Sans travailleurs, comment faire rouler l'économie?
Mots clés : entreprises, main-d'oeuvre, Démographie, Économie, Québec (province)

Photo: Agence Reuters
Selon les projections de son ministère, la population du Québec en âge de travailler (de 15 à 64 ans) croîtra de moins en moins vite au cours des dix prochaines années et amorcera un déclin à partir de 2016. La raison de cela est évidemment l'arrivée à l'âge de la retraite de l'imposante cohorte des baby-boomers. Ce choc démographique se produira aussi ailleurs, mais rarement de façon aussi prononcée qu'au Québec, répètent les experts depuis des années.
Le bon côté des choses, c'est que le taux de chômage, à 7 % en ce moment, continuera sans doute de baisser et que les employeurs devront améliorer les salaires et les conditions de travail pour espérer attirer et retenir les travailleurs. Mais cela n'y changera rien, comme le montre l'Alberta à l'heure actuelle, aux prises avec une pénurie de travailleurs à cause du boum pétrolier. «Des restaurants McDonald's sont obligés de fermer le soir parce qu'ils ne trouvent personne pour tourner des boulettes à 15 $ de l'heure», raconte André Grenier, économiste et coordonnateur d'une équipe d'analyse du marché du travail au MESS.
L'augmentation des coûts de main-d'oeuvre encouragera aussi les entreprises à investir dans de nouveaux équipements et dans la formation du personnel afin d'accroître leur productivité. Mais là encore, il n'y aura pas de miracle, pense André Grenier. «Vous pouvez remplacer une partie de vos employés par des machines, mais les machines ne peuvent pas tout faire.»
Au total, on estime que les effets de la démographie sur la quantité de main-d'oeuvre disponible feront passer le potentiel de croissance économique du Québec d'environ 2,4 % par année aujourd'hui à seulement 1,5 % en 2030, affirme le Conference Board du Canada. «La situation sera encore pire si on ne fait pas de progrès avec les facteurs fondamentaux que sont l'investissement en capital et la productivité», note Marie-Christine Bernard, directrice associée aux prévisions provinciales pour le MESS.
Mauvais pour la santé
Toutes les régions du Québec ne sont pas frappées de la même façon. Tous les secteurs économiques non plus. Un des secteurs les plus affectés risque d'être celui de la santé et des services sociaux, déjà aux prises avec une pénurie de main-d'oeuvre. «Je crains que cela soit le cas le plus critique parce que pour le reste, à la limite, l'économie et la population peuvent toujours s'adapter, dit André Grenier. Mais ce n'est pas vrai que tout le monde voudra aller dans ce domaine, où on travaille les nuits et les fins de semaine dans des conditions qui ne sont pas toujours faciles, alors que plein d'autres secteurs seront aussi à la recherche de main-d'oeuvre et seront prêts à leur offrir des conditions très intéressantes.»
«Il n'y a pas de solution magique, prévient Sam Hamad. Il s'agit de mettre en place un ensemble de moyens connus et qu'il faudra pousser un peu plus loin.» Il faudra entre autres, selon lui, amener plus de bénéficiaires de l'aide sociale à réintégrer le marché du travail, favoriser une meilleure intégration des personnes handicapées, encourager la natalité, favoriser la conciliation famille-travail et surtout augmenter le nombre de travailleurs immigrants.
«Le grand avantage du Québec, c'est que les immigrants veulent venir chez nous», dit-il. Des progrès ont récemment été réalisés pour une meilleure reconnaissance des diplômes étrangers, assure-t-il, notamment avec l'Ordre des ingénieurs.
On doit également aplanir les obstacles fiscaux et institutionnels qui, notamment dans le secteur public, découragent les travailleurs âgés de retarder le moment de leur retraite ou de continuer à travailler à mi-temps. Le ministre Hamad compte également sur les entreprises qui manquent d'employés qualifiés pour qu'elles se chargent elles-mêmes d'une partie de la formation et du perfectionnement de leur personnel.
Un mauvais moment à passer
Les tendances démographiques auxquelles le Québec fait face sont lourdes, rappellent toutefois les experts. On peut bien rêver, par exemple, d'accroître la proportion de la population en âge de travailler qui a un emploi, mais ce taux d'emploi (76,5 %) est déjà un des plus élevés des pays développés. Le débat sur les accommodements raisonnables montre bien également qu'il y a une certaine limite à la capacité du gouvernement d'accroître le nombre d'immigrants que le Québec décide d'accueillir chaque année.
Il y a peu de chances qu'on parvienne à inverser complètement ces tendances démographiques, acquiesce André Grenier, mais rien ne dit qu'on n'arrivera pas à les atténuer. «On est avertis de ce qui nous attend. On sait qu'il faut agir.»
Pour le reste, l'économiste ne s'en fait pas trop. Après tout, la population du Japon a bien commencé à décroître et l'économie du pays n'est pas en train de s'effondrer. Elle croît seulement un peu moins vite.
Sans compter que les difficultés auxquelles le Québec fait face ne dureront pas éternellement. «Le gros du problème sera circonscrit dans le temps, dit M. Grenier. C'est le passage des baby-boomers à la retraite, qui sera suivi par leurs besoins en services de santé. Quand ce sera fait, ce sera fait. Ce qu'il faut essayer de faire, dans le fond, c'est de minimiser le choc des 25 prochaines années.»
Vos réactions
Mouche et vinaigre encore? - par Yann Takvorian (yann@immigrercontact.com)
Le samedi 01 décembre 2007 12:00
@ M Leroux - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le samedi 01 décembre 2007 11:00
Des conditions de travail indécentes - par Patrice Leroux
Le samedi 01 décembre 2007 10:00
Est-ce que nos gouvernements sont dans la locomotive de tête ou dans le wagon de queue ? - par Jean-Pierre Aubry
Le samedi 01 décembre 2007 10:00
Minimiser le choc - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le samedi 01 décembre 2007 08:00

