Mulroney s'attire des sarcasmes
Mots clés : Gouvernement, Karlheinz Schreiber, Mulroney, Canada (Pays)
L'opposition se moque des besoins financiers de l'ex-premier ministre

Photo: Agence Reuters
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, avait le même ton sarcastique. «Disons qu'il a un niveau de vie qui est différent du mien!»
La sénatrice libérale Céline Hervieux-Payette, lieutenante du chef Stéphane Dion au Québec, s'est elle aussi payé la tête de l'ancien premier ministre. «Compte tenu de sa modeste famille et de sa modeste demeure, c'est pour cela qu'il avait besoin de cet argent. Si on visite la demeure de M. Mulroney, elle ressemble un peu à celle de Pauline Marois.»
Brian Mulroney semble s'être mis sur le mode «gestion de crise». Son fidèle collaborateur et porte-parole, Luc Lavoie, a accordé au moins deux entrevues à des journalistes mardi pour livrer un seul et même message: accepter 300 000 $ en argent comptant du mystérieux entremetteur Schreiber a été «une erreur colossale». «C'est la chose la plus sotte qu'il ait jamais faite», a déclaré M. Lavoie aux chaînes médiatiques CanWest et Sun (propriété de Quebecor, dont M. Lavoie est un des vice-présidents). L'ancien premier ministre le regrette, dit-il.
Besoin d'argent urgent
Toute l'affaire Mulroney-Schreiber trouve son origine dans ces trois fameux paiements de 100 000 $ chacun, effectués dans des hôtels de Montréal et de New York en 1993 et en 1994. À quoi devaient servir ces sommes? Apparemment, le premier ministre sortant avait accepté d'aider l'homme d'affaires dans ses tentatives d'implanter une usine d'équipements militaires et une chaîne de restaurants spécialisés dans les pâtes alimentaires. Et surtout, a fait valoir Luc Lavoie, M. Mulroney avait besoin d'argent.
M. Lavoie a expliqué que toutes les économies que Brian Mulroney avait pu faire avant 1983, moment de son entrée de plain-pied en politique, s'étaient évaporées par le temps qu'il la quitte, 10 ans plus tard. Son salaire de premier ministre n'était d'aucune façon comparable à celui qu'il touchait lorsqu'il a présidé Iron Ore, a-t-il insisté.
«Alors, lorsqu'il a quitté [la politique], il n'avait pas d'argent. Il était optimiste, il allait retourner à son ancien cabinet d'avocats, mais il y a une différence entre être optimiste et toucher un revenu, a dit M. Lavoie. Alors, l'homme était un peu, je ne dirais pas angoissé, mais inquiet à propos de l'avenir.»
Il rappelle que M. Mulroney avait, au moment de son départ, de jeunes enfants d'âge scolaire qui «s'attendaient au niveau de vie dont ils avaient joui avant son entrée en politique, ce qu'il leur avait probablement promis». «Alors, lorsqu'il a quitté la vie politique, il a dû aller chercher un gagne-pain.»
Certes, le salaire d'un premier ministre et celui de président d'Iron Ore ne sont pas identiques. Mais la différence était-elle si grande? Dans son livre On the Take, la journaliste Stevie Cameron raconte que la compagnie mère d'Iron Ore, Hanna Mining, n'a jamais déclaré pour ses cadres des rémunérations de plus de 400 000 $, bonus compris, entre 1978 et 1983, période où M. Mulroney a présidé Iron Ore. En 1984, le premier ministre du Canada touchait 130 830 $, était logé, nourri et disposait d'une voiture de fonction. Le salaire avait augmenté à 159 300 $ à son départ, en 1993.
Pas de vos oignons!
La question est aussi de savoir pourquoi M. Mulroney n'a pas déclaré immédiatement à Revenu Canada ce revenu de 300 000 $. Il y a quelques semaines, un intermédiaire avait fait valoir par lettre que, M. Mulroney étant engagé à l'époque dans des procédures légales pour diffamation contre le gouvernement canadien, il avait en quelque sorte oublié de déclarer ce revenu d'appoint. (Une version des faits qui fait fi de la chronologie, M. Mulroney ayant poursuivi Ottawa en 1995, soit presque deux ans après le versement des 300 000 $.) La version des faits a changé.
Selon Luc Lavoie, il s'agissait d'une «avance sur honoraires». «On ne paye pas d'impôt sur une avance d'honoraires avant que le travail ait été complété. C'est une zone grise.» En outre, M. Lavoie a dit que cet épisode est survenu après le départ de M. Mulroney de la vie publique. «Ce qu'il a fait à titre de citoyen privé, dans la mesure où c'est légal, ça ne regarde personne» («nobody's goddam business»).
En 1997, M. Mulroney a touché 2,1 millions de dollars du gouvernement canadien après qu'il l'eut poursuivi pour diffamation. Il reprochait au ministère de la Justice de l'avoir lié à une enquête sur le versement de pots-de-vin lors de la vente d'appareils Airbus à Air Canada. Ottawa ignorait tout à ce moment des 300 000 $ versés par Karlheinz Schreiber, visé par l'enquête Airbus. On sait que le ministère de la Justice a songé en 2006 à essayer de récupérer les 2,1 millions de dollars compte tenu des nouvelles révélations.
Genèse d'un paiement
Luc Lavoie a raconté de quelle manière s'était organisée la première rencontre entre MM. Mulroney et Schreiber en 1993, pendant laquelle la première tranche de 100 000 $ en liquide a été versée.
Fred Doucet, un collaborateur de M. Mulroney, lui a dit que l'homme d'affaires voulait le rencontrer. M. Mulroney vivait alors dans son chalet des Laurentides en attendant que se terminent les rénovations de leur nouvelle maison à Montréal.
L'ancien premier ministre était encore député et il a été escorté par la GRC jusqu'au Château Mirabel. M. Schreiber lui aurait dit qu'il le payerait 100 000 $ par année. «Puis, raconte M. Lavoie, il a sorti une enveloppe avec 100 000 $ et M. Mulroney a dit: "Qu'est-ce que c'est?" Il a répondu: "Je veux te payer en liquide." Alors M. Mulroney a posé quelques questions. "Pourquoi veux-tu faire cela en liquide?" Et il a dit: "Je suis un homme d'affaires international et c'est ainsi que je fonctionne. Je traite toujours en liquide." Et c'est pour cela que M. Mulroney admet aujourd'hui qu'il a commis une erreur colossale. Il n'aurait jamais dû accepter.»
Les députés à la Chambre des communes débattront aujourd'hui de la pertinence de convoquer en comité parlementaire M. Schreiber pour qu'il s'explique sur toute cette histoire avant qu'il ne soit expulsé vers l'Allemagne.
Vos réactions
ti pôvre - par michel galarneau (mhglrnu@gmail.com)
Le vendredi 23 novembre 2007 16:00
@ Patrick Fournier - par Gilles Bousquet
Le jeudi 22 novembre 2007 16:00
Non mais, je rêve...! - par Maurice Monette (monmau@globetrotter.net)
Le jeudi 22 novembre 2007 15:00
Et maintenant la maison de Jean Charest - par jacques noel
Le jeudi 22 novembre 2007 15:00
Et combien de plus - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le jeudi 22 novembre 2007 14:00
La misère des pauvres riches - par Patrick Fournier
Le jeudi 22 novembre 2007 12:00
Quand la vie vous rattrape - par Guy Lafond
Le jeudi 22 novembre 2007 11:00
Tout le contraire de l'histoire du petit poucet - par Gilles Bousquet
Le jeudi 22 novembre 2007 10:00
Habitué au liquide? - par Etienne Merven (emerven@sympatico.ca)
Le jeudi 22 novembre 2007 10:00
Les citoyens ne peuvent croire à l`histoire qu`on leur raconte - par Pierre-S Lefebvre
Le jeudi 22 novembre 2007 10:00
Des grands très petits - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le jeudi 22 novembre 2007 10:00
Proposition de réparation - par Daniel Francoeur
Le jeudi 22 novembre 2007 10:00

