Opinion
Solidaires des prisonniers politiques mapuches
Mots clés : mapuches, Autochtone, Justice, Chili (Pays), Canada (Pays)
Tout au long de ses multiples tournées européennes et nord-américaines, la présidente du Chili, Michelle Bachelet, a l'habitude de présenter son pays comme le leader de la démocratie en Amérique latine. À Genève, en juin dernier, elle rappelait sa détention dans la prison clandestine de la Villa Grimaldi pendant la dictature devant une assemblée du Conseil des droits de l'homme de l'ONU manifestement émue par son discours.
Terroristes
C'est en tant que «terroristes» que sont aujourd'hui condamnés à dix ans de prison, assortis de plusieurs centaines de milliers de dollars d'amende, ces hommes et ces femmes mapuches, accusés d'avoir provoqué l'incendie de quelques dizaines d'hectares de terres qui faisaient jadis partie du vaste territoire d'où ont été chassés leurs ancêtres et dont le général Pinochet a parachevé le dépeçage en distribuant ce qui en restait à ses proches amis de la junte militaire. Latifundistes et industries forestières ont prospéré, certains jusqu'à se hisser au fameux classement Forbes des grandes fortunes de la planète, pendant qu'on confinait par la force les Mapuches dans des réserves bien trop exiguës pour qu'ils puissent y survivre.
Les lois spéciales par lesquelles on entend aujourd'hui neutraliser ces dangereux «terroristes mapuches» furent adoptées et utilisées par le régime Pinochet pour réprimer l'opposition à la junte. Aujourd'hui encore, elles sont les plus terribles de l'arsenal juridique chilien. De façon très paradoxale, ces lois dictatoriales ont été modifiées par les gouvernements d'après la dictature pour en renforcer l'application, notamment en incorporant des délits communs tels que «l'incendie ou la menace terroriste», figurant pourtant déjà dans le Code pénal.
Dans son rapport sur le Chili de mars 2007, le Comité des droits de l'homme des Nations unies souligne sa préoccupation au sujet des accusations de terrorisme contre des Mapuches «pour des actes de protestation ou de revendication sociale ayant trait à la défense de leurs droits sur leurs terres».
Il rappelle également que l'application de ces lois limite les garanties d'une procédure régulière dans ces affaires impliquant des Mapuches, notamment par le recours à des témoins «sans visage» comparaissant anonymement au tribunal derrière des paravents et parlant à travers des micros distordant leurs voix, ce qui contrevient par ailleurs fondamentalement au Pacte international des droits civils et politiques et à la Convention américaine des droits de l'homme, ratifiés par le Chili.
À deux reprises, la Cour suprême du Chili est intervenue pour révoquer des jugements dans lesquels des Mapuches avaient été acquittés par les juges. Voyant leurs garanties de procédure ainsi violées, plusieurs dizaines de Mapuches accusés d'«association illicite terroriste» ont décidé de ne pas comparaître devant les tribunaux et se sont trouvés contraints d'opter pour la clandestinité.
Contradictions
Malgré ses discours sur la démocratie retrouvée, Michelle Bachelet peine à cacher à la communauté internationale la violence de la répression à l'encontre des Mapuches, devenue systématique au cours de son mandat et qui rappelle étrangement le climat des années noires de la dictature. De nombreuses organisations internationales de défense des droits de la personne (parmi lesquelles Human Rights Watch et la Fédération internationale des droits de la personne) ont récemment dénoncé la disproportion des actions policières menées dans les communautés mapuches: hélicoptères, véhicules blindés, des centaines d'hommes des «forces spéciales» pour effectuer des perquisitions dans les habitations traditionnelles faites de terre et de bois, bombes lacrymogènes et armes de guerre au poing. Enfants blessés par balle, personnes âgées rouées de coups, hommes et femmes agressés, battus sous des insultes racistes, habitations détruites et confiscations de biens sont monnaie courante. Rien n'arrête les «forces de l'ordre» dans leur quête obsessionnelle des «activistes» mapuches clandestins.
Soucieuse de son image à l'étranger et soumise à la pression croissante des manifestations dans son pays, la présidente s'est engagée l'an dernier à ne plus invoquer à l'avenir les lois «antiterroristes» dans des procès liés à des demandes de terres lorsqu'il s'agit de délits communs.
Mais de façon très contradictoire, le gouvernement de Michelle Bachelet continue de se livrer à une criminalisation croissante des demandes sociales mapuches en utilisant quotidiennement la force publique pour les réprimer sur le terrain. Les nombreux abus policiers commis à l'encontre des Mapuches et dénoncés par les organisations de défense des droits de la personne demeurent impunis par le gouvernement.
Dans le même ordre d'idées, bien qu'elle ait soutenu la récente Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, elle propose un vague projet de reconnaissance constitutionnelle pour les peuples autochtones du Chili qui reste très en deçà des standards internationaux en la matière.
Grève de la faim
Pour faire valoir les droits que le Chili refuse à leur peuple, Patricia Troncoso Robles, José Huenchunao Mariñan, Jaime Marileo Saravia, Héctor Llaitul Carillanca et Juan Millalén Milla, actuellement emprisonnés à Angol, n'ont pas eu d'autre recours que de cesser de s'alimenter depuis le 10 octobre dernier. Le 15 octobre se sont joints à eux dans cette grève de la faim Ivan Llanquileo, dirigeant de la communauté Millahual de Contulmo, incarcéré dans la prison de Concepción, ainsi que Waikilaf Cadin, incarcéré dans la prison de haute sécurité de Santiago.
Ils demandent la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques mapuches, la fin de la répression et la démilitarisation des communautés mapuches qui luttent pour leurs droits politiques et territoriaux.
Amnesty International et l'Organisation mondiale contre la torture ont manifesté «leur préoccupation quant aux conditions de santé et aux effets sur l'intégrité physique et psychologique des grévistes de la faim mapuches». Ces deux organisations mentionnent pour ces cas «l'application d'une politique pénale disproportionnée».
Depuis Genève, Rodolfo Stavenhagen, rapporteur spécial des Nations unies pour les droits des peuples autochtones, a incité le gouvernement chilien «à mettre en oeuvre tous les moyens en son pouvoir pour arriver à un accord permettant de sortir de la crise posée par les prisonniers mapuches», suggérant «l'amnistie pour les défenseurs des droits autochtones condamnés par les lois antiterroristes». De nombreux intellectuels, dont Noam Chomsky et le Prix Nobel de littérature José Saramago, ont interpellé Michelle Bachelet sur la question mapuche. Jusqu'à aujourd'hui, rien n'y a fait.
En ce mois de novembre 2007, le peuple mapuche souligne les cinq ans de l'assassinat d'Alex Lemún, jeune Mapuche de 17 ans abattu d'une balle dans la tête par la police chilienne alors qu'il participait à l'occupation pacifique de terres ancestrales. Alex est une des victimes de cette transition démocratique inachevée qui, ces dernières années, s'est entachée du sang et des souffrances des familles qui osent se lever pour réclamer leurs droits. Le policier qui a tiré ce coup de feu n'a jamais été jugé ni même sanctionné. Il a été promu au grade de major.
Libération demandée
Nous espérons que le Chili «démocratique» de Michelle Bachelet ne se rendra pas responsable d'une nouvelle mort en restant sourd aux revendications des prisonniers politiques qui mènent une grève de la faim dans ses prisons.
Pour cette raison, nous lui demandons de libérer tous les prisonniers politiques mapuches et de mettre fin à la criminalisation des revendications sociales et politiques mapuches.
Nous nous adressons également au gouvernement du Canada qui, par la voix de son ministre des Affaires indiennes, déclarait récemment dans les pages de ce journal que «la situation des peuples autochtones partout dans le monde justifie la prise de mesures internationales concertées et concrètes». Nous lui demandons d'assumer ses propos et d'interpeller le gouvernement du Chili à ce sujet.
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Ont signé ce texte: Françoise David, porte-parole de Québec solidaire; Richard Desjardins, artiste; Henri Jacob, président de l'Action boréale; Serge Mongeau, écrivain;
Roméo Saganash, Grand Conseil des Cris; Daniel Turp, député péquiste de Mercier; Alexis Wawanoloath, député péquiste d'Abitibi-Est.
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Nous invitons enfin toutes les personnes qui veulent se joindre à cet appel à visiter le site Internet suivant (http://acsppm.blogspot.com), où ils pourront signer la pétition en ligne.

