle qui se joue sous leurs yeux?

Dans un rapport publié en 1998, le Conseil de la langue française braquait ses projecteurs sur la grande valeur accordée par les élites à la qualité du français. Sans ambages, il concluait à l'importance pour certaines personnes -- politiciens, enseignants, universitaires, journalistes! -- de valoriser un français de qualité. Sans détours, il priait la société d'accorder un plus grand soin à sa langue.

Dix ans plus tard, le panorama n'est pas encore avantageux. À côté du scandale de l'analphabétisme, qui frappe près de la moitié des Québécois, se jouent d'autres petits drames linguistiques. Le français écorché par les radios commerciales. Des restaurants négligeant honteusement de faire réviser leur menu, si savoureux soient les plats. Des enseignants apportant à la maison des consignes remplies d'erreurs. Des professeurs d'université négligeant de corriger les faiblesses de la langue sous prétexte de travaux portant sur une discipline éloignée du français.

Ces faux pas contribuent à faire d'un français médiocre une norme sociale acceptée, ce contre quoi nos élites et toutes ces personnes présentées comme modèles à la relève devraient s'insurger, à titre de fiers diffuseurs d'une langue de qualité. À côté de cet affaissement guette sinon un autre danger, plus sournois encore: la banalisation des dérives. Il faut à tout prix l'éviter.


Vos réactions


Il y a autant de français différents qu'il y a de personnes - par marc belliveau
Le jeudi 06 décembre 2007 09:00

Pourquoi stigmatiser le Québec? - par Raymond Saint-Arnaud
Le mercredi 05 décembre 2007 15:00

Bravo François ! - par Benoît Fortin
Le mercredi 05 décembre 2007 15:00

Pas de photes... - par Claude Guay
Le mercredi 05 décembre 2007 14:00

Nous sommes-nous réellement battus? - par Georges Paquet (georgespaquet@sympatico.ca)
Le mercredi 05 décembre 2007 11:00

@Steve Fortin - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le mercredi 05 décembre 2007 11:00

Un dérapage qui peut s'expliquer autrement que par l'implantation de la Réforme! - par Lorraine Doucet
Le mercredi 05 décembre 2007 10:00

Vêtissant - par ALAIN BLACKBURN
Le mercredi 05 décembre 2007 10:00

Oui, mais... - par Zach Gebello
Le mercredi 05 décembre 2007 09:00

Oups, les marsupilami... - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le mercredi 05 décembre 2007 09:00

il y a trop longtemps... - par Mme Raphaella Robitaille (patraph@tlb.sympatico.ca)
Le mercredi 05 décembre 2007 09:00

accommodement linguistique - par marie-claude leclerc
Le mercredi 05 décembre 2007 09:00

Des solutions simples et efficaces ont existé et existent encore! - par Gisèle Côté
Le mercredi 05 décembre 2007 09:00

Le joual n'est pas mort - par Robert Mayand
Le mercredi 05 décembre 2007 09:00

Salut! - par Louis-Ambroise Paré
Le mercredi 05 décembre 2007 08:00

La médiocrité n'est plus un objectif, ici c'est la réalité - par Gilles Bousquet
Le mercredi 05 décembre 2007 08:00

Une langue sacrifiée sur l'autel d'une émancipation manquée - par Steve Fortin
Le mercredi 05 décembre 2007 08:00

La dernière identité - par Pierre-R. Desrosiers (desro@cgocable.ca)
Le mercredi 05 décembre 2007 07:00

Ni l'un ni l'autre... - par Parisien Jaque
Le mercredi 05 décembre 2007 07:00

La Dérive est bien entretenue au MELS - par André Provost (mapl7@hotmail.com)
Le mercredi 05 décembre 2007 06:00

Une évidence! - par Michel Lebel
Le mercredi 05 décembre 2007 05:00

Parlant de la banalisation des dérives... parlons de la nation Québécoise. - par Georges Paquet (georgespaquet@sympatico.ca)
Le mercredi 05 décembre 2007 05:00

Un français en perdition - par Angéline Joseph
Le mercredi 05 décembre 2007 00:00

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