Médias - Exclusif: enquête sexy!
Mots clés : profession, sensationnel, Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Média, Québec (province), Québec (ville)
Il y a quelques semaines, la FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes du Québec) avait mené un sondage auprès de ses membres. Avec 252 répondants volontaires sur plus de 2000 membres, il ne s'agissait pas d'un sondage scientifique. Il faut prendre les résultats avec prudence, mais ils indiquent tout de même une certaine tendance.
Cette fin de semaine, la FPJQ tenait son congrès à Québec. Les mauvaises langues diront que c'est l'exercice annuel d'autoflagellation des journalistes... qui retombent dans leurs bonnes vieilles habitudes une fois le congrès terminé.
Avec ce petit sondage en tête, on se demandait, dans un des ateliers, si les médias se sentent obligés de «spinner» la nouvelle, c'est-à-dire d'exagérer la nouvelle, de la «surjouer», d'en beurrer trop épais.
Évidemment, les patrons de presse ne l'admettront pas. À La Presse par exemple, expliquait l'éditeur adjoint Philippe Cantin, on a fait le pari, au tournant de l'année 2000, «d'être plus spectaculaire en une, avec une mise en page plus accrocheuse, des titres spectaculaires», parce que le tirage du quotidien baissait à la fin des années 90. Un journal «ne peut plus se contenter de répéter ce qu'on trouve sur les sites Internet ou à la télé», ajoutait-il, et il doit développer ses propres histoires fortes, ce avec quoi on ne peut qu'être d'accord.
Au Journal de Montréal, on ne reconnaît pas non plus «exagérer» la nouvelle. «Nous avons entrepris un virage enquête, explique George Kalogerakis, directeur de l'information. Nous voulons être plus proches des gens, défendre les intérêts civiques et personnels de nos lecteurs. Nous voulons être le chien de garde.»
Tout cela est bien beau, mais le malaise persistait chez plusieurs journalistes qui écoutaient ces propos. Il semble évident à plusieurs que les différents groupes médiatiques sont entrés dans une lutte féroce où chaque média a tendance à «jouer» très fort sa nouvelle, et à la décliner, en plus, sur plusieurs plates-formes différentes... tout en critiquant, d'ailleurs le travail du concurrent. À quel moment le sain marketing devient-il de l'exagération? La frontière n'est pas toujours claire. Même Radio-Canada mène maintenant de vastes opérations de marketing avec ses propres nouvelles sur toutes ses plates-formes, et Alain Saulnier, directeur général de l'information, admettait «que, des fois, on a tendance à annoncer trop souvent la fin du monde».
Par ailleurs, il faut se réjouir de l'importance grandissante apportée au travail d'enquête dans les médias. Personne ne devrait s'en plaindre. Encore faut-il s'entendre sur ce qu'est une véritable enquête.
Le Journal de Montréal est particulièrement fort dans l'utilisation du terme. À Radio-Canada, il existe même une émission qui porte maintenant le titre d'Enquête... alors qu'il s'agit, souvent et tout bonnement, de simples reportages dans l'ancien esprit d'Enjeux.
Bref, l'enquête devient une expression passe-partout, censée vous garantir que vous seront révélés de grands complots ou de grands secrets qui ont nécessité des mois de travail... alors qu'il s'agit souvent d'un travail journalistique de base, avec quelques coups de téléphone donnés pendant une journée de travail.
Spinner la nouvelle? Il est certain que l'information continue, et la concurrence qu'elle suscite entre les groupes médiatiques, multiplie aussi les risques d'exagération. Il n'y a là rien de très nouveau: depuis plusieurs années, les journalistes critiquent les dérapages qui se produisent lorsqu'ils sont obligés d'aller en ondes à chaud, sans avoir le recul nécessaire pour comprendre l'information. La vraie surprise là-dedans, c'est que, après 10 ou 15 ans d'information continue, on constate encore des dérapages, comme si les médias n'apprenaient jamais. Alain Saulnier admettait lui-même lors du congrès que, lors de la visite de l'avion Airbus 380 à Montréal récemment, «on en a un peu trop fait». Il a le courage de la franchise, alors que les patrons de TVA, eux, brillaient par leur absence. À écouter le déluge de reportages lors du passage de l'Airbus, on avait pourtant l'impression que c'était la plus grande invention depuis le Spoutnik...
Sur un mode plus grave, et toujours au sujet de l'information continue, une journaliste de TQS-Trois-Rivières avouait aussi que, dans l'histoire de la petite Cédrika Provencher, «nous sommes allés en ondes avec des informations non vérifiées».
En tout cas, l'exagération en matière d'information ne semble plus un sujet tabou. Lors de ce même congrès, un atelier se demandait jusqu'où il faut aller pour obtenir le témoignage d'une victime. Et dans un autre, la couverture des accommodements raisonnables fut vertement critiquée par certains journalistes, qui estimaient que les médias ont un peu trop jeté d'huile sur le feu.
pcauchon@ledevoir.com
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