Nouveau tête-à-tête Montréal-Toronto
Mots clés : toronto, Bourses, Économie, Ontario (province), Canada (Pays), Montréal
Les deux Bourses discutent de mariage
La Bourse de Montréal et celle de Toronto ont recommencé à discuter de mariage, ont-elles discrètement annoncé hier en insistant sur le fait que rien n'est assuré pour autant.D'un côté comme de l'autre, aucune entrevue n'était accordée. Prié de dire à quel moment les discussions s'étaient remises en branle, le porte-parole de Montréal a laissé tomber qu'il n'avait pas le droit de le dire.
«Il n'y a aucune certitude quant aux actions ou transactions qui pourraient découler de ces discussions», a écrit la Bourse de Montréal dans un communiqué aussi bref que possible. «La Bourse ne fera aucun autre commentaire à ce sujet à moins de changement concret à rapporter.»
Selon les informations que le Globe disait détenir, le projet porte sur une structure dans laquelle il y aurait deux cochefs de la direction, soit Luc Bertrand, de la Bourse de Montréal, et Richard Nesbitt, de la Bourse de Toronto. De plus, il y aurait un partage des rôles bien défini et l'assurance que les activités de la Bourse de Montréal ne seraient pas rapatriées à BayStreet. Le président du conseil de l'entité réunie serait l'actuel président du conseil de Toronto, Wayne Fox.
Un silence qui s'explique
Il est devenu clair que cette reprise des négociations est la raison pour laquelle le président de la Bourse de Toronto, de passage à Montréal lundi, était si réticent à parler de la Bourse de Montréal et du projet avorté qui a défrayé la manchette cet été. Auparavant, lorsqu'il venait à Montréal, M. Nesbitt avait l'habitude d'aborder le sujet beaucoup plus librement.
Tout au plus, M. Nesbitt a affirmé lundi que la consolidation des Bourses, de manière générale, est un phénomène «plutôt inévitable», qu'il est tout à fait naturel de voir des Bourses d'actions et d'options combiner leurs activités.
La Bourse de Toronto occupe le créneau des actions des grandes compagnies, alors que celle de Montréal s'est spécialisée dans les produits dérivés, soit les options et les contrats à terme. Il s'agit d'un secteur qui a le vent dans les voiles et auquel Toronto s'est engagée à ne pas toucher avant mars 2009. Ce pacte de non-agression remonte à 1999, lors de la réorganisation des Bourses canadiennes.
La Bourse de Montréal s'irrite toutefois des préparatifs plutôt agressifs que Toronto a mis en place en vue de se lancer dans les produits dérivés aussitôt qu'elle en aura le droit, en 2009.
Par exemple, Toronto entend créer la Bourse DEX, détenue à 52 % par le Groupe TSX et à 48 % par l'International Securities Exchange. De plus, la direction torontoise a signé une entente avec Standard & Poor's pour avoir l'utilisation exclusive de certains indices. Cette manoeuvre surprenante a suscité la colère de la Bourse de Montréal, car un de ses instruments financiers les plus populaires est, dans les faits, un produit lié à l'indice S&P/TSX60.
Bonnes chances de réussite
Le consensus parmi les analystes en est un où la transaction, essentiellement, serait l'acquisition pure et simple de la Bourse de Montréal par la Bourse de Toronto. En tenant compte du nombre d'actions en circulation et de la valeur de leurs actions, la Bourse de Toronto vaut 3,5 milliards alors que Montréal pèse environ un milliard.
Jeff Fenwick, un analyste des services financiers à la firme torontoise Cormark Securities, était sceptique à l'égard des récentes tentatives de rapprochement. Il commence à changer d'idée. «Puisque les deux parties reviennent à la table, je suis plus optimiste», a-t-il dit lors d'un entretien.
«L'arrêt des négociations et le fait que Toronto possède sa propre stratégie me faisaient dire auparavant que les deux Bourses s'éloignaient l'une de l'autre. Mais puisque le volume d'activité à Montréal a ralenti un peu et que de toute manière Toronto a un plan en place, peut-être se disent-elles qu'une collaboration serait plus sensée qu'une guerre», a ajouté M. Fenwick.
Selon un autre analyste, John Aiken de Dundee Securities, cité par Canadian Press, le recul des volumes de négociation sur le parquet de la Bourse de Montréal et la publication d'un communiqué officiel rendent plus probable une transaction cette fois-ci.
L'agence rapportait aussi hier les propos de Tom Caldwell, président du conseil de Caldwell Securities et actionnaire des deux Bourses, selon lequel une combinaison permettrait aussi d'éviter l'arrivée d'un gros joueur étranger. «Je n'aimerais pas me lever un matin et voir que Montréal a été achetée par le Nasdaq, disons, car il y aurait là un concurrent féroce dans les plates-bandes.»
Les actions bondissent
L'hypothèse d'une transaction a eu un effet boeuf sur l'action de la Bourse de Montréal, qui a bondi de 22 % à 35,55 $. Depuis son inscription en Bourse, en mars 2007, elle a perdu plus de 20 %, ce qui constitue un irritant pour certains actionnaires, qui voient d'un bon oeil toute occasion de faire remonter le prix d'un coup sec.
Le titre de la Bourse de Toronto, pour sa part, a grimpé de 6 % à 53,00 $.
Deux hypothèses pourraient expliquer la progression plus forte de l'action de Montréal. La première est que c'est la Bourse de Toronto qui jouerait le rôle d'acheteur, et qu'elle devrait donc verser une prime importante aux actionnaires montréalais. La deuxième hypothèse est que les actionnaires estiment que c'est la Bourse de Montréal qui sortirait ultimement gagnante d'une telle fusion.
Présentement, aucun actionnaire, ni à Montréal ni à Toronto, ne peut détenir plus de 10 % des actions. Il s'agit souvent, en fait, des mêmes actionnaires dans les deux endroits, soit les grandes firmes de courtage qui occupaient jadis les sièges donnant le droit de négocier sur le plancher.
La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a déjà indiqué qu'elle ne s'opposerait pas à une fusion des deux Bourses mais qu'il fallait absolument que Montréal conserve son expertise en produits dérivés.
Un vent de consolidation souffle sur les grandes places boursières du monde. Pour ne donner qu'un exemple, après avoir regroupé plusieurs Bourses européennes, Euronext est entrée dans le giron de la Bourse de New York.
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Montréal contre Toronto ou vice versa - par Gilles Bousquet
Le vendredi 30 novembre 2007 08:00

