Venezuela - Chávez reconnaît avoir perdu une bataille, mais pas la guerre

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Claude Lévesque
Édition du mardi 04 décembre 2007

Mots clés : Conseil électoral vénézuélien, Chávez, Gouvernement, Constitution, Venezuela (pays)

Des partisans du NON au référendum vénézuélien ont célébré avec enthousiasme la victoire de dimanche.

Photo: Agence Reuters

Le Conseil électoral vénézuélien a finalement annoncé, aux petites heures hier matin, la défaite du projet de réforme «socialiste» de la Constitution proposé par le président Hugo Chávez.

Ce dernier a rapidement reconnu la courte victoire du camp du «non», qui a obtenu 50,7 % des voix contre 49,3 %, lors du référendum tenu dimanche. Ce résultat, qui a surpris plusieurs observateurs au regard des sondages de sortie des urnes, constitue le premier revers électoral subi par le chef de l'État vénézuélien depuis son accession à la présidence en décembre 1998.

Chávez n'en a pas moins promis de poursuivre «la bataille pour le socialisme», ajoutant que les changements projetés avaient échoué «pour l'instant» mais qu'ils étaient «toujours vivants».

Parmi les réformes constitutionnelles proposées figurait l'abolition de l'article qui limite le nombre de mandats que peut remplir un président. D'autres changements auraient eu pour effet de renforcer le pouvoir de la présidence, en permettent notamment au titulaire de gouverner par décret en matière économique, de créer de nouvelles provinces placées sous son autorité et de mettre fin à l'indépendance de la banque centrale.

69 amendements

Le référendum portait sur pas moins de 69 amendements. Certains d'entre eux étaient par ailleurs susceptibles de séduire les classes populaires qui constituent les principaux soutiens d'Hugo Chávez. Ainsi, il était proposé d'étendre la protection sociale aux travailleurs de l'économie informelle, de renforcer les conseils communautaires locaux et de réduire la semaine de travail.

M. Chávez a implicitement laissé entendre qu'il pourrait tenter de revenir à la charge avant la fin de son présent mandat à la présidence, qui ne se termine qu'en 2012. Il a ainsi prévenu hier que la «victoire à la Pyrrhus» de l'opposition n'allait pas le «faire changer d'une virgule». S'il poursuit dans cette voie, le président vénézuélien ne serait pas le premier chef d'État du continent à changer la constitution de son pays afin de s'accrocher au pouvoir: Cardoso au Brésil, Menem en Argentine et Fujimori au Pérou l'ont fait avant lui.

Une surprise

Le revers subi dimanche par Hugo Chávez est une surprise parce que lui-même et ses partisans avaient jusqu'ici accumulé les succès électoraux, mais aussi parce que le président contrôle les principaux leviers du pouvoir.

Après sa réélection en décembre 2006, Hugo Chávez, au lieu d'ouvrir un dialogue avec l'opposition comme il l'avait laissé entendre dans un premier temps, a multiplié les initiatives qui ont froissé l'opposition et même aliéné certains de ses partisans: nationalisations des hydrocarbures, principales sources de devises de l'État vénézuélien, et des principaux services publics, mais surtout les mesures prises à l'encontre des médias privés.

Ce qui faisait dire hier au journal Le Monde que «les Vénézuéliens ont sans doute rejeté la tentation du pouvoir personnel sans limite ni contrepoids», mais aussi une «révolution» qui ne fait plus recette en Amérique latine.

«Tout ce que les gens veulent, c'est un toit et de quoi manger, pas un modèle collectiviste. Ici, la société est très attachée à la culture de consommation américaine», a commenté pour sa part un politologue vénézuélien cité par l'Agence France-Presse.

Trop tôt

Il est probablement trop tôt pour dire si vraiment le soutien des classes populaires a fait défaut à Hugo Chávez dimanche. Le taux de participation relativement bas (56 % des électeurs inscrits) a pu nuire aux partisans du «oui», mais il est difficile de déterminer dans quelle mesure cela a pu jouer.

«Peut-être [Hugo Chávez] n'a-t-il pas fait sortir le vote parce qu'il était trop confiant de l'emporter», a commenté Graciela Ducatenzeiler, politologue à l'Université de Montréal.

Il est certain que ce revers portera atteinte au prestige du leader «bolivarien», sinon au Venezuela, du moins sur la scène internationale.

«N'ayant plus la même crédibilité à l'intérieur, il ne pourra plus prétendre s'ériger en leader de la gauche en Amérique latine, surtout auprès des leaders de gauche ou centre gauche qui, sans être des compagnons de route, avaient pour lui un certain respect, même si c'était un respect intéressé», croit Graciela Ducatenzeiler.

Interventions contestées

Certaines de ses interventions récentes ont sans doute déplu à ses alliés du continent, notamment les insultes proférées contre Juan Carlos, roi d'Espagne, respecté en Amérique latine. «Même s'il est perçu comme un banquier en Amérique latine, sa prétention de se convertir en porte-parole contre l'"impérialisme" est trop grande compte tenu de la taille du Venezuela», ajoute Mme Ducatenzeiler.

Selon le politologue Philip Oxhorn de l'université McGill, ce revers ne l'affaiblira pas trop, puisqu'il exerce déjà un fort contrôle sur le gouvernement et l'assemblée législative. «Mais ce devrait être un fort avertissement. Le socialisme du XXIe siècle devra tenir compte des valeurs démocratiques comme le droit d'association et la liberté d'expression», croit ce spécialiste.

Les dommages du référendum de dimanche sur le prestige de Chávez seront probablement plus importants à l'étranger qu'au Venezuela. «C'est plus facile pour l'opposition de battre Chávez dans un référendum qu'à une élection puisqu'elle ne dispose pas d'organisation assez forte. L'opposition est très éclatée, et il faut rappeler qu'une partie de cette opposition est aussi autoritaire que Chávez», note Graciela Ducatenzeiler.

Son refus de renouveler en mai la licence de la plus ancienne chaîne de télévision Radio Caracas Television pour son soutien au coup d'État avorté contre lui en 2002 a fait naître le mouvement étudiant, qui est devenu un symbole de la contestation contre une «dictature à la cubaine», estimait hier l'AFP. Le président vénézuélien s'est également attaqué à plusieurs stations de radio populaires auprès des étudiants.

Une nouvelle force

«Les étudiants constituent une nouvelle force, qui n'est pas une opposition de droite. L'opposition pourrait commencer à s'organiser», croit Graciela Ducatenzeiler.

«Chávez était l'homme des grands projets, mais il a moins bien réussi lorsqu'il s'agissait de mesures concrètes, comme la lutte contre l'inflation et la lutte contre la criminalité, qui affectent les citoyens dans leur quotidien, note par ailleurs Philip Oxhorn. Il a perdu une partie de sa mystique, mais cela aura plus d'effet sur sa réputation internationale qu'à l'intérieur.»

À Washington, la Maison-Blanche s'est discrètement réjouie du rejet de la réforme Chávez, qui est depuis longtemps considéré comme sa bête noire en Amérique latine. Les Vénézuéliens ont «exprimé leur opinion, ils ont voté contre les réformes que Hugo Chávez avait recommandées, et je crois que c'est de bon augure», a dit la porte-parole du président Bush, Dana Perino.

***

Avec Reuters et l'Agence France-Presse


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L'instant de M. Camus - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le mardi 04 décembre 2007 19:00

L'avion bien réel de M. Morissette - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le mardi 04 décembre 2007 16:00

Un instant... - par Jerome Camus
Le mardi 04 décembre 2007 14:00

@Serge Charbonneau - par André Loiseau (andreloiselet@videotron.ca)
Le mardi 04 décembre 2007 10:00

Monsieur Charbonneau, permettez-moi de vous féliciter. - par Jacques Morissette
Le mardi 04 décembre 2007 10:00

Zeitgeist - par Michel Leclaire (leclaire.michel@sympatico.ca)
Le mardi 04 décembre 2007 09:00

@M. Lévesque et @ M.Serge Charbonneau - par Michel Leclaire (leclaire.michel@sympatico.ca)
Le mardi 04 décembre 2007 09:00

Merci à Serge Charbonneau ! - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mardi 04 décembre 2007 08:00

Information - opinion - impression - En 22 points - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le mardi 04 décembre 2007 05:00

Chavez a des leçons à tirer de sa défaite. - par Jacques Morissette
Le mardi 04 décembre 2007 00:00

trop fort casse pas comme dirait Duplessis - par normand chaput
Le mardi 04 décembre 2007 00:00

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