Élections - Compte à rebours vers un Kosovo indépendant

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Libération , AFP
Édition du lundi 19 novembre 2007

Mots clés : Hashim Thaci, indépendance, Kosovo, Élection, Serbie (pays)

Les Kosovars choisissent Hashim Thaci, un ex-guérillero

Un homme se tient devant un graffiti peint dans la ville divisée de Mitrovica.

Photo: Agence Reuters

Les Kosovars albanais, impatients d'obtenir rapidement l'indépendance, ont donné samedi leurs suffrages à un ex-chef de la guérilla séparatiste pour les y conduire à la veille de négociations cruciales avec Belgrade.

Le compte à rebours vers un Kosovo indépendant est donc relancé. «Nous proclamerons l'indépendance immédiatement après le 10 décembre» a lancé samedi au soir de sa victoire électorale Hashim Thaci. Crédité de 35 % des voix pour son parti le PDK (Parti Démocratique du Kosovo), l'ancien chef de la guérilla albanaise évoquait devant ses partisans la date butoir fixée par l'ONU pour un accord négocié avec Belgrade sur le statut définitif de cette province du sud de la Serbie peuplée en écrasante majorité d'albanais de souche. Or les chances d'un compromis lors de ce nouveau «round» de discussions sont quasi nulles.

Las de huit ans de protectorat international, les représentants des quelque 1,8 million d'Albanais kosovars menacent de mettre la communauté internationale devant le fait accompli en proclamant unilatéralement leur indépendance au Parlement. Ce rêve d'un Kosovo souverain et reconnu comme État fait tellement l'unanimité parmi eux que cela n'a même pas été un argument de campagne électorale parmi les quelque 26 partis en lice.

Mais la Serbie quant à elle exige de conserver une souveraineté au moins formelle sur cette région qu'elle considère être le berceau de leur histoire. Les serbes qui vivent encore au Kosovo (100 000 personnes soit 10 % de la population) -- au nord de Mitrovica dans un territoire limitrophe de la Serbie ou dans le reste de la province dans des enclaves protégées par la KFOR, la force de l'OTAN -- ont tous boycotté le scrutin. Ils veulent d'ôter toute légitimité au futur parlement où 20 sièges sur 120 leur sont réservés.

Les représentants de la MINUK (la mission des Nations unies chargée du Kosovo depuis le départ des forces de Belgrade en juin 1999) ou de la KFOR ne sont guère surpris du résultat des urnes et plutôt satisfaits. «Hashim Thaci passe pour être le seul homme politique à même de tenir ses troupes», explique un diplomate occidental. L'ex-guérillero, âgé d'à peine 39 ans qui fut surnommé «le serpent» aux temps de sa jeunesse combattante, dispose aujourd'hui d'une aura autant plus forte qu'il n'a plus de vrai rival politique.

Le très populaire président Ibrahim Rugova, homme symbole de la résistance pacifique de masse des kosovars, est mort en janvier 2006. Son parti la Ligue Démocratique du Kosovo, qui avait dominé la vie politique depuis les premières élections libres s'effondre atteignant à peine 20 % des voix. Ramush Aradinaj, l'autre figure de la guérilla contre Belgrade reconverti dans la politique, est quant à lui hors jeu en raison d'une inculpation pour crime de guerre du Tribunal pénal international de La Haye qui l'avait obligé à démissionner de son poste de premier ministre il y a trois ans.

Impatience

Hashim Thaci a changé dans le discours comme dans le style. Après les émeutes anti-serbes de mars 2004, il n'avait pas hésité à clamer haut et fort que «le Kosovo n'appart[enait] pas seulement aux Albanais». Il espère maintenant devenir «le premier ministre de l'indépendance», mais il n'aura pas la tâche facile d'autant qu'il devra faute de majorité créer une coalition avec la LDK pour une sorte d'union nationale.

Huit ans après le départ des forces serbes et malgré la tutelle onusienne, l'économie kosovare reste toujours en déroute avec plus de 60 % de chômeurs et un prés d'un habitant sur deux vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Les trafics en tous genre prospèrent, et la corruption est générale. Moins d'un kosovar sur deux s'est rendu aux urnes. Cet immense ras-le-bol nourrit le rêve d'une indépendance perçue comme une panacée. Le mouvement «Vëtëvbendosja» (autodétermination) de l'ex-leader étudiant Albin Kurti qui dénonce la «colonisation de l'ONU» a le vent en poupe. Et de petites bandes de guérilleros masqués réapparaissent dans les montagnes clamant devant des télévisions complaisantes qu'ils sont prêts à reprendre les armes.

Si l'impatience de la population est immense le pari d'une indépendance unilatérale n'en reste pas moins hasardeux. Washington la soutient. Les européens sont eux divisés alors qu'ils devraient avoir la charge de «l'indépendance sous tutelle» prévu parle plan de l'ONU de l'ancien président finlandais Marrti Athissari toujours bloqué par le veto de la Russie traditionnelle alliée de la Serbie. Il s'agira pour la communauté internationale de choisir le moindre mal entre un statu quo explosif et une indépendance qui risque de «détricoter» tout le fragile édifice mis sur pied par la communauté internationale depuis 1995 dans l'ex-Yougoslavie.


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