La course du PLC: note salée pour l'État
Mots clés : Communication, factures de téléphone, Parti libéral du Canada, Canada (Pays)
À lui seul, Stéphane Dion a facturé 20 000 $ d'appels téléphoniques
Ottawa -- Les ex-candidats au leadership libéral fédéral ont visiblement mené une partie de leur campagne aux frais de la reine. Les Dion, Ignatieff, Volpe et Bevilacqua ainsi que des députés pro-Kennedy se sont fait rembourser par la Chambre des communes des factures de téléphone cellulaire exceptionnellement élevées en 2006, alors que la course à la direction du Parti libéral du Canada battait son plein. C'est du moins ce qui ressort des chiffres tirés des Comptes publics du Canada 2006-07 et décortiqués au cours des derniers jours par Le Devoir.Cette juteuse facture téléphonique ne peut pas s'expliquer par l'accession le 2 décembre 2006, soit trois mois avant la fin de l'année fiscale, de M. Dion au poste de chef de l'opposition officielle. Cette fonction s'accompagne certes de responsabilités plus lourdes, mais la Chambre des communes verse justement à tout chef de parti d'opposition une somme distincte pour faire fonctionner son équipe et un «nombre raisonnable» d'appareils sans fil. À titre d'exemple, lorsqu'il était le chef de l'opposition officielle en 2004-05, Stephen Harper ne s'était fait rembourser à titre de député que... 40 $ de frais de téléphonie. Cette année, le député bloquiste Gilles Duceppe a conversé pour 7604 $ et le député néo-démocrate Jack Layton, pour 14 515 $.
Les 308 députés de la Chambre des communes, toutes allégeances confondues, se sont chacun fait rembourser en moyenne 11 000 $ en 2006-07 pour leurs frais de télécommunications. Des huit députés libéraux qui se sont portés candidats à un moment ou un autre de la course à la direction, un seul -- Ken Dryden -- a dépensé un peu moins que cette moyenne. Tous les autres l'ont dépassée, très largement dans la plupart des cas.
Michael Ignatieff, arrivé second dans la course à la direction libérale, s'est fait rembourser par l'État 18 000 $ en 2006-07. Dans son cas, la comparaison avec l'année précédente (1486 $) est moins signifiante puisqu'il n'avait été député que deux mois cette année-là.
L'histoire se répète avec les candidats plus obscurs du très populaire leadership libéral. Joe Volpe, arrivé sixième dans la course, a dépensé 26 000 $ en frais téléphoniques. Ce sont 6000 $ de plus que l'année précédente. Maurizio Bevilacqua, qui avait jeté l'éponge à mi-parcours à la faveur de Bob Rae, s'est fait rembourser lui aussi un peu plus de 20 000 $ (contre 14 974 $ en 2005-06). Quant à Carolyn Bennett, démissionnaire également, elle a subitement accru l'utilisation de ses appareils de télécommunication. Si sa facture reste dans la moyenne nationale (11 883 $), elle a quand même doublé en un an.
Même scénario pour les députés d'arrière-banc Boris Wrzesnewskyj, Mario Silva et, dans une moindre mesure, Gurbax Malhi qui ont tous appuyé la candidature de l'Ontarien Gerard Kennedy dès le début de la course. Dans le cas des deux premiers, leur facture de téléphone, toujours payée par les contribuables, a doublé. À un point tel qu'ils arrivent respectivement quatrième et cinquième au classement des députés ayant le plus dépensé au chapitre des communications sans fil. M. Malhi quant à lui a dépensé près de 16 000 $, soit 5000 $ de plus que l'année précédente.
En fait, de manière générale, les oreilles des députés libéraux fédéraux ont dû surchauffer. En effectuant un classement des élus selon les remboursements qu'ils ont touchés pour leurs outils de transmission de la voix et de données, on constate qu'ils y sont surreprésentés. Des dix députés ayant obtenu un remboursement de plus de 20 000 $ en 2006-07, sept étaient libéraux, deux étaient conservateurs et un seul était bloquiste. Les libéraux détiennent le tiers des sièges à la Chambre des communes.
La palme du plus grand bavard revient, et de loin, au Montréalais Irwin Cotler (Mont-Royal), avec la coquette somme de 38 642 $. Il s'agit d'une facture neuf fois plus élevée que lors de l'exercice financier précédent. M. Cotler explique qu'à titre d'expert international sur les questions de droit de la personne, il est appelé à se rendre un peu partout sur le globe et que les appels (faits et reçus) sont alors très, très coûteux. «Lorsque je suis allé à l'ONU à Genève, ça coûtait 30 $ chaque appel. Il suffit que j'en reçoive cinq et voilà ma facture qui grimpe à 150 $!»
M. Cotler ajoute que la comparaison avec l'année précédente est trompeuse, car il était à ce moment ministre. Sa facture, selon lui, était alors artificiellement basse parce que ses dépenses de télécommunications étaient inscrites à un poste budgétaire différent. Six des députés s'étant portés candidats, dont Stéphane Dion, étaient aussi ministres l'année précédente. L'entourage de M. Dion n'a pas été en mesure hier d'offrir une explication pour sa facture élevée.
La député libérale Ruby Dhalla (qui avait aussi songé à se lancer dans la course au leadership) est arrivée seconde au classement général avec une facture de téléphonie de 26 558 $. Joe Volpe s'est classé troisième.
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