Le tennis en eaux troubles
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Samedi dernier, pour la première fois depuis le début de son «aventure», Nikolay Davydenko est sorti de ses gonds en public.

Photo: Agence France-Presse
Quelques jours après l'incident, la caravane du tennis masculin s'arrête à Montréal pour la présentation de la coupe Rogers, et c'est au parc Jarry que Davydenko livre ses premiers commentaires sur l'affaire. Tout à fait calme et posé, du moins en apparence, il affirme que non seulement il n'a jamais participé à un match truqué, personne n'a jamais même communiqué avec lui pour lui demander de le faire. Il met tout en oeuvre pour gagner chaque fois qu'il est sur le court, dit-il, et il n'apparaît au courant d'aucune manoeuvre louche.
Malgré ses explications, l'histoire a depuis continué de coller aux basques de Davydenko. Trois mois plus tard, l'enquête de l'ATP est toujours en cours. Le président de l'ATP, Étienne de Villiers, a souligné à plusieurs reprises que celle-ci portait exclusivement sur «le pattern inhabituel de paris» constaté à l'occasion du match en Pologne, non sur le joueur lui-même, et ce, bien que la femme et le frère de Davydenko aient été interrogés. «Notre travail, a-t-il dit cette semaine, consiste à découvrir s'il existe des liens» entre l'argent misé et le résultat du match, et il a ajouté qu'il est très difficile de prouver hors de tout doute qu'un joueur a délibérément perdu une rencontre.
«Nous disposons des meilleurs enquêteurs pour examiner le dossier. Il n'y a jamais eu d'assurance que nous trouverions quelque chose. Nous devons comprendre ce qui est arrivé, où l'argent a été placé, par qui, de quelle manière, si ceux qui ont agi profitaient d'informations privilégiées [sur la blessure de Davydenko, par exemple, dont celui-ci jure que seuls son physiothérapeute et lui-même étaient au courant], et comment ces informations auraient pu être transmises», a dit de Villiers.
L'avocat de Davydenko a récemment révélé que les enquêteurs de l'ATP lui avaient révélé que neuf personnes en Russie avaient misé un total de 1,5 million $US sur une défaite de son client et que deux autres parieurs de provenance inconnue avaient ajouté près de cinq millions et demi. De son côté, le quotidien The Guardian, de Londres, a rapporté que les enquêteurs s'étaient informés auprès de l'épouse du tennisman de son degré (à lui, pas à elle) de résistance à la douleur...
Cela étant, le cas Davydenko pourrait bien n'être que la proverbiale pointe de la non moins proverbiale banquise, et le tennis continue, au fil des semaines, de connaître une période pour le moins mouvementée.
En août, l'Américain Bob Bryan, numéro un au monde en double avec son frère jumeau Mike, déclarait qu'il connaissait des joueurs qui avaient reçu «des appels téléphoniques anonymes à leur chambre d'hôtel» leur proposant de perdre volontairement des matchs «en retour de sommes d'argent».
Par la suite, le Français Arnaud Clément, 55e joueur au monde, a déclaré avoir déjà refusé une proposition semblable de corruption, sans toutefois entrer dans les détails. De son côté, le Belge Gilles Elseneer a révélé s'être fait offrir plus de 100 000 $ pour perdre un match de premier tour contre l'Italien Potito Starace à Wimbledon, en 2005. Elseneer se situait alors autour du 185e rang au classement ATP, Starace autour du 85e.
Et la semaine dernière, le Tchèque Jan Hernych (165e) a dit qu'il avait été approché, l'an dernier en Russie, pour s'incliner délibérément dans des rencontres de la coupe du Kremlin, à Moscou, et de l'omnium de Saint-Pétersbourg. «Quelqu'un m'a téléphoné à ma chambre depuis la réception de l'hôtel», a relaté Hernych. «Il voulait savoir si j'étais intéressé à "vendre" des matchs. J'ai refusé. Je pense que quiconque accepterait une telle proposition serait complètement fou de le faire.» Hernych a d'ailleurs gagné les deux matchs en question.
À ces révélations est venue s'ajouter l'imposition d'une pénalité extrêmement rare à Davydenko le mois dernier: une amende de 2000 $ pour «effort insuffisant» dans un match qu'il a perdu à Saint-Pétersbourg. (Le joueur a cependant fait appel de la sentence et celle-ci a été annulée.) Puis, à Paris, il a été conspué par la foule et, fait rarissime là encore, critiqué publiquement par l'arbitre lors d'une rencontre où il a commis dix doubles fautes. Davydenko a attribué son piètre rendement à la fatigue mentale et à la pression induites par les soupçons de match truqué.
Autre chose? Samedi dernier, l'ATP a suspendu pour neuf mois l'Italien Alessio di Mauro (124e), coupable d'avoir fait des paris sportifs répétés sur Internet. Di Mauro, qui pariait semble-t-il surtout sur le soccer, a aussi écopé d'une amende de 60 000 $, l'équivalent de la moitié de ses gains en carrière. Ses propres matchs n'étaient toutefois pas en cause.
Dans un tel contexte, l'ATP a durci ses mesures anticorruption, et di Mauro en a été la première victime. «Si nous n'avons pas un sport intègre, nous n'avons pas de sport du tout», a déclaré Étienne de Villiers. «Est-ce que je crois que nous avons un problème de corruption? Non, je ne le crois pas. Et nous allons faire tout ce qui est nécessaire pour enrayer cette menace.»
De fait, il n'y a pas que l'ATP qui connaisse un automne difficile. Son équivalent féminin, la Women's Tennis Association (WTA), est plongé en plein quiproquo après l'annonce que l'ancienne numéro un mondiale Martina Hingis, qui a depuis annoncé sa retraite, a échoué à un test antidopage cette année à Wimbledon. Motif: cocaïne, qu'elle aurait peut-être consommé pendant un match.
Et la Fédération internationale de tennis (ITF), pour sa part, a ouvert une enquête il y a une dizaine de jours lorsqu'il a été allégué que l'Allemand Tommy Haas, 12e joueur au monde, aurait été empoisonné avant une rencontre de la coupe Davis opposant son pays à la Russie en septembre dernier. Souffrant de violentes crampes d'estomac qu'on croyait attribuables à un virus, Haas avait dû déclarer forfait pendant son match. Son coéquipier Alexander Waske a par la suite déclaré qu'il tenait d'un entraîneur russe que du poison aurait été glissé dans la nourriture de Haas. Celui-ci a déclaré se sentir anormalement faible depuis. «Des allégations très sérieuses», a fait savoir une porte-parole de l'ITF. «L'enquête démarre immédiatement.»
Certes, le tennis n'est pas le seul sport à être exposé à la controverse. Le basketball avec son arbitre de la NBA qui transmettait des informations au crime organisé, le baseball avec ses continuelles révélations sur l'usage de stéroïdes, le football avec ses joueurs qui font les imbéciles à l'extérieur du terrain, ceux-là pourraient en parler. Mais le tennis a certainement hâte qu'on en revienne à causer davantage des exploits de Federer et de Nadal que des malversations qui se trament en coulisses.
Vos réactions
Est-ce que cela nous surprend vraiment? - par claire dufour (clairedufour5@sympatico.ca)
Le samedi 17 novembre 2007 08:00

