Un ambitieux projet qui tombe à plat

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Odile Tremblay
Édition du samedi 01 et du dimanche 02 décembre 2007

Mots clés : adolescence, The Point, Culture, Cinéma, Canada (Pays), Québec (province)

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The Point
Réalisation: Joshua Dorsey. Scénario: Owen Coughlan, Joshua Dorsey, Alyssa Kuzmarov, Melissa Malkin. Avec Jonny Wagge, Sabrina Law, Julie Chauvin, Ruth Dolores, Satchel Babineau, Julian Kumarasinghe, Ashley Bowles, Taylor Baruchel. Image: Alain Julfayan. Montage: Maxime Chalifoux. Musique: Jesse Dorsey.
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Présenté au Festival du nouveau cinéma en 2006, The Point traînait sur les tablettes du distributeur Films Séville depuis un an. Il avait même été question que ce film saute par-dessus le circuit des salles pour atterrir seulement en dvd. Pour un long métrage québécois (tourné en anglais) dont l'action se situe à Pointe-Saint-Charles, la pilule était difficile à avaler.

Voici donc qu'il finit par gagner une seule salle de Montréal sans sous-titres français, ce qui ne devrait pas être permis pour un film québécois. À d'autres, le traitement royal de la mise en marché!

Il faut dire que The Point, inspiré manifestement par Kids de l'Américain Larry Clark, pour son portrait libre de groupes d'adolescents désoeuvrés, a eu bien du mal à ficeler son scénario. Les lignes de force, les développements, les montées dramatiques peinent à se frayer un chemin à travers cette narration confuse et diffuse où une chatte ne retrouverait pas ses petits.

Avec des mots rares et pauvres, «Fuck! Fuck! Fuck!», ces ados (trop nombreux) qu'on peine parfois à différencier les uns des autres vivent le passage à l'âge adulte dans la violence, l'ennui, les amourettes, l'affrontement avec leurs parents et les policiers. Julian (Julian Kumarasinghe) émerge du lot en petit trafiquant charismatique, pourchassé, battu, en fuite perpétuelle.

The Point n'est pourtant pas sans qualités. La caméra toute de souplesse qui suit les jeunes adolescents de Pointe-Saint-Charles d'origines ethniques multiples (mais sans un seul francophone!) se colle à leurs errances, à leurs amours, à leurs petits trafics et leurs jeux dangereux avec la mafia du coin, qui n'entend pas à rire. Et aussi une grande absente: cette jeune fille qui a dessiné tant de beaux graffitis un peu partout, portée disparue depuis plusieurs mois...

Les trains, les hangars, les bâtiments abandonnés, les appartements délabrés, les ruelles sans issue sont des décors fixes ou mobiles bien utilisés, qui apportent mouvement et couleur à cet univers déshérité où un squatteur plus âgé (Johnny Wagge) rôde, incompris et dangereux.

Le climat est bien campé, la musique vraiment puissante et jazzée, mais le jeu des acteurs se révèle globalement très faible, leurs répliques, exsangues et l'histoire, bien mal tissée. Même le dénouement, qui se veut le point fort de l'intrigue, tombe à plat, prévisible, à peine plus dramatique que le reste du scénario.

Dommage, vraiment, car Joshua Dorsey, qui a fondé 02 Art Inc.'s «Oxygen for Creativity» pour promouvoir l'initiation culturelle dans les milieux défavorisés, caressait ici un ambitieux projet: celui de tirer de ces jeunes les fils de leurs expériences personnelles en les portant avec eux à l'écran. Mais trop néophytes et insuffisamment dirigés, ils s'enlisent dans une oeuvre de confusion. On compare ce film à The Ring, d'Anaïs Barbeau-Lavalette, qui a su cette année tirer infiniment plus de suc de ses héros du quartier Hochelaga-Maisonneuve en nous livrant, sur des performances d'acteurs, une vraie histoire. The Point ne lui va pas à la cheville.


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