Camping sauvage
Mots clés : place Émilie-Gamelin, ATSA, L'État d'urgence, Pauvreté, Montréal
L'État d'urgence héberge et nourrit des itinérants puis permet des rencontres entre les sans-abri, le grand public et une centaine d'artistes

Lors de sa première tenue, il y a dix ans, ce geste éphémère devait symboliser le cinquantième anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme. Son succès a créé la tradition. En plus d'héberger et de nourrir plusieurs itinérants, l'État d'urgence organise des célébrations qui permettent des rencontres entre les sans-abri et le grand public autour de performances et d'installations d'une centaine d'artistes.
«C'est une grande expérience pour les artistes que de venir jouer à l'État d'urgence parce que ce n'est pas nécessairement un public gagné d'avance. Tout le monde est un peu débalancé et désorienté. C'est justement ce qu'on cherche: créer de nouveaux rapports humains, de nouvelles interactions. Ce n'est pas qu'un contexte festif, c'est aussi un milieu de vie», dit Annie Roy.
Théâtre, cirque, cinéma, contes, performeurs, chorale et expositions s'y succèdent tous les jours dès 13h. Un tour guidé de toutes les installations sert à initier le grand public aux diverses activités du camp (départs à 17h, 19h et 21h ainsi qu'à 13h et 15h demain et dimanche).
«Ça permet à des gens de faire une trêve pendant cinq jours et de calmer le niveau de survie. Les besoins primaires sont comblés et, en plus, t'as des sourires autour de toi, ça sent la fête. C'est quand même un geste très fort, à la fois citoyen et symbolique, d'occupation de la place, du droit d'être là et de vivre dans un espace public. Comme le dit souvent Pierre, l'aspect charité de la chose est accessoire. Ça rend le monde heureux, mais ce qui est vraiment important, c'est la rencontre», poursuit-elle.
Moment d'utopie dans une ville en recherche d'humanité, cette activité permet aussi de rappeler la froideur du traitement réservé au problème de l'itinérance par les gouvernements. En plus de regretter la fermeture de toutes les places publiques ouvertes la nuit dans l'arrondissement de Ville-Marie l'année dernière, le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), qui regroupe 75 organismes, en profite pour rappeler la répression excessive exercée par la Ville de Montréal envers les personnes de la rue et réitère la nécessité d'une politique en itinérance.
Selon la plupart des intervenants du milieu, on assiste en effet à une judiciarisation de l'itinérance qui s'apparente à de la discrimination. 37 000 contraventions policières ont été émises depuis 12 ans et le système judiciaire est engorgé par des gens incapables de payer.
La Commission des droits de la personne se penchera d'ailleurs bientôt sur l'impact de ces politiques municipales après deux ans de pourparlers infructueux entre la Ville et le RAPSIM. Le dernier exemple de ces mesures qui ont pour objectif de repousser les itinérants est l'interdiction de l'accès aux chiens au parc Émilie-Gamelin, où se déroule l'État d'urgence.
«Cette position de la Ville constitue une sorte de nettoyage urbain, souligne Annie Roy, déçue. On devrait plutôt multiplier le nombre d'intervenants de rue. Je crois vraiment que c'est par les contacts personnels qu'on peut trouver des solutions. On ne change peut-être pas le monde chaque fois, mais on change des vies. Et ça fait boule de neige. Il faut regarder autour de soi et contrer la peur de l'autre.»
Pour découvrir un univers méconnu à nos portes et entamer un dialogue à travers l'art, l'État d'urgence propose au public de faire les premiers pas. Toutes les activités sont gratuites, à l'exception de l'équipe d'intervention théâtrale Mise au jeu, qui offre un tour guidé de 45 minutes des repaires cachés des sans-abri (12 $, tous les jours à 17h30 et 19h30).
Quelques suggestions
- Installation Les Incendiaires, résultat du travail sur le feu de l'artiste André Fournelle, et installation du sculpteur Armand Vaillancourt construite sur place, tous les jours de 13h à 17h et dévoilée ce dimanche à 21h.
- Expositions de photos de Martin Savoie ainsi que de Mohamed Lotfi et Réal Capuano.
- Artistes de cirque déjantés en performance ce soir à 17h et en fin de semaine à 15h et 17h.
- Après Tricot Machine hier, les délirants Amis au Pakistan seront sur scène ce soir à 21h, suivis demain de la Fanfare Pourpour et dimanche du chanteur folk-rock et reggae Delapage.
- L'ensemble vocal Les Voix ferrées sont en spectacle demain à 15h30.
- Les conteurs Bernard Grondin, Jocelyn Bérubé et Éric Michaud seront sur scène à 22h respectivement ce soir, demain et dimanche.
- Les soirées se terminent au cinéma avec des documentaires ou des fictions à 23h.
- Renseignements: www.atsa.qc.ca.
***
Collaborateur du Devoir
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

