Afghanistan: des coûts de prolongement inconnus

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Alec Castonguay
Édition du mardi 04 décembre 2007

Mots clés : John Manley, Harper, Gouvernement, Forces armées, Canada (Pays), Afghanistan (Pays)

Soldats canadiens au repos.

Photo: Agence Reuters

Ottawa -- Le gouvernement Harper a clairement signifié dans le discours du Trône qu'il désirait voir la mission actuelle en Afghanistan se poursuivre jusqu'en février 2011, soit deux ans de plus que prévu. Or, selon des documents obtenus par Le Devoir en vertu de la Loi d'accès à l'information, le gouvernement conservateur a pris cette position sans même savoir combien pourrait coûter une prolongation de la mission.

Un groupe de travail présidé par John Manley se penche actuellement sur le rôle que le Canada devrait jouer (ou ne pas jouer) en Afghanistan après février 2009. Les conclusions de ce rapport sont attendues à la fin du mois de janvier 2008, mais le gouvernement Harper a déjà indiqué sa préférence.

Dans le discours du Trône, le 16 octobre dernier, on pouvait lire que le gouvernement Harper souhaite poursuivre la mission actuelle jusqu'en 2011, même si un vote aux Communes scellera le sort de l'engagement canadien au début de l'année prochaine.

Combien pourraient coûter ces deux années supplémentaires en sol afghan proposées par les conservateurs? Le 26 octobre dernier, Le Devoir a demandé au ministère de la Défense, qui gère le budget de la guerre en Afghanistan, de lui remettre, en vertu de la Loi d'accès à l'information, «tous les documents -- incluant les analyses, notes de service, notes de breffage, etc. -- concernant les coûts possibles du prolongement de la mission en Afghanistan jusqu'en 2011».

Un mois plus tard, le ministère de la Défense répondait par écrit que «malheureusement, suite à une recherche complète au sein du ministère de la Défense nationale, aucun document relié à cette demande n'a été trouvé». Le gouvernement Harper n'a donc jamais demandé aux stratèges militaires une analyse des coûts possibles du prolongement de la mission, et ce, même si c'est l'option qu'il privilégie.

Pourtant, la facture de la guerre en Afghanistan est importante. Hier, Le Devoir révélait que le ministère de la Défense vient de réviser ses prévisions encore une fois à la hausse. L'armée évalue que la guerre dans ce pays aura engendré, entre 2001 et 2009, une facture totale de 4,5 milliards de dollars, soit 200 millions de plus que la dernière évaluation réalisée l'hiver dernier.

3,1 milliards

Depuis 2001, le Canada a déjà dépensé 3,1 milliards de dollars pour son volet militaire en Afghanistan --, ce qui exclut l'aide au développement -- et prévoit donc encore dépenser 1,4 milliard d'ici février 2009.

Est-ce normal que le ministère de la Défense ne produise aucune analyse des coûts possibles d'un prolongement de la mission, alors que le même ministère a pourtant déjà étudié et planifié une éventuelle rotation des troupes sur le terrain jusqu'en 2011? Hier, une porte-parole des Forces canadiennes n'a pas été en mesure de répondre à nos questions.

Le colonel à la retraite Alain Pellerin estime que ce vide n'est «pas nécessairement étonnant» dans le contexte actuel. «Il n'y a aucun doute que Stephen Harper veut prolonger la mission en Afghanistan et qu'il espère que le comité de John Manley va soutenir la thèse du gouvernement. Mais, en même temps, je suis certain que Harper a passé une directive dans ses ministères pour que rien ne soit fait qui pourrait refléter une volonté de rester en Afghanistan avant que la décision finale ne soit prise», dit-il, lui qui est aussi directeur général de la Conférence des associations de la défense, le groupe sans but lucratif de promotion des intérêts du milieu de la défense le plus influent au Canada.

Alain Pellerin ajoute qu'il est assez simple de produire une estimation des coûts d'un prolongement de la mission. «On sait combien ça coûte actuellement, alors extrapoler sur deux autres années, ce n'est pas sorcier. Ça peut se faire assez vite», dit-il.

Les Pays-Bas resteront en Afghanistan

Le gouvernement Harper n'est d'ailleurs pas seul à vouloir que la mission canadienne en Afghanistan se poursuive. Les autres pays de l'OTAN sont nombreux à faire pression sur le Canada pour qu'il reste dans le sud du pays, la région la plus instable. Outre le Canada, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et les États-Unis se partagent la tâche de pacifier cette région de l'Afghanistan, ancien fief des talibans.

Vendredi, le gouvernement Harper avait d'ailleurs les yeux rivés sur les Pays-Bas, qui pouvaient devenir le premier pays à quitter l'Afghanistan. À l'image du Canada, le gouvernement néerlandais fait face à une vive opposition à la mission à l'intérieur de ses frontières. Douze militaires néerlandais sont morts en Afghanistan depuis 2002.

Après plusieurs mois de tergiversations, le premier ministre des Pays-Bas, Jan Peter Balkenende, a annoncé vendredi que la mission se terminerait en août 2010, plutôt qu'en août 2008. Le premier ministre a toutefois précisé qu'il n'y aurait pas de nouvelle prolongation. «Cette mission prendra fin en août 2010, peu importe ce qu'il arrive», a-t-il dit. Les Pays-Bas ont mis de côté la somme d'un milliard de dollars pour financer les deux années supplémentaires de la mission.

Le contingent néerlandais passera de 1650 soldats à 1350. La France, la Slovaquie et la République tchèque fourniront plus de troupes pour combler le départ des 300 soldats. Les Pays-Bas vont aussi retirer deux de leurs six avions F-16.

Un impact sur le Canada

Le départ des Pays-Bas aurait eu un impact direct sur le Canada, puisque les néerlandais sont responsables de la province d'Urzugan, tout juste au nord de Kandahar. Mais, de manière plus générale, le départ d'un pays l'OTAN aurait été très difficile pour la mission en Afghanistan, estime le lieutenant-colonel à la retraite Rémi Landry, qui est expert militaire au sein du Groupe d'étude et de recherche sur la sécurité internationale de l'Université de Montréal. «Un seul pays qui part peut créer un effet domino qui déstabilise toute la mission», dit-il.

Hier, les partis d'opposition aux Communes ont soutenu que le Canada devrait lui aussi signifier clairement à ses alliés de l'OTAN sa date de retrait. Le Parti libéral et le Bloc québécois souhaitent que ce soit en février 2009, alors que le NPD désire voir les soldats revenir au pays le plus tôt possible. «Le Canada aurait dû dire depuis février dernier que nous nous retirerons en février 2009 de la mission de combat, a soutenu Stéphane Dion. L'OTAN ne sait pas à quoi s'attendre de la part du Canada, et c'est inacceptable.»

Rémi Landry estime toutefois que le geste des Pays-Bas est «positif» pour l'OTAN, mais «décevant» sur le plan stratégique. «C'est bien qu'ils restent en Afghanistan, mais pourquoi dire maintenant qu'ils se retirent en 2010, alors qu'on ne sait même pas quelle sera la situation sur le terrain dans deux ans? La stratégie des talibans est de gagner du temps et d'épuiser les pays de la coalition. C'est la nature d'une guérilla. Ça envoie un drôle de message de dire tout de suite quand on va se retirer.»


Vos réactions


@ Michaud et Charki - par Gilles Bousquet
Le mardi 04 décembre 2007 17:00

Prolongation et non prolongement! - par Jean Beaumont
Le mardi 04 décembre 2007 12:00

Il faut tuer l'injustice et l'opportunisme aveugle d'abord. - par Noureddine Charki (nour_charki@yahoo.com)
Le mardi 04 décembre 2007 12:00

Vous ne parlez pas de l'Australie ? - par Michel Lauzon (michel.lauzon.ing@videotron.ca)
Le mardi 04 décembre 2007 10:00

Entre principes et réalité - par andré michaud
Le mardi 04 décembre 2007 09:00

Problèmes cornéliens pour notre l'armée et l'Afghanistan - par Gilles Bousquet
Le mardi 04 décembre 2007 05:00

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