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Seul contre tous!

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Gabriel RACLE
Envoyé Le mardi 27 novembre 2007 10:00



L'arrogante déclaration de Stephen Harper voulant que le protocole de Kyoto soit une « erreur » à ne pas répéter doit faire plaisir à tous les États et chefs d'État qui ont signé lendit protocole et le mettent en oeuvre, l'Union européenne en particulier, fort critique envers le Canada. Il est évident que S. Harper cherche à camoufler son attitude consistant à ne rien faire, sous des arguments théoriquement logiques et rationnels. Hélas! La faiblesse de ces arguments est par trop évidente pour que quiconque y croie. Dire, je ne fais rien parce que mon voisin ne fait rien est un argument inepte. Si mon voisin laisse son terrain en friche, est-ce que je vais en faire autant? On frise le ridicule.

Ce n'est pas parce que les États-Unis n'ont pas signé le protocole de Kyoto sous de fallacieux prétextes que le Canada se doit d'en faire autant. Mais, comme dans d'autres domaines, Harper s'aligne sur Bush, Le premier Ministre va-t-il changer d'avis en prenant connaissance du rapport annuel que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) vient de rendre public? Axé sur les effets du réchauffement de la planète, ce rapport s'intitule: «Un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé ».
On peut y lire que le changement climatique en cours, est « peut-être la menace la plus grave qui ait jamais pesé sur l'humanité ». Mais, bien que « le monde ait moins de dix ans pour inverser la situation », les sociétés riches et leurs dirigeants, et l'on peut inscrire le Canada parmi celles-ci, ne semblent pas - ou ne veulent pas - prendre conscience de la situation. D'près le PNUD: « Nous assistons en direct à ce qui pourrait s'avérer être le début d'une régression considérable du développement humain. Le changement climatique remet en cause le principe des Lumières selon lequel le progrès humain rendra l'avenir toujours meilleur que le passé.»
«On ne peut pas laisser les plus pauvres du monde couler ou nager grâce à leurs seules ressources, tandis que les pays riches protègent leurs citoyens derrière les fortifications anti-climat...Laisser évoluer cette tragédie serait un échec politique qui mériterait d'être décrit comme révoltant la conscience de l'humanité. Ce serait une violation systématique des droits de l'homme pour les pauvres et les générations futures et un grand pas en arrière pour les valeurs universelles.»
Ainsi, les droits humains font partie intégrante des problèmes rattachés à l'écologie L'avenir des populations et des pays les plus pauvres se trouvera compromis par l'inaction et l'égoïsme des pays riches. Les récentes inondations catastrophiques du Bangladesh donnent une idée de ce qui attend certaines de ces régions, et pourtant un habitant du Bangladesh n'émet que 0,1 tonne de CO2 dans l'atmosphère en une année, alors qu'un habitant des États-Unis en émettait 21 tonnes (données de 2004). Ainsi, dit le rapport, « les 40 % de la population mondiale la plus pauvre, soit environ 2,6 milliards de personnes, seront condamnés à un avenir comportant moins de possibilités d'avenir. Le changement climatique accentuera encore les inégalités profondes entre les pays ».
Le PNUD « appelle donc les pays riches à se fixer un objectif de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre de 80 % en 2050, tandis que celles des pays en développement devraient culminer en 2020 avant de se réduire de 20 % en 2050. Les instruments de marché ne suffiront pas, avance l'organe des Nations unies, qui remet en cause l'idéologie dominante de la croissance. » (H. Kempf) «Il ne pourrait y avoir de démonstration plus claire que celle faite par le climat que la création de richesse économique n'est pas la même chose que le progrès humain. ... L'une des plus rudes leçons qu'enseigne le changement climatique, c'est que le modèle économique de la croissance et la consommation effrénée des nations riches sont écologiquement insoutenables »
Alors, M. Harper, ce rapport ne condamne-t-il pas votre position comme insoutenable? Il semble bien que oui. Le Canada se doit de balayer devant sa porte, avant de s'occuper de celle de son voisin. Il se doit de donner un exemple d'efficacité et de solidarité nationales et internationales. Ne rien faire serait, pour reprendre encore une fois une phrase du rapport: «une violation systématique des droits de l'homme pour les pauvres et les générations futures et un grand pas en arrière pour les valeurs universelles.»

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