Réformes constitutionnelles - Référendum serré au Venezuela
Mots clés : Référendum, Hugo Chávez, Constitution, Venezuela (pays)
L'incertitude règne quant à l'issue du scrutin

Photo: Agence Reuters
Dans un appel calme, le vice-président vénézuélien, Jorge Rodríguez, a reconnu que la victoire était très serrée et a dit qu’il allait attendre les résultats du Conseil national électoral (CNE) avant de réagir.
«Nous respecterons la décision de l’arbitre (CNE) quelle qu’elle soit, qu’on gagne ou qu’on perde, ne serait-ce que par un vote», a-t-il indiqué. Sous le couvert de l’anonymat, trois ministres avaient plus tôt confié que les premiers résultats préliminaires, alors qu’il restaient 20% des bureaux de scrutin à dépouiller, donnaient la victoire à Hugo Chávez par 6 points de pourcentage.
Si ces tendances se confirment, il s’agira de la plus courte victoire — et la plus difficile — pour Hugo Chávez, lui qui a été régulièrement et si facilement vainqueur des élections depuis son accession au pouvoir. Les résultats préliminaires de ce «quitte ou double» contrastent vivement avec ceux de l’élection présidentielle de décembre 2006, où le chef d’État avait triomphé aux urnes avec 60% des vois et un faible taux d’abstention.
Un pari risqué
Même s’il n’avait jamais perdu un seul scrutin depuis son élection en 1999, le référendum s’avérait un pari risqué pour le président vénézuélien. Tout le long de la campagne, les sondages prédisaient un résultat très serré entre le «oui» et le «non». Face à ses détracteurs, Hugo Chávez était même allé jusqu’à dire que le référendum était un plébiscite sur sa personne, ce qui renforçait la pression sur lui.
Tout juste avant le scrutin, il avait même parié qu’il remporterait ce référendum avec une marge de 10 points de pourcentage. «Nous accepterons les résultats quels qu’ils soient», avait néanmoins déclaré Hugo Chávez à des journalistes, tenant dans ses bras son petit-fils, après avoir voté. «Les Vénézuéliens n’ont jamais autant voté que pendant ces neuf années de révolution pacifique et démocratique», a-t-il laissé entendre.
Samedi, la veille du référendum, l’ancien officier parachutiste , proche allié de Cuba et de l’Iran, avait menacé les États-Unis, dans le cas d’une contestation du scrutin ou d’accusations de fraude, de lui couper l’approvisionnement en pétrole.
Le président âgé de 53 ans a d’ailleurs multiplié les attaques contre les États-Unis. «Celui qui votera “oui” votera pour Chávez et celui qui votera “non” votera pour George Bush, président des États-Unis», avait-il lancé à ses partisans vendredi lors d’un rassemblement géant à Caracas.
Lors d’un récent sommet, il avait également gelé les relations du pays avec l’Espagne depuis que le roi Juan Carlos lui a demandé de «la fermer» en pleine discussion et il a également menacé samedi d’expulser du pays la compagnie pétrolière espagnole Repsol si la droite revenait au pouvoir en Espagne.
Enfin, Chávez a encore fait parler de lui tout récemment lorsqu’il a rompu les liens diplomatiques avec la Colombie pour contester la décision du président colombien Alvaro Uribe de mettre fin à sa médiation dans l’affaire des otages des FARC.
Président à vie?
Pour l’opposition, les nouveaux pouvoirs de Hugo Chávez lui laisseront les mains libres pour imposer un régime dictatorial. Les partisans du chef d’État contrôlent le Congrès et, selon ses détracteurs, la Cour suprême et la commission électorale lui sont également acquises.
L’opposition, longtemps désunie, a finalement été revigorée par un mouvement étudiant anti-Chávez qui est apparu en mai dernier lors de la fermeture par les autorités de la chaîne de télévision privée RCTV, hostile au chef de l’État.
Jeudi dernier, l’opposition à la réforme constitutionnelle avait d’ailleurs organisé sa plus importante démonstration de force. Les défenseurs des droits de l’homme étaient aussi montés aux barricades, car l’une des nouvelles mesures voulues par le chef d’État pourrait, selon eux, permettre de censurer les médias.
D’autres détracteurs dénoncent vertement le projet de «socialisme du XXIe siècle» du chef de file de la gauche anticapitaliste en Amérique latine, le jugeant liberticide.
Lors de son vote, Doris Gordonne, une citoyenne vénézuélienne, a expliqué qu’elle rejetait la réforme, car elle voulait «la démocratie et pas un président à vie». «Le socialisme n’est pas un avenir pour mes enfants», avait-elle ajouté. Ce n’était pas l’avis de Ruben Gonzalez, gardien dans un collège. «J’admire Chávez pour tout ce qu’il a fait pour les pauvres», a confié cet homme de 43 ans.
Le gouvernement mise sur le charisme personnel de l’actuel président, qui a bâti sa popularité dans les quartiers pauvres grâce aux programmes sociaux financés par la manne pétrolière, pour surmonter un mouvement de contestation sans précédent.
Référendum sans incidents
«Une fois de plus, le Venezuela a montré au monde entier qu’il était un pays démocratique», a déclaré Mme Tibisay Lucena, présidente du Conseil national électoral, en se félicitant de la forte participation et du bon déroulement du scrutin qui s’est terminé en fin d’après-midi hier.
Aucun incident notable n’aurait été signalé durant le vote, qui s’est tenu sous la surveillance de plus de 100 000 soldats et de milliers d’observateurs internationaux, sauf peut-être une légère polémique dans certains bureaux de vote, où l’indébilité de l’encre apposée sur le doigt des électeurs pour les empêcher de voter plusieurs fois a été mise en doute. Ce soupçon a finalement été rejeté par les autorités électorales.
Aucune mission de l’Union européenne ou de l’Organisation des États américains n’a été envoyée pour superviser les opérations de vote effectuées par machines automatiques, le gouvernement ayant préféré d’autres observateurs internationaux, choisis par la majorité et l’opposition.
Le port d’armes, ainsi que les manifestations à caractère politique, ont été interdits à l’occasion du référendum dans ce pays, où le taux d’homicides par arme à feu est l’un des plus élevés au monde.
Le Devoir avec Agence France-Presse, Reuters et El Pais
Vos réactions
Défaite de la désinformation! Chavez un vrai démocrate! - par Daniel Lapierre
Le lundi 03 décembre 2007 15:00
Victoire de Chavez, défaite pour les fabricants d'images - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le lundi 03 décembre 2007 07:00

