Médias - Du journal à la salle de nouvelles
Mots clés : Vancouver Sun, journal, Internet, Média, Canada (Pays), Québec (province)
Le 7 novembre dernier, l'éditrice du Vancouver Sun, Patricia Graham, convoque les 110 membres de la rédaction. Elle leur annonce des réductions de personnel. Et elle ajoute: «Ceci n'est plus un journal. C'est une salle de nouvelles.»
Les journalistes du groupe CanWest Global, auquel appartient le Sun, ont compris le message: ce nouvel environnement médiatique passe nécessairement par des compressions de personnel. Parce que les journalistes devront maintenant faire plus, et sur plusieurs supports? Voilà la grande question, qui n'est pas encore résolue.
CanWest Global avait également annoncé plus tôt cet automne des compressions budgétaires majeures dans son réseau de télévision, Global, compressions qui pourraient toucher 200 personnes. Et ses journaux font face à des programmes massifs de départs volontaires. Comme le rapportait récemment Le Devoir, The Gazette de Montréal, qui appartient à CanWest, doit réduire d'un million de dollars son budget de rédaction, alors que ses revenus publicitaires ont diminué de six millions cette année, par rapport à l'année dernière.
Un porte-parole du groupe CanWest a carrément déclaré il y a une semaine que l'univers des médias a «changé dramatiquement», et que «les structures traditionnelles des salles de nouvelles n'ont pas assez évolué pour répondre à ce nouvel environnement».
Le mot d'ordre, toujours selon la direction de CanWest: placer plus de ressources sur le Web, sur le contenu «hyper-local», et proposer plus de contenu exclusif.
Ces déclarations s'inscrivent évidemment dans la grande remise en question du rôle des médias traditionnels, alors que les tirages n'augmentent pas et que la publicité continue à migrer vers Internet.
Pour s'adapter à cette nouvelle situation, les syndicats des médias se montrent très vigilants: ils savent très bien que, dans ce nouvel univers, il sera très tentant pour les entreprises de demander aux journalistes de travailler plus vite, de produire encore plus, de fournir autant le journal que le site Internet et que les médias électroniques qui appartiennent au même groupe. Ça adonne bien: les journalistes plus jeunes sont justement plus habitués au «multitâche», et ils coûtent moins cher...
Pour compliquer encore plus la situation, des médias créés spécifiquement pour Internet, n'appartenant à aucun groupe traditionnel, se font de plus en plus une place chez le consommateur.
On connaît le succès des webmagazines américains Slate et Salon. On connaît peut-être The Tyee, cette cyberpublication indépendante publiée depuis novembre 2003 sur Internet en Colombie-Britannique, qui présente des informations sur la vie dans cette province.
Voilà que le phénomène fait de plus en plus jaser en France. Rue89, un site Internet lancé il y a quelques mois par quatre anciens journalistes de Libération, remporte un succès grandissant. Il propose autant des reportages exclusifs que du contenu fourni par les utilisateurs. Le site comptait 800 000 visiteurs uniques en septembre. L'été dernier, il est parvenu à rassembler 280 000 euros pour son financement.
Plus fort encore. Edwy Plenel, l'ancien patron de la rédaction du Monde, qui avait quitté le prestigieux journal en 2004, annonce maintenant qu'il lancera en janvier un journal d'information sur Internet. Plenel n'est pas le dernier venu, et il a débauché des professionnels des autres médias, dont le directeur adjoint de Marianne, François Bonnet. Et il voit gros: sa cyberpublication proposera du journalisme d'enquête, dit-il, des reportages exclusifs, une sélection de ce que l'on trouve de mieux sur le Net, et des débats. Il a affirmé la semaine dernière au Nouvel Obs que 40 personnes travailleront pour son site, qui prévoit être mi-gratuit, mi-payant.
Pour réaliser ce projet, Plenel prévoit amasser quatre millions d'euros. La somme semble stupéfiante. On peut y voir un symbole spectaculaire du déplacement des ressources sur Internet. Mais je ne suis pas convaincu que les ressources financières migrent encore à ce point sur le Web (tous les sites Internet des grands médias n'arrivent pas à rentrer dans leurs frais). J'y lis plutôt le message que l'information coûte cher, et que l'information de qualité nécessitera toujours des ressources importantes.
Reste à voir sur quel support les «grandes marques médiatiques» proposeront cette information à l'avenir. Le patron du New York Times, lui, avait prédit l'année dernière que son journal n'existerait plus dans quelques années sous format papier... et que ce ne serait pas un drame, parce que la marque, et la diffusion d'information qui va avec, existeraient ailleurs.
pcauchon@ledevoir.com
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Fini le journalisme! Internet: le moyen le plus efficace pour la bonne parole. - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le lundi 19 novembre 2007 09:00

