Les millions pleuvent sur les omnipraticiens

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du mardi 20 novembre 2007

Mots clés : omnipraticiens, revenus, Philippe Couillard, Médecin, Québec (province)

La hausse de revenus annoncée hier pourrait atteindre 30% d'ici 2016

Sur papier, les médecins omnipraticiens ont obtenu hier un important redressement salarial de 19,3 % d'ici 2016. Mais ces dollars sonnants et trébuchants ne viennent pas seuls. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a en effet prévu une série de mesures financières incitatives qui permettront à ceux qui désirent en profiter de porter leur augmentation de salaire à un imposant niveau de 30 %. Tout cela, sans augmenter leur charge de travail, a réitéré hier le Dr Renald Dutil, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), visiblement ravi d'avoir franchi «un pas aussi important».

Concrètement, cette entente ne vise pas seulement à réduire l'écart de salaire qui s'est creusé entre les médecins québécois et ceux du reste du Canada. Elle cherche d'abord à améliorer l'accès aux services offerts par les médecins de famille, a répété Philippe Couillard, qui parle d'une «entente historique». En tout, 25 mesures, pour la plupart assorties de primes, seront mises en place. Des mesures concrètes, simples, qui ont fait leurs preuves. «Ce ne sont pas des mesures en l'air. [...] On ne propose pas un laboratoire, mais des mesures qui, on le sait, ont eu des impacts importants, notamment en Ontario», a dit le ministre.

La formule tout en souplesse choisie par Québec plaît beaucoup au président de la FMOQ. «Cette entente repose d'abord sur des incitatifs et non sur des contraintes, et cela nous réjouit. [...] D'autant qu'une large majorité de nos membres pourront en profiter», a commenté le Dr Renald Dutil lors d'un point de presse tenu conjointement avec le ministre Couillard. Bien sûr, il s'agit là des fruits d'une négociation serrée qui aura duré plusieurs mois. Quelques demandes ont d'ailleurs dû être abandonnées en chemin, à l'invitation du médiateur. Mais, globalement, il s'agit d'une «très bonne entente», pour les omnipraticiens comme pour la population québécoise, a répété le Dr Dutil.

Ce plan ne permettra toutefois pas de gonfler les effectifs des omnipraticiens qui accusent une pénurie évaluée présentement à 800. Et ceux qui travaillent déjà ne seront pas appelés à mettre les bouchées doubles non plus. Les changements qui s'opéreront seront plutôt organisationnels et structuraux, sinon carrément financiers. «Nous n'allons pas demander à nos membres d'augmenter leur charge de travail, mais de recentrer leur pratique vers le suivi et la prise en charge. En somme, nous leur proposons un retour au modèle de la pratique de la médecine familiale», a résumé le président de la FMOQ.

Pour chaque geste fait en ce sens, des incitatifs financiers pourront être versés directement aux médecins participants. Par exemple, un médecin de famille sera rémunéré en surplus pour inscrire sa clientèle. Ce montant sera doublé lorsqu'il acceptera de nouveaux patients. L'inscription se fera sur une base optionnelle, sans égard au lieu de résidence des patients. Les incitatifs financiers seront quant à eux modulés selon l'âge. Un prime sera également versée aux médecins qui s'arrangeront pour recevoir un patient dans un délai de 72 heures, une mesure qui s'appliquera toutefois en priorité aux clientèles vulnérables.

Une nouvelle créature administrative fera également son apparition, soient les réseaux locaux de services médicaux de première ligne. Ceux-ci permettront à des médecins pratiquant dans des cabinets comme dans des groupes de médecine familiale (GMF) ou des CLSC de s'entraider. Ils pourront par exemple se partager les plages horaires défavorables ou encore améliorer la prise en charge des clientèles vulnérables en se répartissant mieux la tâche. Cela leur donnera également droit à des incitatifs financiers qui restent à déterminer.

Long terme

Présentement, Québec estime que 25 % des Québécois de plus de 12 ans n'ont pas de médecins de famille. Cela fait beaucoup de monde à accueillir pour des omnipraticiens déjà surchargés. Les médecins ont-ils vraiment les moyens d'ajouter de nouveaux patients à leur clientèle? Absolument, a affirmé hier le Dr Dutil. «J'entends souvent moi aussi [que les médecins n'acceptent plus de nouveaux patients]. Or ce ne sont pas tous les médecins de famille qui sont dans cette situation. Il y a encore de la place, je peux vous l'assurer.»

Chose certaine, il y aura encore des Québécois sans médecins de famille en 2016, et ce, même si tous les omnipraticiens décident de jouer à fond la carte des incitatifs financiers. «L'objectif, à terme, c'est que tous les Québécois qui se cherchent un médecin de famille en aient. On n'y arrivera pas tout de suite. Compte tenu du nombre de médecins [que l'on a], on va commencer par cibler les gens qui ont un besoin prioritaire de médecin de famille», a convenu le ministre Couillard.

Pour que le plan fonctionne, tous les intervenants de la première ligne devront toutefois mettre la main à la pâte, a prévenu le Dr Dutil. «Nous ne pourrons pas seuls assumer [la réorganisation]. Les CSSS devront y mettre du leur. Nous devrons aussi pouvoir compter sur l'intégration d'autres professionnels de la santé comme les infirmières, ce que nous expérimentons déjà avec succès dans nos GMF.»

Au total, 293,2 millions iront directement dans les poches des médecins de famille et 148,3 millions seront versés dans une enveloppe séparée destinée à la révision de l'organisation des soins au moyen d'incitatifs structuraux et financiers. De plus, une somme de 10 millions servira à expérimenter de nouveaux modèles de services médicaux de première ligne. En tout, l'enveloppe globale de rémunération des omnipraticiens grossira donc de 451,5 millions d'ici 2016. Et elle pourrait encore se bonifier puisque certaines clauses devront être renégociées dès 2010.

Tous ces montants ont été fixés au cours de la médiation. La portion rattrapage a été évaluée à partir d'un écart brut de rémunération fixé à 45 % par la FMOQ. À cet écart brut, deux grands facteurs de pondération ont été appliqués, soit le coût de la vie au Québec et les heures travaillées par les omnipraticiens québécois par rapport à la moyenne canadienne. Mais même à 30 % avec tous les incitatifs fiscaux prévus par Québec, la parité avec les autres provinces n'est pas assurée, a admis le Dr Dutil. «Les autres [provinces] aussi sont en négociation, on ne peut pas présumer de ce que seront leurs salaires en 2016. Mais je peux vous assurer qu'on ne permettra plus qu'un pareil écart s'installe.»


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