Le retour des Maple Laughs?
Mots clés : Richard Peddie, Toronto, Maple Leaf, Hockey, Sport, Canada (Pays)

Photo: Agence Reuters
La logique? En fouillant dans l'histoire des Maple Leafs des 40 dernières années, on peine à en trouver une parcelle. La dernière fois que l'équipe a gagné la coupe Stanley, c'était quelques jours avant l'ouverture officielle d'Expo 67; depuis, elle s'est montrée incapable d'atteindre la série finale à une seule occasion. Aux dernières années de gloire, qui ont coïncidé avec la fin de l'époque des six équipes dans la Ligue nationale, a succédé une interminable traversée du désert sous la férule du propriétaire Harold Ballard, qui ne voyait pas de raison d'améliorer son club puisque les gradins du Maple Leaf Gardens affichaient complet de toute manière; l'épisode a d'ailleurs donné lieu à la naissance d'un sobriquet pas vraiment enviable, celui de «Maple Laughs». Un bref regain de vie s'est produit au début des années 90, mais Toronto n'a pas tardé à retrouver la morosité, avec à la clé l'éternel cercle vicieux: la volonté de se refaire rapidement, qui force des décisions précipitées, qui courent un haut risque de mal tourner, ce qui entraîne d'autres décisions à courte vue...
En 2007, ça ne va pas bien du tout. Avant de gagner jeudi soir à Atlanta, les Leafs avaient perdu six de leurs sept derniers matchs, souvent en faisant preuve d'un manque de conviction choquant pour des partisans au moins aussi fervents que ceux de Montréal. Avec un dossier de 8 victoires et 17 défaites, ils occupaient le 14e rang, sur 15, dans l'association Est de la LNH. Certes, ils possèdent quelques bons jeunes joueurs comme Kyle Wellwood ou Matt Stajan, mais la relève est compromise par plusieurs transactions douteuses effectuées ces dernières années, telles l'acquisition de vétérans en fin de parcours (Owen Nolan, Brian Leetch) et la cession de choix élevés au repêchage amateur.
Comme quoi il n'y a pas qu'à Montréal que pareille chose se produise, le défenseur Bryan McCabe, à qui on a accordé un plantureux contrat il y a deux ans, est fréquemment conspué par la foule du Centre Air Canada. Les Leafs ne sont pas parvenus à dénicher un gardien de but d'impact depuis le départ de Félix Potvin, en 1998. (Exemple de cercle vicieux: aux prises avec une faiblesse devant le filet, Toronto a cédé l'an dernier un de ses meilleurs prospects, le gardien finlandais Tuukka Rask, aux Bruins de Boston en retour d'un autre gardien à la réputation fondée sur le brio d'une seule saison, Andrew Raycroft. Quand il s'est avéré que Raycroft n'était pas la solution, les Leafs ont été forcés d'envoyer un choix de premier tour à San Jose pour obtenir Vesa Toskala. Raycroft et Toskala connaissent un début de saison ordinaire.) Et comme si cela ne suffisait pas, on commence à dire de Mats Sundin, capitaine, coeur et âme du club, qu'il aurait dû être échangé il y a deux ans, quand sa valeur marchande était bien supérieure à ce qu'elle représente aujourd'hui.
En somme, tant le présent que l'avenir semblent complètement bouchés, et ça barde dans les chaumières et dans les médias, qui en savent bien sûr toujours un peu plus que les autorités en place à propos de la marche à suivre. Dans les circonstances, pas étonnant le moins du monde que John Ferguson Jr., le fils de l'ancien policier du Canadien décédé cet été, soit considéré comme un homme en sursis depuis plusieurs semaines. Ces derniers jours, son renvoi imminent a été évoqué mille fois. Un quotidien a même publié une liste avec photos de ses successeurs potentiels. Dans les gradins, on aperçoit de temps à autre l'inscription Fire JFJ. Et des voix se font entendre pour qu'on efface tout et qu'on recommence à zéro avec une reconstruction mur à mur.
Mais qui voudrait de cette succession? Certes, le poste de directeur général des Maple Leafs de Toronto déborde de prestige, mais il ne prend pas pour autant des allures de sinécure. Car la question gagnerait peut-être à être posée différemment: qui voudrait de cette succession dans les circonstances actuelles? Qui sont, soit dit en passant, à peu près les mêmes qu'il y a quatre ans et qui ont conduit à l'embauche de Ferguson, qui n'avait aucune expérience préalable comme directeur général, un élément crucial pour un poste aussi lourd: parce que personne de plus intéressant n'en voulait. (Sollicité, Scotty Bowman avait refusé parce qu'on ne lui donnait pas assez de latitude.) Or, si personne n'en voulait, c'était peut-être à cause des tiraillements incessants au sein de Maple Leaf Sports & Entertainment.
Sans entrer dans de fastidieux détails, mentionnons que l'entreprise possède à la fois les Maple Leafs, les Raptors de l'Association nationale de basketball, le FC Toronto de Major League Soccer et les Marlies de la Ligue américaine de hockey. Et le propriétaire majoritaire, à hauteur de 58 %, en est... le régime de retraite des enseignants de l'Ontario! Or Richard Peddie, qui en sa qualité de p.-d.g. doit avant tout satisfaire les demandes de son actionnaire sans visage -- dégager des profits, à ce qu'on peut déduire --, se retrouve souvent en opposition de vues avec Larry Tanenbaum, propriétaire minoritaire (13 %) et président du conseil de MLS&E. Les deux ne s'entendent pas, par exemple, à propos du maintien ou non en poste de Ferguson et ont tendance à se mêler beaucoup des opérations hockey au lieu de confier la tâche à un président qui s'occuperait exclusivement, et de manière relativement indépendante, de ces tâches.
Bref, un joli gâchis. Les Maple Leafs ont un passé suffisamment glorieux pour se trouver au deuxième rang de l'histoire de la LNH avec 13 coupes Stanley, mais ils revendiquent en même temps la deuxième disette la plus longue avec ces 40 années sans succès (Chicago n'a pas gagné le championnat depuis 1961). À Montréal, l'époque n'est pas particulièrement à la dynastie, mais on imagine aisément le raffut que provoquerait un aussi long passage à vide doublé d'une saison encore jeune mais pratiquement déjà perdue. Les supporters de Toronto, qui paient les billets les plus chers de la ligue et dont l'intensité est comparable à celle des fans du Canadien, estiment mériter mieux que ça, mais ils pourraient bien devoir attendre longtemps. À moins d'improbables changements draconiens prochains, les Maple Laughs sont partis pour continuer de ne faire rire que leurs adversaires.
Vos réactions
Sanctionner les perdants pour sortir du cercle vicieux - par bernard st-amour
Le dimanche 02 décembre 2007 20:00
Une bonne idée de parler de hockey - par Marco Jean
Le dimanche 02 décembre 2007 10:00
Ce problème pourrait-il éventuellement être celui du Canadien? - par Raphaëlle Rodrigue (the.economist.com@hotmail.com)
Le samedi 01 décembre 2007 14:00
Le retour des Maple Laughs est confirmé!! - par Yves Campagna
Le samedi 01 décembre 2007 13:00
Merci à nos Torontois bien-aimés - par Gilles Bousquet
Le samedi 01 décembre 2007 08:00

