Soupçons de financement illégal du RPR - Jacques Chirac est rattrapé par la justice

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Christian Rioux
Édition du jeudi 22 novembre 2007

Mots clés : Jacques Chirac, France (pays), RPR, Justice, Gouvernement

Le citoyen Chirac

Photo: Agence Reuters

Paris -- C'est une première dans la vie politique française, une sorte de petite révolution qui arrive sur le tard. L'ex-président Jacques Chirac a été mis en examen hier pour «détournements de fonds publics» dans le cadre de l'affaire des chargés de mission de la Ville de Paris.

Soupçonné depuis des années d'avoir été à la tête d'un système de financement illégal de son parti politique, le RPR, alors qu'il était maire de Paris, Jacques Chirac a été convoqué hier par la juge Xavière Simeoni, qui l'a aussitôt mis en examen. L'ex-président, qui jouissait encore de l'immunité présidentielle il y a quelques mois, se retrouve donc inculpé avec une vingtaine d'autres personnes accusées d'avoir été embauchées ou d'avoir engagé des personnes de façon illégale.

La nouvelle est tombée hier après-midi comme une petite bombe dans le milieu politique français, où les accusations de corruption entourant Jacques Chirac, les «affaires», comme on dit en France, défraient la manchette depuis plus d'une décennie. Il faut dire que les juges n'en étaient pas à leur première tentative. En mars 2001, une convocation du président, comme simple témoin, par le juge Éric Alphen s'était soldée par un échec. Le président s'était alors réfugié derrière son immunité, même si les faits qui lui étaient reprochés n'avaient aucun lien avec ses fonctions présidentielles.

Redevenu simple citoyen, Jacques Chirac avait été entendu comme témoin le 19 juillet dernier par le juge Alain Philibeaux dans une affaire semblable portant sur des emplois de complaisance du RPR. Détail qui n'est pas sans signification en France, en juillet, le juge s'était déplacé alors que, cette fois-ci, il a convoqué l'ancien président.

L'inculpation d'hier concerne une autre affaire: l'embauche par le cabinet du maire, entre 1983 et 1995, de chargés de mission fictifs qui n'auraient jamais travaillé pour la mairie. Vingt personnes sont visées, parmi lesquelles on trouve l'épouse de l'ancien ministre des Affaires étrangères Hervé de Charrette, celle de l'ancien maire de Dijon Robert Poujade ainsi que des employés qui auraient servi de chauffeur à un sénateur ou de garde du corps à l'ancien syndicaliste Marc Blondel. Celui-ci a d'ailleurs reconnu sa faute et remboursé le salaire versé par la mairie pendant dix ans.

Hier, la juge Simeoni a interrogé Jacques Chirac sur ses responsabilités à la mairie. Il devrait être interrogé à nouveau dans quelques mois sur les faits précis qui lui sont reprochés. Devant les témoignages accumulés pendant toutes ces années, l'ancien président a choisi de ne pas nier les faits. Dans une lettre publiée hier par le quotidien Le Monde, il dit avoir souhaité ou autorisé ces embauches parce qu'elles étaient «légitimes autant que nécessaires». Selon lui, ces chargés de mission ont travaillé à l'«éclairer sur des questions de fond» alors qu'il était en même temps maire de Paris, député de Corrèze, président du RPR et même premier ministre (de 1986 à 1988).

L'ancien président reconnaît que certaines de ces personnes ont été engagées pour leur «redonner une chance» alors qu'elles traversaient «une période difficile». L'essentiel, selon lui, est que «jamais il n'y a eu d'enrichissement personnel». Jacques Chirac nie de plus l'existence d'un «système». Les contrats des chargés de mission incriminés ont tous été signés par Jacques Chirac.

«C'est une sorte de... victoire posthume», a déclaré le député socialiste Arnaud Montebourg, qui avait proposé, il y a quelques années, de renvoyer le président devant la Haute Cour de justice, seule habilitée à juger les présidents français dans des circonstances exceptionnelles. «La justice aurait dû passer lorsque Jacques Chirac exerçait les responsabilités les plus élevées», dit Montebourg.

Plusieurs députés de la majorité ont exprimé leur soutien à leur ancien chef. Dans le gouvernement, la consigne semble être de ne pas commenter la mise en examen. Christine Albanel, ministre de la Culture et ancienne plume de Jacques Chirac, s'est tout de même dite «attristée». Le ministre de l'Éducation, Xavier Darcos, ajoute que «ça n'empêche pas l'amitié et la gratitude».

Autres affaires

L'ancien président n'est peut-être pas au bout de ses peines puisqu'il pourrait être relié à plusieurs autres affaires toujours pendantes. On pense à celle de la Société d'économie mixte parisienne de prestations (SEMPAP), soupçonnée d'avoir favorisé des entreprises dans l'attribution de marchés publics pour financer des partis politiques. En 2002, des témoins avaient dit avoir assisté à des remises de sommes en espèces directement dans le cabinet du maire. On pense aussi à l'affaire Euralair, une compagnie aérienne qui aurait permis aux Chirac de bénéficier de six vols gratuits entre juin 1998 et avril 1999, pour une valeur d'environ 60 000 $. Le nom de Jacques Chirac est aussi cité dans l'affaire Clearstream, où des juges enquêtent sur la fabrication de listes informatiques fictives destinées à nuire à des personnalités publiques, dont Nicolas Sarkozy.

Le président à la retraite devrait malgré tout continuer de siéger au Conseil constitutionnel, la plus haute autorité constitutionnelle française. Avant de quitter le pouvoir, il avait tenté en vain de proposer une réforme transformant les anciens présidents de la République en sénateurs à vie. Il aurait ainsi bénéficié d'une immunité à toute épreuve. À une autre époque, il avait qualifié toutes ces accusations d'«abracadabrantesques».

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Correspondant du Devoir à Paris


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Peu importe qui nous sommes, cela ne donne pas tous les droits. - par claire dufour (clairedufour5@sympatico.ca)
Le vendredi 23 novembre 2007 09:00

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