Théâtre - La difficile vérité

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Hervé Guay
Édition du samedi 01 et du dimanche 02 décembre 2007

Mots clés : Un ennemi du peuple, Culture, Théâtre, Montréal, Québec (province)

Ric Reid, Mike Hugues, Tyrone Benskin et Marcel Jeannin dans une scène d'An Enemy of the People.

Photo: Rémy Charest

***
Un ennemi du peuple (en anglais)
De Henrik Ibsen. Traduction:
Arthur Miller. Mise en scène: Miles Potter. Au Segal Centre jusqu’au 9 décembre.
***

Dans le monde anglo-saxon, l’œuvre dramatique d’Ibsen est fréquemment joué. L’année dernière, à l’occasion du centenaire de la mort de l’auteur dramatique norvégien, le Segal Centre avait présenté une mise en scène intéressante de Maison de poupée. Voici que ce théâtre revient à nouveau au maître scandinave avec An Ennemy of the People (1883).Dans le monde anglo-saxon, l’œuvre dramatique d’Ibsen est fréquemment joué. L’année dernière, à l’occasion du centenaire de la mort de l’auteur dramatique norvégien, le Segal Centre avait présenté une mise en scène intéressante de Maison de poupée. Voici que ce théâtre revient à nouveau au maître scandinave avec An Ennemy of the People (1883). Drame ambitieux tout frémissant encore de conflits auxquels nous sommes toujours confrontés, même si, en apparence, le monde a beaucoup changé. Qu’on en juge: préoccupations environnementales, critique acerbe des médias, condamnation de l’égocentrisme contemporain sont quelques-uns des éléments au centre de cette pièce.

L’action se déroule dans une petite ville d’eau norvégienne. Le docteur Stockmann a commandé des analyses. Il nourrit des doutes quant à la qualité de l’eau avec laquelle on soigne les curistes. Résultats inquiétants que le maire de l’endroit, son propre frère, démagogue de première, ne veut sous aucun prétexte voir rendus publics. D’abord intéressé à publier cette primeur, le journal local recule ensuite, ce qui mène au rejet, par la communauté, du docteur, devenu «ennemi du peuple», lequel entraîne sa famille dans sa chute.

Monter Ibsen aujourd’hui n’est pas évident. Le temps a passé. Par certains aspects, la pièce a donc vieilli. Mais si on en assume les conséquences jusqu’au bout et qu’on sait le faire avec subtilité, les échos du texte deviennent alors troublants. Malheureusement, ce n’est pas ce qui arrive au Segal Centre. La mise en scène de Miles Potter manque de vérité, ses acteurs jouent de façon trop appuyée et la scénographie, les éclairages et la musique (faute d’un budget suffisant?) ne sont vraiment pas à la hauteur de l’œuvre. Ainsi, le plein-jour qui inonde la scène rend pleinement visibles les marques de ruban gommé qui facilitent le déplacement des meubles d’un tableau à l’autre.
Je ne suis pas parvenu non plus à croire à cette distribution hétéroclite. Non seulement le héros (Ric Reid, moyen) est beaucoup trop âgé, mais il n’est pas le seul. Il en va de même de son frère (William Vickers, emphatique). En outre, le docteur a une fille de couleur (Jessica Hill, juste), un fils (Ethan, très bon) qui a l’air d’être son petit-fils, alors que son épouse ressemble vaguement à Margaret Atwood (Margot Dionne, correcte). Or ces particularités s’avèrent plus difficiles à accepter dans un cadre réaliste que dans un univers, disons, onirique.
Je devrais sans doute seulement me réjouir que le Segal Centre monte Ibsen, pendant que les théâtres francophones, qui ont plus de moyens, le boudent. Pourquoi ne pas monter Les Revenants, qu’on n’a pas vu à Montréal depuis des lustres? Mais je dois à la vérité, une valeur à laquelle le docteur Stockmann est prêt à tout sacrifier, de dire que cette production est chancelante. Puis-je aussi ajouter qu’il vaut parfois mieux échouer en montant des pièces difficiles que de réussir en optant pour la facilité?

Collaborateur du Devoir


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com