Hong Kong, la Grosse Pomme d'Asie

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Gary Lawrence
Édition du samedi 01 et du dimanche 02 décembre 2007

Mots clés : Falun Gong, environnement, Hong Kong, Tourisme, Chine (République populaire) (Pays), Asie (Région)

Le village reconstitué de Ngong Ping, sur l'île de Lantau, et le bouddha Tian Tan en arrière-plan.

Hong Kong -- Qui ne se rappelle pas la frénésie et les appréhensions qui avaient entouré le retour du port aux Parfums dans l'empire du Milieu après 150 années passées dans le giron de la perfide Albion? Malgré la promesse d'«un pays, deux systèmes», la crainte de voir la Chine gober Hong Kong avait provoqué à l'époque l'exil massif des Kongies vers des cieux plus rassurants, à commencer par la ville qu'on surnommerait bientôt Hongcouver. Pourtant, aucun hangover n'a suivi le handover redouté.

Quelques jours après le 1er juillet 1997, on a bien vu que le système capitaliste perdurait, que l'anglais demeurait lingua grata, que l's du dollar de Hong Kong conservait ses deux barres et que le statut de port franc et le siège de ce qui était devenu une RAS (région administrative spéciale) demeuraient inchangés. Et c'est toujours le cas aujourd'hui, comme en font foi tous ces Kongies qui sont revenus... en ayant pris soin de se munir d'un second passeport.

À déambuler ces jours-ci dans Hong Kong, bien malin celui qui pourrait noter une différence flagrante avec la situation qui prévalait avant la rétrocession. Cela étant, quelques détails sautent aux yeux: ainsi, même si les impériales circulent toujours, la raréfaction des symboles britanniques se fait évidente, à commencer par l'absence de l'Union Jack et du drapeau colonial de Hong Kong, troqués pour le drapeau hongkongais frappé de la bauhinia blakeana, une fleur découverte ici même.

Bien que l'adoption de ce drapeau n'ait aucunement signifié un virage vert pour Hong Kong, il reste que depuis la rétrocession, 100 000 arbres ont été plantés dans la Grosse Pomme d'Asie et que les Hongkongais sont plus que jamais sensibilisés à l'environnement. «C'est à cause de la crise du SRAS, en 2003», se rappelle Ainslie Cheung, directeur des communications à l'hôtel Inter-Continental Grand Stanford. «Surtout que, de nos jours, il y a toujours beaucoup de pollution qui provient de Chine... »

Pour l'instant, la pollution politique semble pour sa part demeurer aux frontières: même si la liberté d'expression n'a pas fleuri depuis 1997, même si on sent une volonté de Pékin de s'immiscer dans la vie de tous les jours, Hong Kong demeure une terre d'accueil pour tous les ostracisés de la grande soeur chinoise, à commencer par les adeptes du Falun Gong.

Toujours conscients de leur singularité identitaire, les Chinois de Hong Kong tiennent mordicus à leur particularisme teinté d'Occident tout en étant aussi fiers de leur appartenance ancestrale à une culture cinq fois millénaire.

À cet égard, bien qu'un certain chic londonien y prévale toujours, que l'hédonisme fasse encore florès et que la mégapole continue de former un archétype de modernité, Hong Kong voit ses us, coutumes et traditions perdurer.

Ainsi, les médecins traditionnels chinois sont toujours très présents et font grand étalage d'hippocampes, de vésicules biliaires et autres bistouquettes de daim fossilisés pour répondre (hum... ) à tous les déséquilibres possibles entre yin et yang. Dans bien des petites épiceries, on écoule encore des bouteilles de vin de soja dans lesquelles macèrent des souriceaux, des lézards et des serpents pour que jeunesse, force et vitalité animales soient diluées puis transmises à quiconque s'offre une bonne rasade.

Au marché aux oiseaux de la rue Yuen Po, on vend encore des insectes vivants ensachés et des larves grouillantes au kilo tandis que les coupeurs d'ailes de sauterelles -- un mets de choix pour la gent ailée -- sont toujours sans pitié, armés de leurs ciseaux et retranchés derrière leur dégaine flegmatique. Pendant ce temps-là, au marché aux poissons, les cyprins dorés prisonniers des Ziploc portent un étrange rouge à lèvres (!) et un chiffre chanceux peint sur les flancs...

Sur les étals des vieux quartiers, l'adage voulant que les Chinois ingurgitent tout ce qui a quatre pattes, sauf les tables, se vérifie: les tripes de porc frites (mais pas dans la graisse d'urus, et sans miel) et le tofu fermenté frit tiennent lieu d'excellents tests pour vérifier si on a l'estomac bien accroché. Cela étant, il ne faudrait surtout pas réduire la gastronomie hongkongaise à ces particularités anecdotiques: la ville fait partie du circuit sélect des grandes capitales gastronomiques d'Asie.

Toujours aussi fine bouche et soucieux de conserver sa place à ce palmarès, Hong Kong a créé, en 2001, le concours Best of the Best Culinary Awards. Chaque année, les maîtres-queux des meilleures tables hongkongaises mitonnent ainsi leur petits plats favoris et les soumettent aux papilles de réputés experts, comme celles du Sino-Torontois Susur Lee, en septembre dernier. Résultat: une liste sans cesse augmentée de bonnes adresses où bien se sustenter, pour mieux s'y retrouver dans le dédale de la dizaine de milliers de restaurants (licenciés... ) de la ville.

Enfin, même si on peut s'offrir des repas dignes de l'empereur Qin en allongeant la monnaie, une foule de petits restos familiaux au décor sans chichi offrent des repas délectables sans pour autant saler la note avec excès. Parallèlement, la cuisine fusion essaime, comme au Lumière, un des gagnants du Best of the Best qui verse dans le brésilien-sichuanais...



Here comes Zeman

Mais l'influence nord-américaine se fait palpable elle aussi. Alors qu'il y a dix ans, aucun Starbucks n'avait pognon sur rue à Hong Kong, la chaîne aux cafés hypercaloriques est maintenant omniprésente dans cette ville traditionnellement rompue au thé et à la bière.

À ce titre, même dans certains grands restos, le houblon impose sa blonde domination: la carte des vins se limite parfois à quelques crus australiens alors que l'accord mets-vins demeure ici un obscur mystère... C'est bien tant mieux pour Allan Zeman, qui a grandi à Montréal et qui règne toujours sur Lan Kwai Fong, la plus célèbre zone de bars de Hong Kong. Celle-ci n'a d'ailleurs pas changé d'un iota cantonnais: mêmes pubs bondés d'expats, même crescendo festif à mesure que la nuit tombe, même noceurs qui naviguent d'un bar à l'autre, une chope bien colletée à la main.

Heureusement pour Zeman, toute cette foule a l'habitude de siroter son verre à l'extérieur car, depuis cette année, les hôtels, restos, bars et autres espaces publics hongkongais sont devenus non-fumeurs, un dur coup pour ces invétérés pompeurs de clopes que sont les Chinois. Quoi qu'il en soit, voici sans nul doute une bonne source de gaz à effet de serre d'éliminée.

Non loin de Lan Kwai Fong, les enfilades de bars et restos en escalier de SoHo sont toujours aussi animés le long du «Serpent de Verre», le plus long escalier mobile couvert au monde (800 mètres), qui relie Des Voeux Road aux quartiers des Mid-Levels. Dans les bars funky et restos trendy qui s'y côtoient, les Hongkongais paradent encore et toujours vêtus de leurs fringues chic.

Malgré la concurrence venue de Chine continentale, Hong Kong demeure un haut lieu du commerce vestimentaire et peut encore se targuer de disposer de «la plus grosse concentration de magasins au monde». Chemises, chaussures, complets, robes et vêtements de tout acabit sont vendus ici autant à bas prix qu'à haute qualité. Et si les compétitions équestres des Jeux olympiques de Pékin auront lieu à Hong Kong, c'est encore au magasinage que la ville est championne toutes catégories.

Pourtant, le fameux made in Hong Kong n'a presque plus aucune signification: tout ou presque est désormais fait en Chine, notamment à Shenzen, inepte cité blottie le long de la frontière hongkongaise. Sur les autoroutes surélevées de Hong Kong, on longe désormais de grandes manufactures vides en attente d'être dézonées afin d'éventuellement libérer des mètres carrés pour des logements additionnels. Car dans cette ville qui figure parmi les plus coûteuses au monde, l'immobilier est toujours hors de prix et l'espace demeure une denrée plutôt rare.

La RAS humaine

Même si Hong Kong déborde de plus en plus sur ses dépendances voisines, la population entière du Québec tient toujours sur les 1010 kilomètres carrés que couvre la RAS. L'essentiel des Hongkongais vit même sur l'île de Hong Kong, minuscule confetti de 78 kilomètres carrés, ainsi que sur son vis-à-vis, la péninsule de Kowloon.

Véritable jardin vert de l'archipel hongkongais, l'île de Lantau poursuit pour sa part son développement modéré mais constant. Après avoir accueilli, par remplissage, le nouvel aéroport sans cesse grandissant de Chek Lap Kok et après avoir vu s'implanter Hong Kong Disneyland en 2005, cette splendide île a récemment hérité d'un drôle de téléphérique, le Ngong Ping 360, qui effectue une vertigineuse boucle de 5,7 kilomètres sur les crêtes dominées par le regard bienveillant du Bouddha Tian Tan, le plus-grand-bouddha-extérieur-assis-en-bronze-au-monde, non loin du monastère de Po Lin.

Toujours dans le registre des hauteurs, mais de retour sur l'île de Hong Kong, la Peak Tower du pic Victoria a été retapée mais elle n'est pas pour autant devenue une gracieuse structure. Néanmoins, l'endroit forme toujours un spectaculaire belvédère pour admirer le renversant bouquet de gratte-ciels de l'île, de jour comme de nuit.

En contrebas, de nouveaux venus se sont invités dans la trame urbaine de la ville, dont l'International Finance Center (IFC), le plus haut immeuble de l'archipel et dernier symbole en lice de l'opulence hongkongaise: avec une économie qui se classe au septième rang planétaire et au deuxième rang asiatique, la mégapole gravite toujours dans un proche rayon de la pole position financière mondiale.

Comme bien d'autres immeubles de Hong Kong et de Kowloon, l'IFC s'illumine désormais tous les soirs, lors de la Symphony of Lights, «le plus gros spectacle son et lumière en permanence au monde». Des deux côtés de la baie, pas moins de 33 gratte-ciels servent ainsi de canevas à cette éblouissante prestation qu'il vaut mieux voir de Kowloon, sur l'Avenue of the Stars, réplique hongkongaise du Hall of Fame hollywoodien. Enfin, non loin de là, le quartier de Chongking se visite toujours en mode express malgré la faune sino-fellinienne qui s'accommode raisonnablement d'une foule éminemment multiculturelle.

Sur le versant sud de l'île de Hong Kong, un des rares immeubles coloniaux britanniques de Hong Kong, Murray House, a été démonté et reconstruit à Stanley avant d'héberger le tout nouveau musée maritime. On en a profité pour retaper le front de mer de Stanley, plus que jamais agréable à arpenter avec sa longue promenade de bois.

À quelques minutes de là, d'irréductibles pêcheurs vivent toujours de saumure et d'eau fraîche sur leurs jonques et leurs sampans amarrés à Aberdeen, même si la relève ne se bouscule pas au portillon de la marina. On peut comprendre les jeunes, préoccupés par la perspective d'écumer davantage les bars de Hong Kong que la mer de Chine.

Quoi d'autre? Les vieux tireurs de rickshaws (pousse-pousse) en sont réduits à se faire tirer le portrait sur les sites touristiques, le bon vieux Star Ferry continue de relier Hong Kong à Kowloon (bien que son quai d'embarquement ait été déplacé et reconstruit), le village de pêcheurs de Tai O, sur Lantau, semble toujours figé quelque part dans le continuum spatio-temporel et le feng shui conserve sa place au palmarès des obsessions nationales.

Quant à la RAS de Hong Kong et au slogan «Un pays, deux systèmes», il leur reste 40 ans de probation pour passer le test de résistance à une Chine toujours plus gourmande et désireuse d'étendre sa mainmise. Hong Kong tiendra-t-il le fort une autre décennie? On s'en reparle en 2017...

En vrac

- Oasis, le dernier-né des transporteurs hongkongais, relie Vancouver à Hong-Kong trois fois par semaine, à des tarifs parfois aussi bas que 299 $ avant taxes, pour un aller simple. www.oasishongkongairlines.com.

- Plus vaste que jamais, l'aéroport de Chek Lap Kok est désormais accessible en 19 minutes de Kowloon et en 23 minutes de Hong Kong. Innovation réjouissante: tous les transporteurs ont installé des comptoirs d'enregistrement à deux stations de train rapide: on peut donc obtenir sa carte d'embarquement et larguer ses bagages en pleine ville avant de retourner y baguenauder pour ensuite prendre un train à la dernière minute pour l'aéroport. Celui-ci offre d'ailleurs de plus en plus de divertissements pour tuer le temps, dont 30 000 mètres carrés de boutiques et de restos, un cinéma 4D et un golf extérieur de neuf trous... www.hongkong airport.com.

- Séjourner à Hong Kong est rarement une aubaine, mais à choisir, mieux vaut préférer Kowloon: de la sorte, on a droit à la vue sur le fabuleux étalage de gratte-ciels blottis au pied du pic Victoria, de même qu'aux prestations quotidiennes de la Symphony of Lights. Une bonne option à cet égard: l'hôtel Inter-Continental de Tsim Sha Tsui, droit en face de l'Avenue of Stars (à ne pas confondre avec le Grand Stanford, qui demeure pour sa part un bon rapport qualité-prix). www.intercontinental.com.

- Au rayon sécurité, rien n'a changé: Hong Kong demeure une des villes les plus sûres du monde, toutes catégories confondues.

- Guides: le très érudit et fort fouillé Chine, de Pékin à Hong Kong, aux Guides Bleus Hachette; les très pratiques Routard (2007-08) et Lonely Planet (2006), tous deux sur la Chine en général.

- Renseignements: Tourisme Hong Kong, tél: 1 800 563-4582, www.discoverhongkong.com.

L'auteur était l'invité de Tourisme Hong Kong et d'Oasis Hong Kong Airlines.

Collaborateur du Devoir


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