Une pratique dénoncée par l'opposition - Blackburn utilise des avions nolisés pour se rendre dans sa circonscription
Mots clés : Nouveau Parti démocratique, Loi sur l'accès à l'information, Jean-Pierre Blackburn, Gouvernement, Transport, Canada (Pays)
Ottawa -- Le ministre du Travail, Jean-Pierre Blackburn, utilise des vols nolisés comme taxis pour faire le voyage entre Ottawa et sa circonscription et envoie les factures à l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec dont il est responsable.
Dans la moitié des cas, les appareils ont servi à transporter le ministre entre Ottawa et la base militaire de Bagotville, située dans la circonscription de Chicoutimi-Le Fjord, voisine de celle du ministre. La plupart du temps, le ministre était le seul passager.
Il n'a en effet emmené son attaché de presse avec lui qu'à trois reprises et il est arrivé que cette personne ne soit présente que pour une portion du voyage.
Pendant la session parlementaire du printemps dernier, le ministre a fait à trois reprises l'aller-retour entre Ottawa et Bagotville de manière à profiter du week-end dans sa circonscription aux frais des contribuables.
Pour le député néo-démocrate Pat Martin, M. Blackburn manque de respect pour les Canadiens. «Pour un ministre du Travail, ce n'est clairement pas un homme du peuple s'il utilise des avions nolisés comme taxi pour aller dans son comté, a-t-il souligné. Je crois que ça ne cadre pas avec l'image que le premier ministre tente de donner de son nouveau Parti conservateur.»
Vols commerciaux
De l'avis de M. Martin, dans la mesure du possible, les députés devraient toujours prendre des vols commerciaux pour aller chez eux. «Nous devrions tous nous serrer la ceinture et faire preuve de retenue. Au lieu de ça [M. Blackburn] se comporte comme un vieux ministre de l'époque Mulroney», a-t-il insisté.
Le libéral Pablo Rodriguez abonde dans le même sens. Selon lui, rien ne justifie que des députés louent des avions pour retourner dans leur circonscription puisqu'ils disposent tous d'un budget leur permettant 64 allers-retours par an, à condition qu'ils réservent leur siège sur un vol commercial.
«Je veux bien que ça l'amuse, que ça soit bon pour son confort et pour étendre ses jambes mais la note finale est refilée au contribuable. C'est inacceptable», a-t-il déclaré.
L'opposition trouve aussi déplorable que les informations au sujet des vols nolisés n'apparaissent nulle part dans les formulaires de divulgation volontaire du ministre. Ils sont toutefois énumérés parmi d'autres contrats octroyés par Développement économique Canada.
Au cabinet de M. Blackburn, on assure que toutes les appareils ont été loués pour permettre au ministre de participer à des annonces de l'agence et qu'il est donc normal que les dépenses lui soient imputées.
Ces explications ne convainquent ni Pat Martin ni Pablo Rodriguez, qui pensent que les détails sur les dépenses du ministre devraient être accessibles. «Ce n'est pas transparent. On ne doit pas être obligé de faire à chaque fois des demandes d'accès à l'info pour savoir comment il voyage. Il y a des limites à rire du payeur de taxes», a martelé M. Rodriguez.
Une récidive
Dans une déclaration écrite transmise à La Presse canadienne, le cabinet de Jean-Pierre Blackburn assure par ailleurs que le ministre prend des vols commerciaux chaque fois que c'est possible. Cela est effectivement arrivé à quelques reprises.
Le ministre a fait état de dépenses de près de 20 000 $ pour des vols commerciaux au cours des derniers mois. Le tiers de ce montant est lié à des déplacements à l'extérieur du Québec et un autre tiers est le résultat du voyage du ministre en Gaspésie au lendemain des inondations tragiques de l'été dernier.
Ce n'est pas la première fois que Jean-Pierre Blackburn est la cible de critiques pour son recours jugé abusif à des vols nolisés ainsi que pour sa propension à camoufler les dépenses qui y sont associées.
Le printemps dernier, La Presse canadienne révélait en effet que le ministre avait dépensé environ 150 000 $ pour louer des avions en 2006 et que ce montant n'apparaissait nulle part dans ses rapports de dépense.
Pat Martin ne serait pas surpris que M. Blackburn se fasse taper sur les doigts par son patron Stephen Harper. «Il aurait dû apprendre sa leçon. Cette pratique inacceptable a été dénoncée plus tôt cette année.»

