Îles de Boucherville - Adieu condos sur l'île Charron

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Alexandre Shields
Édition du lundi 19 novembre 2007

Mots clés : Line Beauchamp, île Charron, Îles de Boucherville, Gouvernement, Québec (province), Montréal

Québec bloque un vaste projet immobilier

Québec vient de franchir une première étape en vue de la protection de 20 hectares de terrain sur l'île Charron en imposant une «mise en réserve» sur cette zone boisée pour la rattacher au Parc national des Îles-de-Boucherville. Le gouvernement se donne maintenant un maximum de quatre ans pour s'entendre avec le propriétaire du terrain, qui souhaite implanter un projet immobilier de grande envergure et qui vient de le vendre pour 130 millions. Il y a un an, il l'avait payé 6 millions.

En faisant ce geste, les libéraux mettent un frein à tout développement sur cette zone boisée, située entre le Parc national des Îles-de-Boucherville et l'autoroute 20. L'entreprise Investissement Luc Poirier souhaite y bâtir environ 2500 unités d'habitation, mais aussi plusieurs commerces de proximité.

Québec semble toutefois décidé à tout mettre en oeuvre pour barrer la route au projet, qui serait implanté à la lisière du seul parc national de l'archipel du Grand Montréal. «Le Parc national des Îles-de-Boucherville est un territoire en pleine ville ayant une grande valeur environnementale, et je suis très heureuse d'annoncer que le gouvernement du Québec met en avant les actions nécessaires pour en assurer la protection et la mise en valeur, pour le bénéfice des générations actuelles et futures», a d'ailleurs fait valoir la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp.

La mise en réserve décrétée est valable pour deux ans et est renouvelable une seule fois. Donc, au bout de quatre ans, si aucune entente n'est intervenue entre le gouvernement et le promoteur, les terrains seraient vraisemblablement expropriés. «Pourquoi faire la mise en réserve? Ça évite qu'il y ait des travaux sur le terrain, une transformation du terrain ou le début du projet immobilier, a aussi expliqué Mme Beauchamp. Ça évite également que nous assistions à des changements de zonage. On peut dire que la situation fait en sorte que, pendant au moins les deux prochaines années, le terrain que nous visons ne peut pas être modifié en aucune façon.»

On compte donc assurer la protection de l'île Charron, qui sert d'abri faunique, mais aussi «éviter les conséquences dommageables d'une augmentation soudaine de la population sur le site si un projet de développement domiciliaire y était construit». C'est dans le petit boisé convoité que les cerfs de Virginie se tiennent parce qu'ils y trouvent couvert et nourriture. Une grande portion de ce terrain est occupée par une forêt dominée par des peupliers à feuilles deltoïdes. On y trouve aussi des frênes rouges, des ormes d'Amérique et des saules noirs.

De plus, selon la ministre, de nouvelles infrastructures routières, ainsi que l'augmentation de la population dans le secteur et de la circulation automobile, «ajouteraient encore plus de pression sur une région aux prises avec des problèmes fréquents de routes engorgées, ce qui risquerait de nuire au parc national à proximité». Un tel projet amènerait avec lui 6000 à 8000 nouveaux résidants dans le secteur.

Terrain vendu

Ce que Québec n'avait pas prévu et qui pourrait compliquer les choses, c'est que le promoteur Luc Poirier, qui avait acheté le terrain six millions de dollars au Mouvement Desjardins il y a environ un an, l'a vendu la semaine dernière au Groupe Cholette pour la rondelette somme de 130 millions. Malgré le fait que le terrain deviendra la propriété du Groupe Cholette, M. Poirier demeurera associé à la réalisation du projet qu'il a lui-même lancé et se dit convaincu de pouvoir le réaliser.

«Il est évident que la mise en réserve retarde notre projet, mais je demeure confiant que nous pourrons le réaliser», a-t-il affirmé. Il estime aussi que la mise en réserve n'influe aucunement sur la transaction. «C'est un scénario que nous avions envisagé et qui ne change pas la valeur du terrain», a expliqué Luc Poirier, indiquant que cette transaction se veut l'aboutissement de discussions entreprises avec différents acquéreurs potentiels depuis déjà plusieurs mois.

Selon lui, «le scénario d'expropriation comporte de faibles chances de se réaliser», en raison des coûts élevés associés à l'acquisition et à l'aménagement de l'île Charron. Il estime aussi qu'il en coûterait cinq millions de dollars pour décontaminer le site, qui compterait de nombreux débris de construction.

«Dépenser plus de 130 millions pour un terrain dont la superficie équivaut environ à la moitié du parc La Fontaine, c'est déjà très cher. Or, l'intention de la ministre est d'acquérir ce terrain et de le garder dans son état actuel, sans procéder à la décontamination. Depuis les quatre dernières années, le prix des terrains en situation de "bord de l'eau navigable" a doublé; quelle sera la valeur de ce terrain dans deux ans, voire dans quatre ans si l'on impose une deuxième réserve?», s'est interrogé Luc Poirier. Il croit que Québec pourrait devoir débourser un montant dépassant largement les 130 millions pour s'en porter acquéreur.

De plus, le promoteur a soutenu que la ministre de l'Environnement et du Développement durable avait toujours refusé, depuis le début juin, de rencontrer son équipe pour connaître les détails du projet.

Pour prouver sa bonne foi, il s'est dit confiant d'obtenir la prestigieuse certification environnementale Leadership in Energy and Environmental Design. Pour ce faire, M. Poirier souhaiterait miser sur une grande densification, donc construire en hauteur. Or le règlement municipal de Longueuil ne permet pas de construire des bâtiments de plus de quatre étages dans ce secteur. Le promoteur compte cependant demander un changement de zonage pour pouvoir aller de l'avant.

M. Poirier désire aussi implanter plusieurs commerces de proximité, comme une épicerie, des dépanneurs ou des salons de coiffure, afin que les résidants évitent d'utiliser leur voiture. Un réseau de pistes cyclables est également prévu et l'on espère inclure le secteur dans le réseau de transports en commun de Longueuil.

«Nous pouvions commencer à construire dès l'été passé, mais ce n'aurait pas été un projet de la qualité de celui que nous sommes en train d'élaborer. Il est tout de même ironique que ce soit la ministre du Développement durable qui l'immobilise sans avoir pris la peine de nous rencontrer. L'avenir réside dans des projets verts, et cela demeure l'axe de développement que j'entends privilégier; j'y ai toujours cru et j'y crois encore», a-t-il conclu.

Soulagement

Les groupes écologistes ont quant à eux réagi positivement à l'annonce de la ministre Beauchamp. Nature Québec, le Conseil régional de l'environnement de Montréal et le Conseil régional de l'environnement de la Montérégie ont poussé un soupir de soulagement à l'annonce de la mise en réserve. Jean Hubert, responsable de la Commission aires protégées de Nature Québec, estime que cette décision ouvre la voie à une consolidation de la protection de l'ensemble de l'écosystème de l'archipel des Îles-de-Boucherville, y compris l'île Charron, «reconnaissant ainsi la position stratégique unique de cette aire naturelle dans le fleuve Saint-Laurent à proximité de Montréal et de la Rive Sud».

Pour André Porlier, directeur général du CRE-Montréal, «le gouvernement du Québec doit maintenant régler le dossier de l'île Charron une fois pour toutes en procédant rapidement à l'acquisition, par une entente de gré à gré ou par une expropriation, du terrain pour le verser au Parc national des Îles-de-Boucherville».

Les députés péquistes Marie Malavoy et Camil Bouchard, présents hier matin, ont aussi salué la décision de la ministre. Il faut se rappeler qu'une pétition de 20 000 signatures réclamant la protection de l'île Charron avait été déposée en octobre à l'Assemblée nationale par trois députés, issus respectivement du Parti libéral, de l'Action démocratique du Québec et du Parti québécois.

Par ailleurs, le maire de Longueuil devrait réagir officiellement aujourd'hui à cette annonce, mais il semblerait qu'il soit furieux de la décision de Québec. Il n'aurait jamais été consulté par le gouvernement et risque bien de voir disparaître d'importants revenus.


Vos réactions


2100% en 1 an... - par David Hamel
Le mardi 20 novembre 2007 09:00

un gouvernement sans gouvernail - par Jacques Brown
Le lundi 19 novembre 2007 20:00

L'environnement : demi-tour à droite, demi-tour à gauche et swinguer votre compagnie - par Gilles Bousquet
Le lundi 19 novembre 2007 15:00

Maintenant les îles du parc de la rivière des Mille-îles - par Guillaume Mercier
Le lundi 19 novembre 2007 14:00

Négociation de bonne foi ou expropriation pure et simple! - par Pierre François Gagnon
Le lundi 19 novembre 2007 14:00

130 millions? Pourquoi payer? - par Eric Allard
Le lundi 19 novembre 2007 13:00

Grosse inflation galopante - par Gilles Bousquet
Le lundi 19 novembre 2007 07:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com