L'académie sous le soleil

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

André Lavoie
Édition du samedi 01 et du dimanche 02 décembre 2007

Mots clés : Tali Shemesh, The Cemetery Club, Cinéma, Culture, Israël (pays)

source mongrel medias
Les confessions de Lena, littéralement arrachées par la cinéaste, dont la caméra se tient souvent à bonne distance, telle une intruse, viennent humaniser un personnage qui n'accomplit aucune prouesse pour conquérir notre affection.

***
The Cemetery Club
Réalisation et scénario: Tali Shemesh. Image: Shark De-Mayo. Montage: Aliza Esquira. Musique: Rona Kenan, Eldad Gwetta. Israël, 2006, 90 min. (v.o. avec sous-titres anglais)
***


D'un pas lent et mal assuré, ils marchent dans les sentiers et sous les arbres du cimetière du mont Herzl à Jérusalem, une chaise pliante à la main et le poids de toute une vie sur les épaules. Ce sont des «académiciens», eux dont l'érudition ferait rougir de honte ceux qui en usurpent le titre dans certaines émissions de télévision, discutant chaque semaine de Kant ou de Platon tout en mangeant leur casse-croûte, ou en tentant péniblement d'allumer une cigarette. Le tout entre les tombes pour se sentir vivants.

Ce petit groupe de personnes âgées est observé discrètement par la réalisatrice Tali Shemesh dans The Cemetery Club, un titre vivement contesté par Lena, une des protagonistes. Celle-ci, opiniâtre et acariâtre, ancienne avocate et surtout rare rescapée d'Auschwitz, ne veut rien entendre d'un titre si mortuaire... qui apparaîtra à l'écran après sa dernière objection.

Lena donne son opinion à Tali Shemesh de manière tranchante et familière, s'adressant d'abord à sa petite-nièce plutôt qu'à la cinéaste. En effet, Lena est la belle-soeur de Minia, la grand-mère de Tali, elle aussi membre de cette académie pas comme les autres, qui existe depuis deux décennies. Minia, d'un tempérament doux et conciliant, s'avère sans doute la seule à pouvoir endurer cette femme pour qui tout est prétexte à débats, et surtout à chicanes.

Leur dynamique, parfois tendre, souvent explosive, intéresse au plus haut point la cinéaste, bien davantage que les échanges intellectuels de ce petit rassemblement de personnes soucieuses de briser leur solitude, l'un des buts avoués de cette académie sous le soleil d'Israël. Et si Lena avait su contenir sa rage et exposer des arguments plus rationnels, elle aurait sans doute trouvé que le titre convient mal pour un documentaire plus près de l'album de famille que du portrait social.

Il est vrai que la personnalité de Lena possède des facettes fascinantes. En plus de son passé de survivante de l'Holocauste en Pologne, elle confesse que la maternité allait vite devenir une entrave à ses ambitions professionnelles (elle mettra ses enfants à l'orphelinat afin de poursuivre ses études de droit) et, depuis dix ans, elle est rongée par l'angoisse devant le silence de son fils, disparu sans donner la moindre nouvelle. Ces confessions, littéralement arrachées par la cinéaste, dont la caméra se tient souvent à bonne distance, telle une intruse, viennent humaniser un personnage qui n'accomplit aucune prouesse pour conquérir notre affection.

De facture très modeste, The Cemetery Club n'est pas sans défauts derrière sa candeur respectueuse. Fascinée par sa parenté, la cinéaste néglige de s'attarder sur ses vénérables camarades, dont certains meurent sans susciter notre sympathie puisqu'ils ne demeurent que de simples têtes parlantes, et savantes. Le retenue de Lena et Minia face au jeu de la vérité documentaire semble contraindre la cinéaste à quelques pirouettes, dont celle d'étirer inutilement des discussions parfois vaseuses, parfois orageuses, qui n'alimentent en rien notre connaissance du groupe tout en nous éloignant des drames intérieurs de ces deux femmes. Visiblement, Tali Shemesh n'a jamais su trancher et son film souffre souvent de cette valse-hésitation.

Collaborateur du Devoir


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com