Québec lance une bouée aux manufacturiers
Mots clés : Monique Jérôme-Forget, Jean Charest, manufacturiers, Économie, Investissement, Québec (province)
Jean Charest présente un plan sur cinq ans doté d'une enveloppe de 620 millions

Photo: Jacques Nadeau
La stratégie a été bien reçue par l'ensemble des regroupements d'entreprises, dont les Manufacturiers et exportateurs du Québec et le Conseil du patronat, ainsi que par les syndicats. Ceux-ci, soit la CSN et la FTQ, ont dit toutefois que ce «pas dans la bonne direction» est un peu trop modeste. Le PQ et l'ADQ l'ont pour leur part fortement critiquée.
«Il y a un joueur qui n'est pas à la table et qui doit venir, conformément à ses engagements dans le discours du Trône, a dit M. Charest. C'est le gouvernement fédéral.» Ottawa, a-t-il dit, se doit de faire un «examen» de sa propre fiscalité. Le premier ministre est aussi d'avis qu'Ottawa peut se servir de sa politique monétaire pour «envoyer des signaux au marché» des devises de manière à alléger la situation.
Le dollar a terminé la journée hier à 1,02 $US, en hausse de 17 % depuis six mois. L'effet des dernières années est frappant: selon les données présentées hier, le secteur manufacturier a perdu 68 000 emplois de 2002 à 2006. La FTQ affirmait de son côté que, si l'année 2007 est prise en compte, ce chiffre grimpe à 130 000.
Le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, a dit que les exportations québécoises étaient en croissance jusqu'en mai ou juin 2007. «Ensuite, ça s'est arrêté, a-t-il dit. Les compagnies doivent améliorer leur productivité de 10 ou 15 % par année [pour diminuer leurs coûts].»
Deux grands volets
Le plan d'action de 620 millions, dont les deux tiers sont des mesures budgétaires alors que le reste est de nature fiscale, porte sur deux objectifs. D'abord, on veut favoriser l'investissement privé et appuyer les entreprises dans leur conquête de l'étranger. En deuxième lieu, on souhaite encourager l'innovation et la formation de la main-d'oeuvre.
Dans le volet investissement, Québec suspendra, pour les entreprises qui le souhaitent, le versement de leurs acomptes provisionnels. Autrement dit, plutôt que de verser leur impôt sur une base mensuelle ou trimestrielle, les 8000 entreprises visées pourront attendre à la fin de l'année 2008 et faire un seul gros versement. Au total, cette somme représente 500 millions, soit 62 500 $ en moyenne par entreprise.
Cette mesure ne compte pas dans les 620 millions évoqués en début d'article. «C'est une annonce qui donne de l'air frais aux entreprises. [...] De donner des liquidités pour l'achat de matériel ou la modernisation, je pense que c'est énorme, il faut leur donner de l'espace pour respirer», a dit la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget.
Québec prévoit par ailleurs une hausse du crédit de taxe sur le capital. Celle-ci, en gros, est une taxe sur la taille d'une entreprise. Le gouvernement est en train de l'abolir progressivement, mais le crédit de taxe, qui passe de 10 % à 15 %, fait en sorte que les entreprises qui achètent de l'équipement n'en paieront plus. Les chambres de commerce ont longtemps affirmé qu'il s'agissait d'une taxe contre-productive car elle frappait toute entreprise qui achetait de l'équipement pour se moderniser.
Le plan mentionne aussi qu'il y aura une augmentation de la capacité d'intervention des fonds fiscalisés, comme le Fonds FTQ et Capital régional et coopératif Desjardins. Par ailleurs, Québec a prévu la création d'un réseau d'«anges financiers» qui aideront les gens à démarrer des entreprises et à trouver du financement.
De plus, le gouvernement a indiqué qu'il ferait tout en son pouvoir, dans le respect des accords en place, pour «faire profiter les sociétés manufacturières québécoises du maximum de retombées des achats publics du Québec». M. Charest en discutera lundi avec son homologue ontarien, Dalton McGuinty.
Main-d'oeuvre
L'autre grand volet est celui de l'innovation et de la main-d'oeuvre. La pièce maîtresse est un nouveau crédit d'impôt de 30 % pour la formation de la main-d'oeuvre, une mesure de 120 millions sur cinq ans. Environ 15 000 sociétés pourront en bénéficier, selon Québec. Le gouvernement estime qu'une PME sur cinq a présentement des postes à long terme à combler.
Au chapitre de la recherche, la stratégie mise entre autres sur ce qui se fait dans les centres collégiaux de transfert de technologies (CCTT). Le réseau actuel de 35 CCTT en comptera cinq de plus. Dans le même ordre d'idées, le Centre de recherche industrielle du Québec sera désormais entièrement axé sur le manufacturier.
Dans une perspective de développement durable, le plan d'action mentionne que Québec compte mettre de côté 25 millions pour un fonds de capital de risque en technologies propres qui, à terme, vise un actif sous gestion de 100 millions. Le fonds sera géré par Cycle Capital Management.
Québec a aussi annoncé hier la mise sur pied d'un «Conseil des manufacturiers». Ce dernier sera coprésidé par M. Bachand et par Pierre Racine, ex-président de la division canadienne de Rolls Royce. Il comprendra des représentants de l'industrie et des syndicats.
Vos réactions
Les pétards artificieux des flammeroles du PLQ. - par Gerry Pagé
Le samedi 24 novembre 2007 11:00

