Quand l'architecture carbure aux énergies alternatives
Mots clés : Centre canadien d'architecture, pétrole, architecture, Art, Énergie, Québec (province), Montréal
Les conséquences de la première crise du pétrole sur l'innovation en architecture sont brillamment exposées dans une exposition au CCA

1973 : Désolé, plus d'essence
Centre canadien d'architecture
1920, rue Baile, Montréal
514 939-7000
www.desoleplusdessence.org
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En fait, à travers les quelque 350 documents que les commissaires Giovanna Borasi et Mirko Zardini ont réunis dans les salles d'exposition (dessins d'architecture, photographies, publications, extraits télévisuels et autres artefacts), démonstration est faite que les découvertes architecturales ont même précédé de quelques décennies la crise en question. Par contre, l'année 1973 est décisive en ce sens que les énergies alternatives et la réduction de la consommation deviennent alors des impératifs sérieux à la recherche et à l'expérimentation. Comment, en effet, répondre à cette pénurie du pétrole qui fait bondir le prix du baril de 2,59 $ à 11,65 $ entre octobre 1973 et janvier 1974? Les réponses trouvées prouvent que le manque est un puissant agent de création et d'inventivité.
Soleil, terre et vent
Les conséquences de la pénurie du pétrole sont fort habilement évoquées dès la première salle avec des documents photos et des extraits de films. L'effet le plus probant est évidemment celui sur l'activité des voitures, que les villes d'Amsterdam et de Rome, par exemple, ont interdites les dimanches pendant un certain temps. Ce sont aussi les files d'autos qui attendent devant les stations d'essence, lesquelles, au demeurant, affichaient parfois «vide». Des images, donc, de villes à demi paralysées et de populations que des mesures d'austérité forcent à changer d'habitudes.
Moins spectaculaire que le domaine du transport, l'architecture domestique atteste el-
le aussi de nouvelles conceptions de l'énergie. Les maisons solaires, dont les expérimentations (souvent de nature universitaire) remontent aux années 1930, font partie des premières solutions envisagées, avec des systèmes passifs ou actifs (incluant un réservoir thermique) qui peuvent fournir jusqu'à 80 % de l'énergie nécessaire.
Panneaux solaires, verre isolant, fenestration importante et orientation sont autant de dispositifs mis en avant et responsables de la configuration si singulière de ces maisons faisant du soleil leur principale source d'énergie. Entre efficacité et design, les projets s'avèrent souvent de type exploratoire, comme le prouvent les exemples des pavillons high-tech de Michael Jantzen ou la maison personnelle de Steve Baer, lequel était néanmoins en faveur de modalités d'application simples et accessibles des systèmes d'énergie solaire.
La pensée de Baer n'est pas étrangère d'ailleurs au mouvement d'autoconstruction particulièrement en vogue après 1973. À travers des manuels et des guides pratiques, toute une section de l'exposition montre l'ampleur de ce phénomène où les démarches personnelles et autodidactes étaient encou-
ragées, d'autant plus qu'elles incarnaient aussi l'idéal d'autonomie caractéristique de la contre-culture.
Outre le soleil, l'exposition parle aussi de la terre (architecture souterraine) et du vent (éolienne), deux autres composantes exploitées par les architectes et les ingénieurs. En toute logique, la fin du parcours est réservée à la présentation de différents projets de systèmes intégrés. Là, rien n'est ménagé, toutes les sources d'énergie sont combinées en des structures fascinantes pilotées par des équipes de recherche souvent interdisciplinaires, de véritables laboratoires, cadres de modes de vie alternatifs.
Décisions politiques
S'agit-il uniquement d'initiatives de marginaux, de scientifiques spécialisés ou de bricoleurs patentés? Non. L'exposition rappelle aussi comment le phénomène de l'architecture solaire a été popularisé à la fin des années 1970 grâce aux politiques incitatives du président Jimmy Carter. Voulant donner l'exemple, il avait fait poser en 1979 des panneaux solaires sur le toit de la Maison-Blanche. Son successeur, Ronald Reagan, s'empressera toutefois de les enlever dans les années 1980; le développement de l'architecture solaire s'en trouva alors freiné.
Une des forces de cette exposition, dont le design, conçu par la firme Saucier + Perrotte architectes, parvient à rendre compte clairement des résultats d'une recherche savante et poussée, c'est d'inclure les réactions politiques face à la crise énergétique en montrant des extraits télévisuels de discours de chefs d'État. Entendre Richard Nixon faire l'aveu de son impuissance et demander à la population de réduire l'usage de l'automobile témoigne avec éloquence du sentiment d'urgence de l'époque. La nôtre semble aussi se diriger dans cette direction.
Comme le dit Mirko Zardini dans le communiqué (propos repris dans le catalogue, précieux outil de consultation), il apparaît donc que, devant l'épuisement actuel des ressources et la détérioration de l'environnement qui l'accompagne, «il est primordial de prendre connaissance des recherches radicales et souvent peu connues des années 1970, car
les architectes sont aujourd'hui aux prises avec des enjeux fort semblables».
Ce constat devrait en faire réfléchir plus d'un en ces temps où le credo du «développement durable» est de mise.
Collaboratrice du Devoir
Vos réactions
Si vous êtes sérieux, vous ne serez pas réélu - par Daniel Beaudry (dbeau@nbnet.nb.ca)
Le dimanche 02 décembre 2007 15:00

