Mauvaise nouvelle pour les musées
Mots clés : patrimoine, Services de transport d'exposition, L'Institut canadien de conservation, Musée, Canada (Pays), Québec (province)
Le seul système public de transport d'expositions ferme ses portes
Coup dur pour les musées canadiens. L'Institut canadien de conservation met fin à ses Services de transport d'exposition (STE) subventionnés.«Ça donne accès à des services à prix avantageux, mais surtout de très grande qualité, explique Michel Perron, directeur de la Société des musées québécois (SMQ), à propos des STE, qui fonctionnent dans le plus grand respect des principes de conservation des oeuvres et artefacts. Ça permettait de garder des standards élevés de transport d'expositions.» Selon lui, certaines grandes institutions qui font circuler des expositions lourdes, et les plus modestes qui accueillent les expositions d'autres musées, en souffriront.
«On faisait beaucoup affaire avec ce service et, là, on va devoir se tourner vers le privé, explique Anne Gagnon, coordonnatrice des expositions itinérantes du Musée national des beaux-arts du Québec. Ça veut dire probablement une augmentation de coûts. Le fait que le privé reprenne le marché, ça va probablement supposer des quasi-monopoles, parce qu'il y a peu de services privés qui peuvent l'assurer à travers le Canada.»
Elle déplore surtout la perte de ce service pour les institutions installées dans des régions éloignées, que les STE avaient le mandat de desservir. La plupart des grands musées faisaient déjà appel au privé.
Campagne de lettres
«Pour nous, c'est assez catastrophique de savoir que le marché va dicter les prix, confie Micheline Huard, directrice du Musée régional de la Côte-Nord. On s'attend à ce que ce ne soit pas nécessairement à l'avantage des musées.»
Elle précise qu'un voyage entre Sherbrooke et Sept-Îles (soit près de 1000 km) peut coûter quelque 6000 $ alors que son budget total d'expositions s'élève à 21 000 $. La mauvaise nouvelle s'ajoute au gel des subventions muséales depuis des années, qui avait déjà forcé la réduction des activités de programmation.
«Encore une perte!, déplore M. Perron. On en a eu pas mal ces années-ci, notamment des pertes d'argent dans les programmes d'aide aux musées. Alors, vivement les bonnes nouvelles du fédéral.» La SMQ invite d'ailleurs ses membres à participer à la campagne de mobilisation lancée par l'Association des musées canadiens pour maintenir les STE en place, en écrivant une lettre à la ministre Josée Verner.
Patrimoine canadien justifie pour sa part sa décision par «des raisons administratives et opérationnelles».
«Il y a eu une vérification de la gestion des finances et des contrats, et le gouvernement conclut que les chauffeurs manutentionnaires ne pouvaient plus être embauchés sous contrat» en vertu des règles de l'Agence du Revenu du Canada, explique la porte-parole Josianne Jalbert. Il faut se rappeler que les STE ont vu le jour il y a plus de 20 ans pour combler un vide aujourd'hui rempli par des entreprises privées comme Paccar ou Art Solution, ce qui change la donne.
Le privé se réjouit
«On va y aller avec le souci de garder les prix les plus bas possible pour accommoder les musées en régions ou qui ont un budget plus serré», promet Linda Comeau, coordonnatrice des transports Art Solution, qui ne cachait pas son enthousiasme à l'idée de récolter une part de marché importante du transport des oeuvres et artefacts.
Elle admet toutefois que leurs prix seront certainement plus élevés que ceux des STE. «Les coûts [des STE] n'étaient pas réalistes du tout, dit-elle. On baissait souvent les bras, tellement on ne pouvait pas compétitionner.» À titre d'exemple, elle indique que, pour un voyage offert à 1,80 $/km dans une remorque des STE, il en coûte autant chez Art Solution pour le camionnage seulement, sans les autres frais comme le salaire et les dépenses du chauffeur.
Elle appelle donc les musées et les centres d'exposition d'une même région reculée à tenter d'arrimer leurs programmations pour réduire les coûts de déplacement. Elle fait aussi valoir que son entreprise, contrairement aux STE, offre une gamme de services («mise en caisses, dédouanement, fret aérien, etc.») que les musées gagneront peut-être à concentrer chez un même fournisseur.
Vos réactions
À quand un musée Harper des services publics ? - par l poisson
Le mardi 27 novembre 2007 14:00

