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Les journalistes, ces professionnels essentiels à la démocratie

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Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Envoyé Le lundi 26 novembre 2007 11:00



Cette réunion de journalistes revêt, à mon sens, un exercice important de remise en question du travail journalistique ainsi que de l'éthique journalistique.

La crédibilité des artisans de l'information est en chute libre, et pour cause.

L'information 24h en onde, primeur internet, associée à une technologie qui permet l'instantané, favorise le cliché, c'est le cas de le dire. Nous avons de l'information de polaroid.
Le recul sur la présentation d'une nouvelle, sur l'essence de la nouvelle, fait défaut.

Le marketing est aussi une des plaies de l'information. Dans bien des cas, le but n'est pas d'informer, mais de vendre. Nous avons l'information hygrade. Ce type d'information a le vent dans les voiles, c'est le phénomène "radiopoubelle" enclenché par André Arthur, Jeff Filion, qui a fait bien des émules.
Ce phénomène, de l'information de commérage, ridicule fait boule de neige dans la population. La rumeur, le préjugé, le cliché dominent partout. Mario Dumont en profite allègrement.

Même Radio Canada, la très crédible société d'État qui employait des journalistes d'une intégrité irréprochable, glisse vers le laxisme du jugement facile et nous offre de l'information suivant le courant imposé par les locomotives de la pensée et de la perception.

Une des facettes, qui selon moi, est de la plus grande importance, est le degré d'opinion dont les médias regorgent et noie l'information pure. Il est évident que plus de la moitié du contenu des journaux et des publications, sont en fait des textes d'opinion. Éditorialistes, spécialistes, porte-parole... On n'informe plus, on nous fait sentir ce qui est bon et ce qui est méchant. Après avoir pris la connaissance d'une nouvelle, il faut se demander si nous en savons plus ou si notre sentiment a été orienté. On nous fait sentir le méchant. On nous fait sentir le bon. On conclut pour nous sans rien nous apprendre. On aiguille notre opinion.

Beaucoup de journalistes lorgnent plus facilement vers la démonstration de leurs opinions plutôt que vers la nouvelle objective. Les faits sont relégués en arrière-plan, l'opinion en premier plan. Souvent, les faits ne servent qu'à démontrer l'opinion bien établie au départ.

Depuis le 11 septembre 2001, depuis que l'axe du mal et celle du bien s'opposent, l'opinion mondiale est polarisée. Cette puérilité a fait son chemin, le cinéma états-unien surfe sur cette notion depuis quelques décennies, le monde Walt Disney s'est répandu, la nuance a disparu. Il y a désormais, les bons et les méchants. Fini les nuances. Dans ce monde de noir et de blanc, les multiples tons de gris ont disparu. L'opinion sur bien des sujets importants est polarisée. Les bons et les méchants se confrontent dans les médias.
Les journalistes, chose que je ne comprends absolument pas, emboîtent le pas. À travers le choix de leurs mots, à travers leurs intonations, ils nous exposent le point de vue des bons et des méchants. Il n'y a plus de doute. Le propos d'un Chavez est incontestablement démoniaque, connaissant la verdeur de son langage et sa feuille de route de provocateur affranchi. Il est inutile de chercher à comprendre et à approfondir ce qu'il dit.

Saddam était un fieffé dictateur, mais il n'avait pas d'armes de destruction massive et ne représentait pas de grande menace. Il était dictateur, mais pas fou. La couverture journalistique lors des pressions US à l'ONU pour enclencher la tuerie d'Irak a été encore cette fois, du blanc pur et du noir méchant. Dans les médias, même la France, avec ce De Villepin empêcheur d'avancer vers le bien, avait tort. Les journalistes, analystes de tout acabit rangeaient automatiquement la France vers l'axe du mal. On lui reprochait à pleine page d'empêcher la bonne marche de l'ONU et de miner la crédibilité de l'institution. Incroyable! Il faut relire les journaux et les titres de l'époque.
La réalité nous a appris que De Villepin et la France avait raison. Que Hans Blix avait raison, que les millions de personnes descendues dans les rues du monde pour dénoncer cette future boucherie, avaient raison. Mais les médias ont persisté à véhiculer le discours et les arguments mensongers des administrateurs de l'axe du bien.
J'étais estomaqué d'entendre cet unisson médiatique, même le regretté René Mailhot disait que De Villepin minait la crédibilité de l'ONU.
On était bien loin du Watergate. Nous sommes bien loin du Watergate. Aujourd'hui un journaliste d'enquête grattant une facette politique qui sent mauvais, se ferait rapidement remettre à sa place. Il suffit d'une déclaration de Bush ou de Harper disant que ce n'est que de la diffamation pour que tout rentre dans l'ordre. Les journalistes sont dociles ou pire, stupides!

Le journal le Monde titrait au mois de septembre 2006 "Hugo Chavez s'ouvre la voie pour une présidence à vie". Hier j'entendais une promo de l'émission de la SRC "Une heure sur terre" "Chavez veut s'octroyer la présidence jusqu'en 2031". Chavez prévoit-il abolir les élections?
Ce titre frappe l'esprit et nous renvoie au verrat de gros méchant dictateur qu'est Chavez. Pourtant, si John Howard avait été élu en Australie, aurait-on souligné qu'il en était à son Xième mandat consécutif? Les mandats consécutifs, une réalité de bien des pays: en Angleterre, en France , en Italie, en Allemagne, au Canada, au Québec...

Je ne sais pas si J.M. Leprince va nous présenter une étude approfondie de la réforme constitutionnelle vénézuélienne qui doit être approuvée par la population vénézuélienne dimanche prochain?
Je crois que cette réforme a bien plus qu'un unique point comme on nous le présente. Bien sûr, on va nous parler de l'article concernant la censure des médias en cas de tentative de coup d'État, mais on ne dira pas grand-chose sur le rôle des médias le 11 avril 2002. Je me demande même si M. Leprince va en glisser un mot. On dénonce avec plus d'ardeur cet article de la constitution vénézuélienne que la censure réelle et actuelle des médias au Pakistan.

Les journalistes sont résolument orientés vers le bien et même si Musharaff a censuré emprisonné et même assassiné, il demeure démocratique parce que M. Negroponte est à ses côtés pour le guider vers la bonne voie. Musharaff peut faire toutes les atrocités, il demeure un dictateur démocratique et pour preuve il a annoncé les élections et a enlevé son uniforme. Par contre, la Birmanie a eu droit à un concert médiatique de dénonciation intense de sa méchanceté. Le chef du bien a réitéré son blocus économique qu'il voulait mondial en janvier 2007, M. Harper en défenseur de la démocratie et de la liberté a imposé une rupture économique avec ces méchants. Le concert médiatique fut, une fois de plus, à l'unisson, la Birmanie est un repère de méchants. On l'a découvert soudainement, brutalement, même s'il existe déjà depuis plus de 40 ans!
Étrange, tout de même, cet engouement soudain de dénonciation enclenché par une manifestation bien ordinaire de moines contre la hausse des prix du carburant!

Étrange que les journalistes ne s'interrogent pas sur leur unisson. Étrange aussi que les médias, qui sont pourtant friands de sujets radiopoubelles, ne s'attardent pas plus sur bien des points sombres reliés aux attaques du 11 septembre 2001. Pourtant, plus de la moitié de la population américaine et même mondiale, se pose des questions troublantes et qui demeurent sans réponse.
Étrange comme les médias ont sauté sur l'histoire de cul (il faut dire que le cul... ça vend en titi!) de Bill Clito. Des millions (67) pour une enquête sur le scandaleux Bill Clinton et un maigre 14 millions (initialement 3 millions) pour l'enquête officielle sur le pire attentat ayant les plus grandes répercussions planétaires de tous les temps.

Il faut vraiment se questionner sur les vagues médiatiques. Ces déferlantes qui nous engloutissent. Comme les accommodements raisonnables où le traitement fut d'un ridicule incroyable où la confusion fabriquée a fait grimper les ventes et les cotes d'écoute où l'information radiopoubelle a été phénoménale. Comme une grande soupe stupide où tout se mêle et où plus rien ne ressort distinctement.

La FPJQ devrait se réunir plus régulièrement. Cet exercice devrait avoir lieu trimestriellement. Il reste certainement des journalistes dignes de ce nom qui sont capables de voir les choses franchement et qui peuvent rétablir une éthique journalistique capable de redorer la crédibilité de cette profession essentielle pour la bonne marche démocratique du monde.


Serge Charbonneau
Québec

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