Afghanistan: flambée des achats de munitions
Mots clés : munitions, mission canadienne, Armement, Forces armées, Canada (Pays)
Le coût projeté de la mission canadienne continue de grimper
Ottawa -- Les coûts projetés de la mission canadienne en Afghanistan continuent de grimper et se chiffrent maintenant à 4,5 milliards entre 2001 et 2009, une augmentation de 200 millions. La violence dans le sud de l'Afghanistan force d'ailleurs des achats importants de munitions et d'armes, ce qui contribue à faire gonfler la facture de la guerre. Seulement pour les six premiers mois de l'année financière 2007-08, l'achat de munitions de tous les calibres a bondi de 650 % comparativement à toute l'année 2006-07, selon les calculs effectués par Le Devoir.Les Forces canadiennes viennent d'ailleurs de réviser à la hausse les coûts supplémentaires de la mission en Afghanistan. Entre 2001 et 2009, l'armée évalue que la guerre dans ce pays aura engendré une facture totale de 4,5 milliards de dollars, soit 200 millions de plus que la dernière évaluation réalisée l'hiver dernier.
Depuis 2001, le Canada a déjà dépensé 3,1 milliards de dollars pour son volet militaire en Afghanistan -- ce qui exclut l'aide au développement -- et prévoit
donc encore dépenser 1,4 milliard d'ici février 2009, date prévue du retrait des troupes canadiennes. L'avenir de la mission en Afghanistan est toutefois en révision par un comité indépendant présidé par John Manley. Le Canada pourrait donc poursuivre son mandat actuel plus longtemps que prévu.
Pourquoi cette nouvelle hausse de 200 millions? Au ministère de la Défense, on a refusé de donner des détails, précisant seulement que les coûts estimés de la guerre sont évalués «sur une base régulière». Au bureau du ministre Peter MacKay, on explique que l'arrivée de plusieurs chars d'assaut Léopard 2 sur le terrain, ainsi que des mesures supplémentaires de protection des troupes sont en partie responsables de cette facture plus élevée.
Des munitions à la tonne
Mais une recherche effectuée par Le Devoir dans les contrats accordés par le ministère de la Défense montre qu'un autre facteur commence à peser lourd dans les coûts de la mission: l'achat de munitions et d'armes. En fait, l'acquisition de balles de fusils, de grenades et d'obus (regroupés par l'armée sous le terme «munitions») a littéralement explosé depuis six mois.
L'année dernière, en 2006-07, l'armée canadienne a accordé des contrats d'une valeur de 8,6 millions de dollars pour l'achat de munitions de tous les calibres. Or, uniquement pour les six premiers mois de l'année financière 2007-08, soit du 1er avril au 30 septembre dernier, l'armée a déjà dépensé 56,6 millions de dollars pour le même type d'achat, soit un bond de 650 %.
L'augmentation cette année est encore plus importante lorsqu'on la compare à 2005-06, alors que l'armée avait dépensé seulement 536 500 $ en munitions de tous les genres. Il y a deux ans, les troupes canadiennes n'étaient toutefois pas en poste à Kandahar, mais plutôt à Kaboul, une région beaucoup plus stable, ce qui peut expliquer les faibles dépenses à ce chapitre.
Malgré nos nombreux appels depuis une semaine, le ministère de la Défense a refusé de commenter les chiffres calculés par Le Devoir, même si ceux-ci sont tirés du site Internet du ministère, qui doit rendre publics les contrats accordés. Une porte-parole a simplement affirmé que «les munitions sont acquises en vue d'appuyer beaucoup plus que les opérations: elles servent aussi à l'entraînement annuel permanent des Forces canadiennes, à parer aux imprévus, à réapprovisionner les stocks utilisés lors des opérations et à répondre aux nouveaux besoins», a soutenu la lieutenante Isabelle Riché.
Selon Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM, le lien entre la hausse rapide des dépenses de munitions et l'Afghanistan est évident. «Poser la question, c'est y répondre, dit-il. Que ce soit pour l'entraînement des soldats ou les opérations sur le terrain, c'est clairement lié à l'Afghanistan.»
Charles-Philippe David souligne que les combats dans le sud du pays sont intenses, ce qui se répercute sur l'utilisation des munitions et l'usure de l'équipement. «Ça témoigne d'une violence sur le terrain, et c'est normal, sinon pourquoi acheter autant de munitions à ce moment précis? Il faut que ce soit utile. Et quand on connaît la fréquence des opérations militaires dans ce pays, on se dit que c'est inévitable que ça coûte plus cher.»
L'utilisation des obus contribue aussi à expliquer que la facture grimpe rapidement, puisque chaque obus peut coûter plusieurs milliers de dollars. Ainsi, sur les 56,6 millions dépensés depuis six mois, on constate que le Canada a accordé des contrats à l'armée américaine d'une valeur de près de 6 millions de dollars, par exemple pour l'achat d'obus de plus de 125 millimètres.
En fait, depuis le début de l'année, le ministère de la Défense a fait affaires avec sept fournisseurs. Outre l'armée américaine, le grand gagnant de ce bond dans les dépenses de munitions est sans contredit l'entreprise General Dynamics Ordnance and Tactical Systems Canada. Cette filiale d'une compagnie américaine est basée à Le Gardeur et emploie 1450 personnes. Sur les 56,6 millions de dollars accordés en contrats depuis six mois, General Dynamics a accaparé 48 millions de dollars, soit 85 % des contrats. L'entreprise, qui n'a pas rappelé Le Devoir, est spécialisée dans les balles de fusils et les grenades, ainsi que les petits obus.
En retirant les noms de General Dynamics (48 millions) et de l'armée américaine (6 millions), on constate qu'il ne reste que des miettes pour les cinq autres fournisseurs (RNicholls, Quantum Energetics, Simex Defence, Proparms et Agence Gravel). Pour l'année précédente (2006-07), on constate toutefois que c'est l'armée américaine qui avait obtenu la part du lion, avec 7,7 des 8,6 millions dépensés pour l'achat de munitions. General Dynamics n'avait rien obtenu.
Les armes aussi en hausse
Le Devoir a aussi découvert que les achats d'armes, d'accessoires et de canons sont aussi en progression. Pour les six mois compris entre le 1er avril et le 30 septembre dernier, les dépenses pour les fusils et canons de tous les calibres ont atteint 11,2 millions, soit davantage que pour toute l'année 2006-07 (10,1 millions). En 2005-06, les dépenses à ce chapitre avaient à peine atteint 103 000 $.
De ces 11,2 millions, l'entreprise Colt Canada, fabricant unique des fusils d'assaut C7 et C8 utilisés par les soldats canadiens, a récolté 43 % des contrats (4,8 millions). Colt Canada, basée en Ontario, fait aussi l'entretien des fusils et vend des accessoires pour compléter les armes.
Si cette année les Forces canadiennes semblent se réapprovisionner en armes plus petites, ce n'était pas le cas l'année précédente (2006-07), puisque le gros des contrats avait alors pris la direction de l'armée américaine (63 % des 10,1 millions) pour l'achat de canons plus imposants. General Dynamics, de Le Gardeur, avait alors été le deuxième fournisseur en importance (1,2 million) pour des contrats intitulés «armes diverses» et «canons». Colt Canada avait récolté 931 000 $ en 2006-07.
Avec la collaboration de Monique Bhérer
Vos réactions
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Le mardi 04 décembre 2007 01:00
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Le lundi 03 décembre 2007 04:00
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Le lundi 03 décembre 2007 00:00

