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Un article qui remonte è nov 2006 paru dans le Diffuseur, bulletin de l'AGPI, association des gestionnaires de parcs immobiliers institutionnels
Devant des prévisions budgétaires à la hausse pour la construction des deux hôpitaux le Gouvernement envisage le recours à un Partenariat Public-Privé (PPP). Soit dit en passant sur ces « prévisions », il ne se trouve pas un gestionnaire sérieux pour douter un instant que le budget initial ait été « tiré en l'air » pour des fins politiques laissant maintenant la patate chaude aux administrateurs. Mais revenons aux PPP. L'argument principal des tenants de cette formule c'est qu'elle permettrait de construire moins cher et dans les délais. Je pense qu'il s'agit là d'une affirmation dogmatique. Tout au long de ma carrière, j'ai pu observer qu'une très grande majorité de constructions d'immeubles institutionnels s'était réalisée dans le respect des délais et des échéanciers et ce, selon la méthode conventionnelle : des plans et devis précis servant à obtenir des soumissions de la part d'entrepreneurs, un octroi au plus bas soumissionnaire et une surveillance rigoureuse de la conformité des travaux (en fait âpre lutte contre les entrepreneurs!). Si vous voulez des preuves regardez les offres de services des architectes et des ingénieurs qui tombent sur vos bureaux : tous mettent un point d'honneur à mentionner leur excellente performance sur cette double question des échéancier et des budgets. Tous les jours, nombre de gestionnaires institutionnels relèvent ce même défit. Regardez les 32 000 m2 des pavillons Lassonde de l'école polytechnique que Michel Rose a supervisé : dans les temps et dans les budgets! En plus ils se sont vus décerner la certification LEED « or » du U.S. Green Building Council pour l'approche en développement durable. (Voir « Le diffuseur » de mars 2006 p.6).
Les coûts donc! Est-il raisonnable de penser que l'on obtiendra, grâce à un PPP, la même qualité à un prix moindre? Le milieu institutionnel du Québec a, à son emploi, un grand nombre de gestionnaires capables de gérer une construction bien mieux que n'importe quel entrepreneur ou firme de génie conseil. Pourquoi? Parce que ces fonctionnaires ont aussi le mandat quotidien d'entretenir au moindre coût ces constructions dont la pérennité dépasse de loin celles du secteur privé. Ils ne construisent donc pas nécessairement pour une économie immédiate mais pour un coût global (investissement plus coût de maintenance) minimal. Quand les tenants des PPP avancent que l'entreprise ne pourra sacrifier sur la qualité du projet car elle sera responsable de son entretien pendant 25 ans avant de rétrocéder l'ouvrage au gouvernement, je rigole! Le premier propriétaire venu sait que les grosses réparations surviennent après 20 ou 25 ans. C'est le Gouvernement qui va donc en hériter. Et à propos des coûts d'entretien, je voudrais ici relever l'insulte que nous aurait faite Madame Louise Jérome-Forget, présidente du Conseil du Trésor en tenant des propos peu élogieux sur la capacité des gestionnaires du Québec de prendre soin de leur patrimoine, comparativement aux firmes privées qui s'en tire si bien comme en témoigne la place Ville-marie! Comme l'ignorance à la mépris facile! Sait-elle Mme Jérome-Forget que pour entretenir ce patrimoine nous disposons de moins d'argent que pour entretenir un bungalow? Sais-elle par contre à combien revient l'entretien de la Place Ville-Marie? Quand on veut tuer son chien...
Le seul argument que je pourrais retenir est le fait qu'en faisant financer les travaux par un tiers, la dette n'apparaît pas dans les comptes du Gouvernement... mais pour les contribuables c'est, au mieux, du pareil au même, et au pire, un coût supplémentaire si on considère la différence des taux d'emprunt entre le public et le privé.
Autre argument : Les PPP permettent de faire assumer les principaux risques par des partenaires privés. Selon Christian Rouillard, professeur agrégé à l'école d'études politique de l'Université d'Ottawa, il n'en est rien : les risques sont scrupuleusement évalués et facturés à l'État. Les britanniques, qu'on donne volontiers en exemple et qui ont largement eu recours à cette formule commenceraient à déchanter. On lira avec intérêt l'article sur la question de Christian Rioux dans Le Devoir des 6 et 7 mai 2006 intitulé « Les britanniques déçus par le PPP ».
Au moment où j'écris ces lignes, l'agence des PPP que le Gouvernement actuel a créée, a le mandat de faire la preuve que ce recours sera bénéfique en comparer les avantages d'une construction en PPP par rapport à une construction conventionnelle. Pour moi ça sent un peu trop le conflit d'intérêt, mais les paris sont ouverts!
Pour en finir avec cette question pour laquelle les dogmes ont la vie dure, j'ai une suggestion : construire le CHUM de façon conventionnelle et le CUSM en PPP. Dans 4 ans on verra qui a relevé le défi des délais et dans 25 ans ont fera un audit de vétusté permettant le bilan des coûts globaux associés à ces types de gestion... et mes petits-enfants en sauront plus que leur grand-père...
Pierre Gastaldy, ing.
