Poutine et Chavez, même combat
Mots clés : Hugo Chavez, Vladimir Poutine, élections, Venezuela (pays), Russie (pays)
Tous deux sont des «démocrates» contestables et contestés, à l'étranger si ce n'est dans leurs pays. Tous deux sont assis sur d'immenses réserves d'hydrocarbures qu'ils utilisent comme atout politique. Tous deux sont partisans d'une concentration personnelle du pouvoir. Tous deux cherchent à contourner les institutions -- ou à les modifier -- pour se perpétuer au sommet. Tous deux agitent le spectre de l'étranger, les sombres machinations américaines ou occidentales, pour maintenir leur popularité.
Dans les deux cas, toute posture politique d'opposition est automatiquement taxée d'ignominie, de trahison, d'illégitimité. Si on ne vote pas «Russie unie», on est un ennemi du peuple. Si on vote «non» au Venezuela, on est un ennemi du peuple.
À Caracas ou à Moscou, les discours de fin de campagne sont explicites: Chavez militarise les champs de pétrole et annonce qu'il pourrait fermer le robinet à ses clients américains -- rodomontade sans doute, mais qui donne le ton. Et Poutine, qui sait comme Chavez manier le langage vulgaire, avertit l'Ouest qu'il ne doit pas «fourrer son nez morveux» (sic) dans les affaires de la Russie.
La dénonciation du «parti de l'étranger» est une méthode éprouvée. Elle fonctionne à plein en Russie, un peu moins au Venezuela, mais quand même. Dans le cas du Venezuela, il faut dire qu'il y a effectivement eu tentative de putsch contre Chavez en 2002, avec de probables appuis à Washington et à Madrid. Mais n'oublions jamais que Chavez fut lui-même un putschiste en 1992! Et certains disent qu'il remet ça aujourd'hui, de façon beaucoup plus subtile: ses 69 modifications constitutionnelles équivalent selon l'opposition à un véritable «coup d'État constitutionnel».
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On a beaucoup parlé de ce renouvellement illimité des mandats du président, que recherche Hugo Chavez. Il est vrai que beaucoup de pays démocratiques ne fixent aucune limite à ce chapitre. Mais, dans le contexte d'une Amérique latine longtemps peuplée de caudillos, la limite généralement fixée à un ou deux mandats présidentiels était une sage précaution. Et puis Chavez lui-même vient d'évoquer une présidence... jusqu'à l'an 2050! De quoi accréditer l'idée qu'il veut vraiment être un second Fidel Castro.
Il n'y a pas que les mandats présidentiels... La centralisation des pouvoirs, la mainmise directe de la présidence sur les ressources naturelles, la possibilité de censure des médias, la tutelle des universités, l'instauration de structures régionales nommées par Caracas: tous ces éléments du projet constitutionnel sont dénoncés par l'opposition, autant sinon plus que les mandats illimités du président.
D'autant que ces «nouveautés» ressemblent étrangement à ce qui s'est passé en Russie ces dernières années. En 2002-2004, une réforme inspirée par Vladimir Poutine a aboli l'élection des gouverneurs régionaux, source importante de contre-pouvoirs face au Kremlin. Eh bien, les gouverneurs russes sont désormais nommés par le président. Avec ses nouvelles structures régionales, Chavez veut faire la même chose au Venezuela.
Mais il est clair que la limitation des mandats présidentiels embête Hugo Chavez, comme elle embête Vladimir Poutine. Pour l'instant, le leader russe n'a pas contesté la Constitution qui lui interdit un troisième mandat consécutif. Il semble plutôt engagé dans de grandes manoeuvres pour contourner l'obstacle. Première étape: le triomphe prévu de «Russie unie» aux législatives.
Selon une hypothèse qui court, un président «malléable» pourrait être installé tout juste pour quelques mois au Kremlin, lors des présidentielles de mars 2008... à la suite de quoi Poutine pourrait revenir en toute légalité.
Dernier élément de l'actuel virage antidémocratique: l'instauration de la proportionnelle pure. Jusqu'aux législatives de 2003, une poignée de députés libéraux d'opposition avaient pu se faire élire à la Douma grâce au scrutin uninominal (en usage pour 50 % des sièges). Le passage complet à la proportionnelle (avec un seuil fixé à 7 % pour les petits partis) est une véritable catastrophe pour l'opposition russe.
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Ce nouvel autoritarisme conserve plusieurs éléments de la démocratie formelle. Il y a encore des consultations électorales ou référendaires. Il y a encore des partis politiques, même s'ils sont de plus en plus étouffés en Russie. Il y a encore -- davantage au Venezuela, moins en Russie -- des îlots de liberté de presse. Et puis, en 2007 dans les rues de Caracas ou de Moscou, ce n'est pas la grisaille soviétique ou cubaine.
Mais la polarisation apocalyptique de l'affrontement avec l'opposition; la concentration du pouvoir politique, de l'administration et de l'économie; la dénonciation rituelle d'un «ennemi étranger» toujours bien utile: rien de tout cela n'est de bon augure pour les «démocraties» russe et vénézuélienne.
François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio, et lire ses carnets sur www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
francobrousso@hotmail.com
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