Vos réactions

La psycho- et la neuropolitique des passions

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Gabriel RACLE
Envoyé Le lundi 03 décembre 2007 07:00



Il faudrait compléter les théories sur la politique-passion de Pierre Hassner par un exposé sur la psychohistoire, développée par R. Binion. Je m'en étais déjà expliqué le 3 mai 2006 dans Le Devoir.com sous le titre « Un grand maître de la psychopolitique? ». J'en reprends quelques lignes : « Il faut d'abord s'entendre sur le sens du terme psychopolitique, qui ne fait pas encore partie du vocabulaire usuel des journalistes, et éviter toute interprétation erronée. Une première acception découle de la méthode de la psychohistoire dont un de ses historiens, Rudolph Binion, professeur d'histoire à la Brandeis University, Waltham, Massachusetts, É.-U., donne la définition suivante : «La psychohistoire explore, selon sa propre méthode appliquée à des situations historiques, les processus humains, tant collectifs qu'individuels.» La psychopolitique est alors la psychohistoire en direct, c'est-à-dire l'application de la méthode de la psychohistoire à l'histoire présente, qui se déroule sous nos yeux. Par exemple, le comportement psychologique d'un dirigeant peut expliquer ses actions et réactions. Une application au cas de G.W. Bush sera intéressante.»

Il serait aussi utile de parler de neuropolitique qui consiste à appliquer «à l'analyse politique les recherches faites ces dernières années sur le fonctionnement cérébral et qui sont dès à présent utilisées dans l'industrie, l'enseignement, les communications ou même l'analyse littéraire» et à l'histoire, ce qui donne la neurohistoire, dont j'ai proposé l'existence et qui a suscité plusieurs publications.

En effet, les passions relèvent plus spécifiquement de cette partie de notre cerveau que l'on appelle aussi cerveau reptilien. Son fonctionnement est spécifique et il peut commander des attitudes ou des comportements de défense ou de protection, apparemment irrationnels. La peur, qui n'est pas une passion mais un réflexe, peut paralyser. Or, pour bien des animaux, ce réflexe primaire leur sauve la vie devant un prédateur qui ne s'intéresse pas à un « cadavre ». Le cerveau rationnel, notre cortex cérébral, est loin de pouvoir contrôler toutes les réactions du cerveau reptilien ou système limbique. C'est parfois fort heureux, c'est parfois dangereux.

Je pense pour ma part que le comportement de barbarisation des sociétés bourgeoises dont parle Hassner ne relève pas de la peur, mais de l'agressivité vis-à-vis d'un adversaire visible ou invisible, en vue de se protéger ou de se venger. «Le traitement extraordinaire accordé par les Américains aux prisonniers de Guantánamo » relève beaucoup plus de la vengeance et de la punition et donc d'un comportement calculateur malheureusement rationnel, tout comme la suspension de certaines libertés civiles par le Patriot Act. Ce ne sont pas des réflexes de peur, pas plus que le déclenchement de la guerre en Irak par G.W. Bush. Dans quelle mesure le désir de surpasser son père dans une nouvelle guerre irakienne n'a-t-il pas joué également dans sa prise de décision? Nous retombons dans la psychopolitique combinée sans doute à la géopolitique.

Un grand travail de recherche attend les historiens et les chercheurs qui veulent bien prendre en compte les perspectives que tracent la psychohistoire et la neurohistoire. Malheureusement peu de travail se fait encore dans ce sens. Pierre Hassner ouvre quelques avenues, mais il faudrait approfondir la question des « passions » qui ne sont pas « une composante essentielle de l'âme humaine », mais des réactions psychologiques ou neuropsychiques de la personnalité.

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com