La lecture en cadeau

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du lundi 03 décembre 2007

Mots clés : enfants, lecture, Livre, Éducation, Québec (province)

Une autre tuile s'abat sur la performance scolaire des élèves québécois. Les résultats tout juste dévoilés d'un test international traduisent en effet d'inquiétantes maladresses en lecture, une habileté pourtant garante de la réussite à l'école. Apprentis lecteurs, que vous lisent donc vos parents?

Daniel Pennac l'a bel et bien écrit dans Comme un roman, superbe hommage à la lecture, mais, pour le savoir, encore faut-il l'avoir lu: «Le verbe lire ne supporte pas l'impératif.» Comme pour «aimer» ou «rêver», plaide l'auteur, difficile de pointer un doigt autoritaire vers un enfant et d'ordonner le plaisir de la lecture. «Lis! Mais lis donc, bon sang, je t'ordonne de lire!»

Dommage qu'il soit impossible de commander cet amour qui, au dire de plusieurs experts, faciliterait l'apprentissage du français en plus de constituer un passeport vers de meilleures chances de réussite. À défaut d'imposer le bonheur de lire, pourquoi ne pas le suggérer?

Les résultats de la version 2006 du PIRLS (Programme international de recherche en lecture scolaire), dévoilés la semaine dernière, étalent -- hélas! -- d'imposantes lacunes en ce domaine chez les parents du Québec, qui sont trop peu nombreux à pratiquer avec leurs enfants le voyage au pays des histoires.

L'objectif premier de cette étude internationale, menée pour la deuxième fois en cinq ans, n'était pas de sonder le coeur des parents, mais plutôt de vérifier les talents de lecteurs des enfants de 4e année. Cinq ans après le premier coup de sonde, la version 2006 révèle une diminution des résultats des élèves québécois, dont la moyenne chute de quelques points. Malgré une note globale encore très digne, leur capacité à décoder une information lue ou encore à décortiquer un texte a perdu beaucoup de lustre. Il faut s'inquiéter de cette lumière rouge qui s'allume, une fois de plus, dans le paysage de l'apprentissage.

Certains y verront une raison supplémentaire d'expédier la réforme de l'éducation au bûcher. Il est vrai que ces enfants de 9 ou 10 ans évalués par le PIRLS sont de purs produits de la réforme, et que l'une des premières visées de ce remaniement entrepris en 1999 -- rappelons-le encore et encore! -- était bel et bien d'«amener les élèves à diversifier leurs pratiques de lecture», de leur permettre «d'acquérir des stratégies de lecture nombreuses et diversifiées» et, finalement, de les «rendre plus performants».

Dernier rempart permettant une comparaison objective de l'«avant» avec l'«après»-réforme, les tests internationaux constituent une manière de vérifier si l'objectif premier de la réforme est atteint: redorer la réussite des élèves. Des signaux préoccupants ont déjà indiqué une détérioration des aptitudes en français, ce que la ministre de l'Éducation a heureusement promis d'étudier avec une fine attention. Un groupe d'experts s'est précisément attardé à cette question et doit rendre ses conclusions à la ministre avant Noël. Cet examen doit rapidement être dévoilé au grand jour.

La faute ne peut toutefois reposer uniquement sur des méthodes pédagogiques. Les résultats du PIRLS le démontrent admirablement, en soulignant la faiblesse parentale en matière de lecture avec la progéniture. Le Québec arrive ainsi bien après la Nouvelle-Écosse (deuxième au monde!), l'Ontario, la Colombie-Britannique et l'Alberta quant aux manières d'encourager la lecture avant l'entrée à l'école.

Jeux de lettres, chansonnettes, heure du conte avant d'aller au lit: ces moments pourtant jugés magiques par nombre d'inconditionnels de la fabuleuse passation de l'amour de lire constituent une habitude ancrée pour seulement 64 % des parents québécois, contre 77 % des néo-écossais, et 71 % des ontariens et des britanno-colombiens.

Des données qui s'ajoutent au dernier constat fait par le ministère de la Culture et des Communications avec son étude La Pratique culturelle au Québec, laquelle a cours depuis 1979. La dernière photographie, croquée en 2004, montrait un Québec en panne de lecture, particulièrement chez les 15-24 ans...

Comment transmettre le goût de la lecture si, à la maison, les bibliothèques ne contiennent que des bibelots? Quel espoir subsiste-t-il de transformer nos enfants en lecteurs boulimiques si la tenue d'un livre est platement associée, dans l'esprit des parents, à une activité imposée dénuée de tout délice? Pourquoi rêver de générations qui brûlent de lire quand le Québec gagne le championnat des bibliothèques scolaires dégarnies?

Défions Pennac un brin et osons l'injonction: parents, de grâce, «Lisez!» avec vos enfants...

machouinard@ledevoir.com


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