Médias - En Italie, l'infiltration de la RAI par des proches de Berlusconi fait scandale

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

AFP
Édition du vendredi 23 novembre 2007

Mots clés : TV Mediaset, Berlusconi, RAI, Média, Italie (pays)

Rome -- Le noyautage de la télévision publique italienne RAI par des personnalités proches de Silvio Berlusconi, propriétaire du groupe rival de TV Mediaset, fait scandale en Italie en dévoilant l'étendue du contrôle qu'a exercé le Cavaliere sur les médias.

«C'est la photo de l'Italie à l'époque de Berlusconi, qui contrôlait à travers sa famille ou sa majorité politique l'ensemble de la télévision», a commenté hier le ministre des Communications, Paolo Gentiloni.

Selon des écoutes effectuées en 2004-05 dans le cadre d'une enquête judiciaire et publiées mercredi dans La Repubblica (gauche), des proches du Cavaliere occupant des postes de direction à la RAI s'entendaient avec la direction de Mediaset avant de prendre des décisions éditoriales, notamment sur la couverture des activités de Berlusconi, alors chef du gouvernement.

Les personnes mises en cause sont, entre autres, Deborah Bergamini, ancienne assistante personnelle de Berlusconi, à l'époque responsable de la programmation de la RAI et aujourd'hui dirigeante du secteur marketing, ainsi que l'ancien directeur général (2003-05) de la télé publique, Flavio Cattaneo.

Selon La Repubblica, Deborah Bergamini, au courant d'un message télévisé du président de la République de l'époque, Carlo Azeglio Ciampi, à l'occasion de la mort de Jean-Paul II (avril 2005), en aurait prévenu son homologue à Mediaset ainsi que M. Berlusconi pour que ce dernier fasse lui aussi une déclaration.

Un second épisode concerne les élections régionales d'avril 2005, une débâcle pour la coalition de droite au pouvoir, qui avait perdu six des huit régions qu'elle contrôlait. M. Cattaneo avait alors tenté de retarder le plus possible l'annonce des résultats du scrutin, selon le quotidien.

L'ex-directeur général a formellement démenti hier ces accusations dans une lettre ouverte tandis que le groupe Mediaset annonçait avoir l'intention de porter plainte contre La Repubblica.

«Personne ne peut nier que l'image de la RAI est gravement endommagée» par les informations de La Repubblica, a reconnu le ministre des Communications.

Après le tollé déclenché à droite comme à gauche par cette affaire, le groupe public a ouvert une enquête interne.

L'Autorité de régulation des communications, chargée de faire respecter la concurrence, a elle aussi annoncé hier l'ouverture d'une enquête qui pourrait déboucher sur des mesures pour garantir «le pluralisme et la liberté de l'information».

Silvio Berlusconi a quant à lui dénoncé «les hyènes et les chacals» qui ont attaqué Mme Bergamini, jugeant «inacceptable et illégitime» la publication d'écoutes par un journal.

Le contrôle du pouvoir politique sur la télévision publique italienne n'est pas une nouveauté, mais si les écoutes publiées par La Repubblica sont confirmées, il aurait atteint son apogée à l'époque du gouvernement Berlusconi (2001-06).

«L'édit bulgare», comme la presse italienne l'appelle, en est une des illustrations, lorsque M. Berlusconi, en visite officielle en Bulgarie en avril 2002, avait accusé trois journalistes de la RAI de faire «un usage criminel» de la télévision publique par leurs attaques et provoqué leur licenciement.

Le gouvernement de Romano Prodi a présenté en mai dernier un projet de loi pour donner plus d'indépendance à la télévision publique.

La RAI emploie 11 500 personnes, dont 1500 journalistes, et réalise un chiffre d'affaires annuel d'environ trois milliards d'euros (environ 4,4 milliards $CAN), mais elle a régulièrement perdu des parts de marché ces dernières années au profit de Mediaset.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com