L'Abitibi minière, importatrice de main-d'oeuvre

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Émilie Parent-Bouchard
Édition du samedi 01 et du dimanche 02 décembre 2007

Mots clés : main-d'oeuvre, Abitibi-Témiscamingue, Forêt, Économie, Québec (province)

Les forestiers sont au chômage, comme 9,2 % de la population régionale, mais certaines compagnies recrutent des mineurs jusqu'en Tunisie

Photo: Agence France-Presse

Que ce soit pour la construction de nouveaux chantiers ou pour l'exploitation de gisements, l'Abitibi-Témiscamingue recherche activement les travailleurs miniers. Pourtant, la région affiche le plus haut taux de chômage (9,2 %) du Québec après la Gaspésie. Regard sur un marché du travail en mutation.

L'Abitibi-Témiscamingue, «région ressource», nage en plein paradoxe. La reprise du secteur minier a atteint une ampleur telle que l'industrie peine à remplacer les déserteurs qui ont fui les années de vaches maigres de la fin du siècle, soit pour s'exiler à l'étranger, soit pour une réorientation de carrière. La logique économique voudrait que ces travailleurs, tout comme ceux victimes de la fermeture des scieries de la région, reviennent vers un secteur minier plus actif.

Hélas, l'adéquation n'est pas aussi simple. Et l'Abitibi craint que les sous-traitants ontariens implantés sur son territoire n'aillent chercher la main-d'oeuvre dans leur province ou que les compagnies ne recrutent au Nouveau-Brunswick. Mais c'est la récente demande de 47 permis de travail temporaires pour des travailleurs tunisiens par la firme Breakwater, qui exploite la mine Gonzague-Langlois à Lebel-sur-Quévillon, qui a suscité les plus vives réactions.

«L'affaire des Tunisiens, c'est le comble dans une région aussi durement touchée économiquement que Lebel-sur-Quévillon, peste le conseiller régional de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Gilles Chapadeau, qui réclame la formation des travailleurs forestiers en entreprise. Il y a beaucoup de tensions en raison de ce qui se passe dans les forêts. Les gens ont des familles à faire vivre. C'est certain que de l'importation de main-d'oeuvre, on en aura besoin [...], mais ça n'est tout simplement pas le meilleur moment.»

La fermeture, il y a deux ans, de la scierie et de l'usine de pâtes et papiers de Domtar, qui a entraîné la perte de plus de 700 emplois, a en effet été un coup difficile pour le village de 3000 âmes qu'est Lebel-sur-Quévillon. L'affaire des Tunisiens ne pouvait qu'alourdir un climat déjà tendu.

À la suite de cette annonce par Breakwater, la FTQ et les décideurs locaux ont multiplié les rencontres avec Emploi Québec et les ministères de l'Immigration et des Ressources naturelles. La minière, qui ne s'est pas présentée à la table des négociations, a affirmé sa volonté de mettre deux de ses galeries souterraines à la disposition des 123 travailleurs forestiers qui ont répondu à l'appel de reconversion. Le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, en entrevue à TQS au début du mois, martelait de son côté qu'Emploi Québec est prêt à reconvertir ces travailleurs. Mais tant que l'incertitude plane au sujet de la fermeture définitive des installations de Domtar, certains travailleurs hésitent à faire le grand saut.

Il y a plus. Comme l'indique Luc Blanchette, économiste de Service Canada en Abitibi-Témiscamingue, la reconversion des travailleurs forestiers n'est pas une manoeuvre si évidente. «Ce qu'on vit actuellement, c'est une pénurie de compétences, nuance-t-il. Le transfert de l'industrie forestière à l'industrie minière, c'est faisable, sous certaines conditions: une expérience dans les mines, en mécanique, en électricité, en soudure, en plomberie, etc. Les forestiers plus âgés peuvent hésiter à suivre une autre formation -- celui qui a passé sa vie dans le bois n'est pas nécessairement intéressé à travailler sous terre.»

Redorer l'image des mines

Pour Jean-Pierre Thomassin, directeur général de l'Association d'exploration minière du Québec, il faut considérer l'ensemble de la situation. Dans le cas des travailleurs tunisiens, «ça fait plus d'un an et demi que les postes sont affichés par Breakwater. Le zinc est actuellement dans un sommet de cycle. Ils veulent exploiter maintenant, ils n'ont pas six mois ou un an pour former les gens. La main-d'oeuvre étrangère fait partie des choix que l'on doit faire», explique-t-il.

Denis Bois, directeur de l'Unité de recherche et de services en technologie minérale de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, convient lui aussi que le recrutement n'est pas une mince entreprise. «On se bat contre une image. Les gens aiment ça zigonner dans le folklore. C'est comme quand je vais en Afrique; je veux voir les lions, pas les nouvelles usines! Pour les mines, les gens imaginent le pic et la pelle, déplore-t-il. Au contraire, les mines d'aujourd'hui sont entièrement mécanisées, on ne lésine pas sur la sécurité, les salaires sont élevés.»

Selon Jobboom, l'industrie minière devra combler plus de 4000 postes dans la prochaine décennie. Dans le meilleur des scénarios, le Centre professionnel de Val-d'Or diplôme annuellement une centaine de travailleurs miniers, qui s'ajoutent à la soixantaine d'étudiants inscrits au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue. L'industrie, boulimique depuis le raffermissement du prix des métaux des cinq dernières années, aura besoin d'environ 500 travailleurs par année pour profiter pleinement de ce cycle haussier.

La FTQ, déjà irritée par le fait que la main-d'oeuvre locale ne bénéficie pas du boom minier, milite pour l'établissement d'une École des mines dans la région. «On veut penser plus grand. Pourquoi ne pas développer un créneau d'excellence vers l'extérieur? demande M. Chapadeau. Ça serait [un axe de développement régional] viable à long terme, même si le prix des métaux baisse.»

D'ici la fin de l'année, le gouvernement de Jean Charest devrait rendre publique sa stratégie minérale. Le document de consultation, divisé selon cinq grands défis à relever, considère en troisième position le volet «Attirer et former la main-d'oeuvre». Et ferme le bal avec le volet «Associer les régions». Reste à voir les moyens que Québec donnera aux «régions ressources» pour concrétiser les propositions qui sont déjà sur la table.


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Mineur déminée - par André Côté
Le samedi 29 décembre 2007 11:00

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