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Une pédagogie curieuse
S'il s'agissait d'aider des Afghans à apprendre l'anglais, comme cela se fait, on accepterait volontiers la pédagogie des erreurs. C'est bien connu que commettre des erreurs linguistiques permet de les corriger, lorsque l'on a à faire à une pédagogie digne de ce nom, ce qui n'est pas toujours le cas.
Mais lorsqu'ils s'agit d'atteinte aux droits de la personne, comme dans le cas des tortures physiques ou psychologiques, des détentions arbitrairement prolongées sans motifs justificatifs, etc., de telles « erreurs » ne sont pas acceptables et le raisonnement des fonctionnaires d'Ottawa est fallacieux. Ce n'est pas de cette façon que les responsables des prisons afghanes peuvent apprendre quelque chose, à l'aide de recommandations ou de beaux discours. La preuve en est qu'après avoir versé des millions de dollars canadiens, les rapports jusqu'ici tenus secrets dont Amnistie Internationale a obtenu la divulgation, aussi bien que « les allégations de torture nombreuses et connues du gouvernement canadien » - malgré les dénégations de Stephen Harper - montrent que ce système ne fonctionne pas et ne respecte pas les droits humains des prisonniers.
Il existe pourtant une autre forme de pédagogie active, que le gouvernement du Canada pouvait installer avec l'accord des Afghans et surtout, le respect des droits de la personne qui prime sur d'autres considérations. Il fallait créer une prison canadienne modèle, conforme à nos normes, sous notre responsabilité, et y faire travailler des responsables afghans des prisons. C'est l'apprentissage sur le tas, qui se pratique dans de nombreux secteurs. Les prisonniers fats par les troupes canadiennes y auraient été traités avec respect, auraient comparu devant les instances judiciaires afghanes, en suivant le déroulement normal des procédures, tout en restant à l'abri des sévices et des procédures. Ce n'aurait pas été un système parallèle, comme mentionné par un fonctionnaire, mais un système intégré et intégrateur.
Les troupes canadiennes sont en principe en Afghanistan pour participer à la reconstruction du pays. La reconstruction d'un pays n'est pas que matériel, elle comporte aussi tous les autres aspects de la vie humaine, comme l'éducation, la formation, etc. C'est de cette façon que pourrait se développer dans le pays des compétences dans différents domaines. Mais il faut bien reconnaître que vu l'état du pays, la corruption endémique qui y règne, les rivalités entre détenteurs de pouvoirs, la prépondérance de l'opium, l'extrême pauvreté qui côtoie l'extrême richesse... il faudra des siècles pour que ce pays deviennent un pays « normal », selon les normes des pays occidentaux.
