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Renée Lavaillante, Coresponsable de la pétition contre les fenêtres givrées du YMCA

Édition du lundi 03 décembre 2007

Mots clés : centre sportif, YMCA, commission Bouchard-Taylor, Immigration, Religion, Québec (province)

L'auteure a résumé sa pensée dans ce mémoire présenté à la commission Bouchard-Taylor, dont nous publions des extraits.

Je fus coresponsable de la pétition contre les fenêtres givrées du YMCA, et principale porte-parole lors de cet épisode. Nous avons désormais retrouvé les vitres claires, le comité de la pétition est dissous, mais ma réflexion a été influencée et enrichie par les nombreuses discussions que nous avons eues à l'époque de la pétition.

Tous les événements de l'automne dernier prenaient la religion comme prétexte à une demande. Ce sont donc ces vrais ou faux accommodements religieux qui ont engendré la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles. Aussi, dois-je dire d'entrée de jeu que le nom que s'est donné la commission m'a étonnée et déçue. Pourquoi avoir gommé le mot religieux et avoir mis culturel à la place? Combien d'immigrants, anciens ou récents, sans religion déclarée ou pratiquants modérés, se seront sentis injustement visés par cet intitulé, et n'auront pas, de ce fait, participé au débat? Nous n'avons pourtant pas le luxe de nous priver de leurs opinions.

Avec ou sans givre?

Le dossier des fenêtres givrées du YMCA est associé à un cas cité partout; il est devenu presque emblématique des malentendus liés à la notion d'accommodement. Il était en effet exemplaire à bien des points de vue: il s'agissait de ghetto, de séparation; d'inégalité des sexes, de voiler -- cacher -- le corps de la femme afin d'éviter à l'homme de faire l'exercice d'apprendre à gérer ses pulsions; il s'agissait d'intégrisme religieux; de nos légendaires manques de fermeté et de nos peurs de déplaire; mais il ne s'agissait pas du tout d'immigration! La communauté hassidique est établie au Québec depuis soixante ans. Il est donc assez cocasse que le litige des fenêtres givrées ait déclenché un tollé à propos de l'immigration.

Certains ont prétendu que nous exagérions; qu'il s'agissait, avec ces fenêtres, d'une simple entente de bon voisinage. Il n'en est rien, car les deux voisins sont des institutions et, à ce titre, ils doivent respecter les valeurs de notre société. Consentir à cacher au regard, parce que leurs corps représentent une tentation, des femmes qui pratiquent un sport ne peut être considéré, de la part d'une institution ou d'une entreprise, comme une simple entente de bon voisinage.

Des femmes se sont senties insultées et humiliées. Après les luttes accomplies pour l'égalité, il n'est pas possible d'accepter des cas de ségrégation sexuelle. Mais cette erreur de parcours a été réparée, et nous en savons gré au YMCA.

Femmes

On a bien vu, durant cet automne 2006, que la plupart des accommodements «problématiques» étaient en fait de simples arrangements maladroits, concédés faute de balises vraiment claires pour tout le monde.

C'est pourquoi j'appuie particulièrement la proposition faite par le Conseil du statut de la femme d'inscrire dans la charte la priorité du principe de l'égalité des sexes sur la liberté de religion, point que semble avoir déjà adopté le présent gouvernement. Cette précision dans la Charte est essentielle puisqu'elle guidera tous ceux qui font face à des demandes d'individus ou de groupes religieux, et diminuera leurs craintes de se voir convoqués devant les tribunaux s'ils refusent d'accorder des privilèges d'ordre religieux.

Si j'appuie cette inscription dans la charte, ce n'est pas seulement au regard des accommodements proprement dits, mais aussi en pensant à ces femmes, au Québec, qui sont victimes, dans leur propre milieu, de croyances religieuses sexistes: celles qui n'ont pas le droit de sortir seules, qui sont enfermées à clé, celles à qui l'on interdit les sports, celles que l'on marie trop tôt, que l'on rend captives de leur communauté en les engrossant dès l'adolescence, etc.

Même si les accommodements religieux étaient définitivement abolis, ce dont bien sûr je rêve, tout ceci continuerait, et je pense que la mention, dans la charte, de la supériorité de l'égalité des sexes sur la liberté religieuse, pourrait encourager et soutenir les personnes qui cherchent à venir en aide à toutes ces femmes, victimes intérieures de l'intégrisme.

La société québécoise en sortira plus juste et égalitaire. [...]

Société laïque

Dans une société laïque, on ne devrait jamais avoir à demander à quelqu'un quelle est sa religion. Or, les accommodements religieux obligent à demander, par exemple, à une personne qui veut obtenir un privilège dont profite un collègue ou un voisin, quelle est la religion dont elle se réclame, que ce soit pour lui accorder ce privilège ou pour le lui refuser.

Mais refuser un privilège à quelqu'un parce qu'il n'est pas de la religion appropriée, c'est discriminatoire, et on tourne en rond! L'accommodement religieux contient en lui-même une ségrégation à

rebours.

Comme le prône le mouvement laïque, je suis pour une république laïque, ce qui n'est pas synonyme d'athée et, tout comme le soutient le mouvement laïque, cela peut et doit advenir sans que l'on lance une chasse à tous les signes, à toutes les fêtes, à tous les noms qui font partie du passé du Québec.

Conservons les témoignages de notre histoire, jusqu'à ce qu'ils tombent d'eux-mêmes, sinon c'est de l'autocensure. Mais ne rajoutons pas de symboles, d'aucune religion. Les églises n'ont plus de pouvoir séculier. Une prière à l'hôtel de ville équivaut, à mon avis, à en rajouter. Reconduire les avantages fiscaux, s'il en existe encore, à certaines Églises, ce serait aussi en rajouter. De même pour l'enseignement d'une religion particulière à l'école. [...]

Cultures

Puisque cette commission insiste sur les différences culturelles, je me permets ces quelques «nous», et j'ajouterai, un instant, quelques «eux».

Nous, les immigrants de vieille date, sommes nés ici. Nous n'avons pas eu à choisir, à promettre quoi que ce soit pour être Canadiens. Nous pouvons, sans problème de conscience, décider de conserver ou de modifier la nature de notre relation avec ce Canada.

Eux, les immigrants récents, pour la plupart, ont longtemps rêvé du Canada, le «plusse meilleur pays au monde». Ils ont parfois fait des efforts démesurés pour en arriver, un jour, peut-être le plus beau jour de leur vie, lors d'une cérémonie émotive et inoubliable, à chanter «Ô Canada» et à jurer fidélité à la reine. Jurer fidélité: nous n'avons pas eu, nous, à faire ça. On n'a pas assez réfléchi au fait que voter «oui» au référendum, pour certains, c'est se parjurer, et c'est trahir un bienfaiteur. [...]

On ne peut se demander comment accueillir sans se demander où l'on accueille. On n'accueille pas dans un nulle part vierge et vague, mais dans un lieu déterminé. Une culture propre, c'est le lieu d'accueil par excellence. C'est la condition d'un dialogue, le point de départ d'une relation. [...]


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