Vos réactions

Un procès et une défense à la Kafka.

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Gerry Pagé
Envoyé Le jeudi 29 novembre 2007 21:00



Parce que l'on haït Pierre E. Trudeau, on haït Jacques Hébert? Parce que l'on haït Jacques Hébert, on haït Wilbert Coffin, au point de le renvoyer à la potence de ses propres haines? Facile, facile! Il y a eu et il y a encore des centaines de scénarios du même genre, le long des boulevards des actualités pointues dont la justice à deux vitesses fait ses choux gras. Frasque adolescente ou boutade infantile? N'importe quoi, pourvu qu'on en parle! N'importe quoi, pourvu que ça paye!

J'ai toujours cru, dur comme fer, et je crois toujours, dur comme fer, que Wilbert Coffin a été liquidé, au profit d'un «bien paraître» commandé et fort commandité. Je n'ai pas à laver quelque réputation que ce soit. Je n'ai pas à «sandblaster» quelque école que ce soit, quelque école de pensée, quelque profession si magistrale soit-elle. J'ai le plus profond et le très inconfortable sentiment que Monsieur Clément Fortin a lu «mécaniquement» les 2250 pages de retranscription dudit procès, tout comme ceux et celles de mon âge ont bien lu les 252 questions et réponses du petit catéchisme, tout comme Ben Laden a lu et relu le Coran. Cette sortie est-elle en relation avec ce que l'on connaît et ce que l'on croit ou plutôt avec ce que l'on veut «faire connaître» et «faire croire»?

Un verdict de «supercherie». Celle des autres... Comme si les erreurs judiciaires pleuvaient sur une autre planète. Comme si les fléaux de fabrications de preuves avaient toujours été commandées et commanditées par des petits bonhommes sortis d'OVNI. Le dixit tranchant, lapidaire et arbitraire de Clément Fortin et issu de ses seules et uniques compréhension et interprétation, à l'effet que la toute première déclaration écrite de Coffin est «mensongère», donne froid dans le dos. Les «certitudes à distance», les «certitudes post mortem» de Clément Fortin devraient constituer la base-même de la justification de nos doutes les plus certains.

Que d'inutiles et très intéressées supputations, des plus tardives, des plus détachées de la réalité contextuelle et des plus approximatives, à la fois ! Besoin de lire et de croire, ou envie d'écrire et de faire croire ? Je ne sais rien et ne veux rien savoir des intentions de Clément Fortin. Par contre, je n'ai rien du lecteur crédule et friand de sensationnalisme. J'ai suivi ce procès de notre historie judiciaire. J'ai bien connu l'homme de droiture et de rectitude intellectuelle, Me François B. Gravel, à Québec ainsi que son incessante recherche de la véracité crédible qui lui semblait faire défaut, dans la conduite de cette affaire qui se devait d'être expéditive et bâclée, au dire de nombreux observateurs. Et, j'ai beaucoup plus de respect pour la droiture et la rectitude dont cet homme a toujours fait l'incontestable démonstration, que pour les pratiques souvent douteuses d'un trop grand nombre d'avocassiers, passés maîtres dans l'art et la culture des lucratives apparences de justice. J'ai toujours cru, dur comme fer, et je croirai toujours, dur comme fer, que Wilbert Coffin fut le parfait cobaye d'un procès «joué» dans les coulisses d'un grand théâtre public dont la plupart des spectateurs se souviennent davantage des rideaux et des entre-actes. Coffin, fut le parfait alibi de ce qu'on n'arrivera jamais à savoir.

Clément Fortin, du plus haut barreau de l'échelle de ses prétentions, affirme, dans le seul intérêt de ce qui me semble être pure jactance avocassière, que nombre de ses collègues et que nombre de journalistes font encore et toujours preuve «d'aveuglement volontaire»... Ce genre de procès d'intention donne froid dans le dos. De l'altitude sidérale de sa science infuse, Clément Fortin va jusqu'à déclarer que «l'Affaire Coffin est devenue l'Affaire Hébert», comme si la diffamation était le privilège de «monsieur», le privilège de ceux des siens qui, pourtant, en font un objet de poursuites fracassantes et fort lucratives. C'est tellement grossièrement gros, que ça crible mortellement toute apparence de crédibilité, toute apparence de respectabilité, toute apparence de justesse et de justice.

Clément Fortin a-t-il ignoré, volontairement ou involontairement, les HUIT IRRÉGULARITÉS INCONTESTABLEMENT MAJEURES qui ont été commises, au vu et au su de tout le monde, lors de ce simulacre de procès? IRRÉGULARITÉS à partir desquelles la défense aurait pu faire annuler le procès, pour une seule d'entre elles? Que dit Clément Fortin de l'irrégularité magistrale, due au fait que, lors dudit procès tenu en anglais, 6 des 12 jurés étaient unilingues francophones et devaient soumettre l'exercice de leur jugement aux frontières de la «traduction» des témoignages?

Clément Fortin aurait-il des motifs de timbrer d'irrecevabilité et d'expédier au classeur vert du non avenu, qu'en novembre 2006, le nom de Philippe Cabot, décédé en 1998, ressort comme «possible meurtrier» des trois États-Uniens et que ce sont des membres de la famille Cabot qui avouent reconnaître le fait? Clément Fortin ne devrait-il pas s'inquiéter, comme s'inquiètent tout Québécois qui a suivi et qui suit le cumul des malaises reliés à cette «montagneuse affaire», du fait que mourra au feuilleton des Communes, la demande de révision du BLOC, révision qui parle au nom du sens commun, de la lucidité, de la raison et du sens de droiture qui caractérisent les incorruptibles?

En moins de trente minutes, un jury aura livré un «VERDICT D'EXÉCUTION» sans appel ou, plutôt, dont tout appel et reprise dudit procès furent systématiquement boycottés, alors que l'accusé était écroué et sans défense, à Bordeaux. Clément Fortin trouve ça normal.

Le 6 août 1954 et le 10 février 1956 ont été, sont et seront, pour toujours, des taches indélébiles, dans l'histoire des annales judiciaire du Québec. Des pages que l'on cherchera à soustraire, par tous les moyens. Ces «taches indélébiles» constituent une pièce maîtresse de la preuve que le système judiciaire se contente sans réserve et se satisfait pleinement de l'apparence de justice et que le vocable «raisonnable» qui qualifie le «doute» qui satisfait un magistrat, est du même calibre que celui qui qualifie les accommodements qui font actuellement la manchette du risible.

Le trop lourd silence de York Center, tout près de Gaspé, étouffe des hurlements que ne veulent entendre certains détenteurs de LA VÉRITÉ, LA-LEUR; DE LA VÉRITÉ D'OUTRE TOMBE, DE CELLE QUI LEUR CONVIENT ET QUE PLUS DE 50 ANNÉES ONT ÉRODÉE! En bout de ligne et après tout ce branle-bas d'ébats futiles et des plus stériles, après autant d'excès de flamboyantes jacasseries baluchonneuses, Clément Fortin lave les mains de sa conscience, en refusant de pendre Wilbert Coffin. Quelle époustouflante tragédie! Quelle pitoyable dramaturgie! C'est alors pour quand l'opinion de Clément Fortin sur les 709 autres exécutions qui jonchent et encombrent les pages les plus sombres de l'histoire judiciaire du HAUT et surtout du TRÈS BAS CANADA?

Gerry Pagé
Ville de Québec

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com