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Madame et ses fantômes
Que diraient les plus célèbres chroniqueurs du Journal de Montréal s'ils vous voyaient? Ceux qui ont le plus contribué à sa notoriété. Bourgault et Lévesque approuveraient sûrement votre geste, plus, ils l'imiteraient, car pour ceux qui ne le savent pas ou qui l'ont oublié, le Journal de Montréal est devenu un quotidien populaire en raison d'une longue et pénible grève qui perdurait à la Presse.
René Lévesque qui a longtemps écrit dans le Journal de Montréal a lui-même été propulsé en politique à cause de son engagement dans une autre grève, celle des réalisateurs de Radio-Canada. Quant à Pierre Bourgault, il n'avait pas besoin de faire la grève, puisqu'il était en perpétuelle rupture de banc, même avec son propre chef auquel il a pourtant succédé plusieurs années plus tard dans les pages du Journal de Montréal, même s'il ne s'en vantait pas souvent, trop occupé à continuer de maugréer contre lui! Comment ne pas penser que vous êtes leur digne successeure, que vous marchez dans leurs pas et honorez leur mémoire en respectant l'héritage d'engagement et de solidarité qu'ils nous ont légué! Je suis sûr qu'ils vous auraient imité s'ils avaient été vivants. Mieux, leurs fantômes vous ont probablement précédé au Devoir.
À ce titre, votre geste n'est pas anodin, il est même symbolique et s'inscrit dans l'esprit de nos deux chers hommes. D'ailleurs, est-ce un hasard si cette semaine vous êtes à la droite de René Lévesque qui occupe tout le centre gauche de la page Idée, comme vous l'avez si souvent accompagné à l'occasion de grands événements que vous avez partagés avec lui et avec nous? La semaine prochaine, ce sera peut-être au tour de Pierre Bourgault de vous accompagner!
Louis Lapointe
Brossard
