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Du voile qui libère et fait voir

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Denis Beaulé
Envoyé Le vendredi 07 décembre 2007 10:00



À propos de religion(s)...

Dans La Presse du 25 novembre se trouvait un compte rendu de Mathieu Perreault à propos de la source chrétienne des valeurs modernes, telle que vue par Jean-Claude Guillebaud. La liberté individuelle même proviendrait du christianisme, ainsi que la défense des pauvres, des diverses égalités, etc. Du fait que la pensée judéo-chrétienne est l'héritière directe de la pensée grecque, origine des valeurs occidentales contemporaines.

Guillebaud n'eût pu mieux dire. Quoiqu'il aurait pu faire preuve de plus d'audace encore en suggérant que le judaïsme ancien, père du christianisme, pourrait avoir agi de concert avec la pensée grecque dans la structuration du «savoir-vivre», de codes moraux ou sociaux, ayant cheminé jusqu'à nous et demeurant toujours aussi vivaces. Plusieurs millénaires avant Gérald Larose et Françoise David, circulaient des consignes telles: «Tu n'exploiteras pas ton semblable ni ne le spolieras» et «tu ne retiendras/réduiras pas le salaire de l'ouvrier».

Quant au rapprochement grec/chrétien, il n'est que de constater, en sus de la substance même des écrits pauliniens qui s'avèrent les plus crédibles là-dessus, que c'est en grec (l'équivalent de l'anglais aujourd'hui), justement, qu'ont été rédigées les Écritures chrétiennes. Voilà qui «parle». Et voilà pourquoi «le Livre» vaut certes encore le détour, comme le faisait remarquer Chantal Guy dans son billet contigu au compte rendu de Mathieu Perreault.


Le phénomène du voile, par exemple, entre autres, notamment, et de la multitude de réactions en tous sens qu'il suscite, met en jeu tout ce qu'il faut concernant la liberté humaine et sociale, ses exigences, ses «périls», ses idiosyncrasies. Peut-être aucun autre phénomène ne serait aujourd'hui aussi riche de signification et d'enseignement. On aura dû noter, par exemple, que loin d'incarner invariablement un signe de soumission à «l'homme», le port du voile manifesterait assez souvent soit une volonté d'INsoumission (e.g. vis-à-vis de parents) ou un désir de confronter directement des préjugés antimusulmans («gratuits»), ayant abondé suite aux événements du 11 septembre 2001 : «Vous croyez que l'islam est diabolique? Voyez, je porte le voile, moi, j'en suis peut-être donc sinon probablement une - musulmane -, et voyez comment je suis, voyez comme on peut être quand même du bon monde, musulman!» Il n'est rien de mieux pour stimuler ou rappeler une pensée, une attitude ou un comportement que l'opposition, l'interdit ou le discrédit auxquels ils peuvent être sujets: «Je n'aurais pas connu la convoitise si la Loi n'avait dit: "Tu ne convoiteras pas!"»

Voilà bien là le grand Jeu de la liberté. Essentiellement dynamique. Dialogique, plutôt que logique. Voilà pourquoi le voile, chez nous au Québec, est plutôt un voile de liberté qu'un voile d'enfermement, d'obnubilation, d'esclavage ou de soumission. Et voilà pourquoi, donc, aussi, tant son port que sa vue font voir plutôt qu'ils ne cachent. Libèrent, plutôt qu'ils ne contraignent. La contrainte étant de NE PAS pouvoir faire à sa guise. De devoir faire comme «tout le monde», comme «les autres», comme «la majorité».

QUI, aujourd'hui, peut déterminer, avec infaillibilité, pour les siècles des siècles, que sans voile, toute femme serait, à n'en point douter, soit plus heureuse, plus «normale», plus «correcte» ou plus libre qu'avec voile? De même, en quoi pourrait-il exister un principe de liberté de dévoilement ou non-voilement (du/de) féminin, auquel ne correspondrait pas une légitimité ou une rationalité ad hoc de liberté de voilement (partiel)? (Il n'est pas question ici de voilement intégral, à la faveur duquel «disparaît» une personne femme, son identité). Interdire le voile ne constituerait-il pas une discrimination sexuelle, bien davantage ou avant même toute discrimination religieuse ?

Il semble qu'il faudrait prendre garde, donc, à la simplification, au simplisme ou à la «petitesse». C'est-à-dire, à la réduction. «La» femme, sa liberté surtout, ne sauraient être réduites à la «définition» qu'en donne une majorité, quelle qu'elle soit, en une ère ou une aire données. Celles-ci ni celle-là ne pouvant conférer le sens. Tout le sens, tous les sens. Et voilà pourquoi, donc, enfin, en cas de doute, il s'avère quasi toujours plus judicieux de laisser la plus grande liberté possible. La diversité, pourvu qu'elle soit respectueuse («décente» et non violente), étant davantage garante d'équité et d'épanouissement ou d'affranchissement, ainsi que de connaissance, que la contrainte à l'uniformité.

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