Vos réactions
Monsieur le cardinal, je salue votre courage
Voilà des lustres qu'une lettre pastorale n'avait éveillé tant de réactions, aussi bien du côté du fidèle que de ceux qui ont remisé leurs convictions religieuses dans les genizah de la laïcité. N'est-il pas surprenant qu'une demande de pardon éveille tant de passion ? Force est d'admettre que selon les thèmes abordés, la hache de guerre est enterrée, le tranchant tourné vers soi ou tourné vers l'autre!
La virulence des propos des opposants à l'enseignement religieux à l'école laisse croire que le temps n'a pas permis à l'herbe de repousser sur les sillons de leurs blessures. Qui pourrait être autorisé aujourd'hui à demander pardon aux premières nations de l'ensemble du Nouveau Monde pour le mal fait par les immigrants de tous bords? Nous nous drapons dans notre légitimité de 5 siècles de présence sur ce continent pour oublier volontiers que ces dits sauvages n'étaient ni alcooliques, ni vérolés avant que nous ne les ayons initiés à la culture occidentale!
Refuser au Primat de l'église canadienne le droit de demander pardon, c'est ignorer que le pardon est propre à ceux qui ont une conscience morale. Les lions ne demandent pas pardon aux gazelles qu'ils s'apprêtent à dévorer !
Bien qu'appartenant à une minorité religieuse protestante, j'ai passé mon enfance dans une école catholique romaine. Je n'y ai pas été endoctriné. Plus de cinquante ans après l'école primaire, je continue de dénoncer avec la même vigueur les excès de l'institution catholique sans pour autant renier mes racines catholiques. Certes, l'Église officielle a été, à la manière des amis de Job, très maladroite dans sa défense du christianisme, mais quel occidental ne serait pas reconnaissant à Charles Martel d'avoir arrêté les Arabes à Poitiers ? Sans ce rempart de la chrétienté contre l'Islam, vous et moi serions nés musulmans tout comme les 400 millions d'Européens! Et le Curé Labelle ne s'est pas fait le défenseur d'une religion-opium-du-peuple quand il s'écriait: 'L'émigration nous dévore. Nos ressources restent inertes dans les entrailles de la terre. Notre bois pourrit sur le sol. Allons-nous périr au milieu de l'abondance? Non, Messieurs! Pour développer notre pays, il nous faut des industries, il nous faut des chemins de fer.'
À la réflexion, on pourrait se demander si la source du quiproquo ne se trouverait pas dans la peur des gens d'église d'affirmer, à contre-courant du politiquement correct, que leur foi repose sur un impératif catégorique. À savoir la révélation biblique. Ce langage, l'église ne pourrait le retrouver que dans la mesure où elle ferait sienne la philosophie d'un certain Jésus-Christ qui inventa la notion de laïcité en déclarant : 'Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu'.
Défendre la laïcité, notion à laquelle je suis également profondément attaché, n'est-ce pas aussi respecter l'engagement de fidélité d'un homme à son église lorsqu'il parle de pardon? Notre société laïque a désespérément besoin aujourd'hui du pardon. Qu'elle ne croit plus pouvoir le trouver dans un confessionnal mais plutôt dans le confortable divan d'un psychothérapeute ne change rien à la problématique. Répondre aux excuses par la haine c'est oublier l'accueil et le respect de l'autre même si on ne croit pas à sa manière.
José Elysée.
