Russie: une victoire annoncée à double tranchant
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Moscou -- Le parti du président Vladimir Poutine est donné grand vainqueur des législatives de demain en Russie, mais cette victoire sera sans doute ternie par les accusations de verrouillage du scrutin par le Kremlin.
Le scrutin revient donc à un référendum sur la présidence de Poutine, qui est de loin l'homme politique le plus populaire du pays. Et le Kremlin a bien l'intention de le remporter. Des affiches géantes faisant la publicité de Poutine et de Russie unie ont été installées à Moscou et dans d'autres villes russes. Les journaux télévisés ouvrent sur les faits et gestes du président et de son gouvernement tandis que les opposants sont à peine évoqués.
Les médias russes font état, par ailleurs, de fonctionnaires encouragés à voter sur leur lieu de travail, de pressions sur des entreprises pour qu'elles financent Russie unie et d'écoles appelant les parents d'élèves à accomplir leur devoir de patriotes en soutenant le président.
Poutine nie toute manipulation. «Nous connaissons la valeur de la vraie démocratie et nous voulons organiser des élections honnêtes, aussi transparentes que possible et ouvertes, a-t-il déclaré mercredi à des ambassadeurs à Moscou. Nous sommes certains qu'il en sera ainsi.»
Plaintes
Les partis d'opposition se plaignent de harcèlement, d'arrestations et de confiscations de tracts. Des observateurs étrangers ont eu du mal à obtenir des visas. De nombreuses modifications des lois électorales rendent plus difficile l'élection d'opposants au Kremlin en fixant notamment à 7 % des suffrages le seuil d'accès à la Douma d'État.
L'Office des institutions démocratiques et des droits de l'homme de l'OSCE, considéré par les pays occidentaux comme un outil fiable d'évaluation de la qualité démocratique d'une élection, n'aura pas d'observateurs lors des élections de demain. Il a décidé de ne pas suivre le scrutin, affirmant que Moscou faisait obstruction à son travail, ce que le Kremlin a démenti. Ce verrouillage apparent du scrutin est à double tranchant.
Les sondages créditent Russie unie de 60 à 70 % des sièges de la Douma d'État, Chambre basse du Parlement, mais ils révèlent aussi le cynisme et l'indifférence croissants des électeurs.
Ce n'est pas nouveau, dans la mesure où le système présidentiel qu'est la Russie n'a jamais permis l'émergence d'une Douma vraiment influente. Poutine, au pouvoir depuis près de huit ans, y a disposé d'une majorité confortable.
Mais la composition de la Douma est un enjeu plus important cette fois-ci, selon des diplomates, en raison de la volonté de Poutine d'avoir un mandat assez fort pour continuer à piloter le pays quand il aura quitté la présidence. Reste à savoir comment il va s'y prendre, dans ce pays doté d'une longue tradition de pouvoir centralisé.
Les hypothèses abondent: un Poutine premier ministre, chef de parti comme autrefois le secrétaire général du Parti communiste, qui dirigeait le pays, ou chef d'un géant public du secteur énergétique, ou encore chef d'un FSB (ex-KGB) aux pouvoirs renforcés, ou enfin «leader national» à la chinoise.
«Élections sans choix», titre le New Times, un hebdomadaire politique indépendant, sur un article illustré par une photo d'une affiche de style soviétique exhortant les masses à soutenir Poutine.
«La vieille mentalité soviétique est bien là et les gens reviennent à leurs anciennes habitudes», estime le politologue Guéorgui Bovt dans un article publié par un journal.
Le chef du Parti communiste, Guennadi Ziouganov, est d'accord. Il a accusé le Kremlin de «vouloir créer une nouvelle version du Parti communiste soviétique». Son parti est la première force d'opposition et la seule en mesure, selon les sondages, d'occuper certains des 450 sièges de la prochaine Douma.
Poutine ne s'est pas privé de dire aux Russes comment voter lors d'une allocution retransmise jeudi à la télévision, où il a exhorté les électeurs à choisir en masse Russie unie pour garantir la stabilité du pays.

